Les bâtisseuses d’espoir

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Pour 2016, quatre familles seront logées. HHQ construira un duplex dans le quartier Saint-Henri ainsi que deux maisons jumelées sur la rue Thibault à Sherbrooke.
Photo: Source Habitat pour l’humanité Québec Pour 2016, quatre familles seront logées. HHQ construira un duplex dans le quartier Saint-Henri ainsi que deux maisons jumelées sur la rue Thibault à Sherbrooke.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée des femmes

En 2016, pour la troisième édition de la campagne Les bâtisseuses, Habitat pour l’humanité Québec compte rassembler 300 femmes qui participeront à une journée de construction sur ses chantiers de Montréal et de Sherbrooke. L’aventure vous tente-t-elle ?

« On voit concrètement pousser le fruit de notre don. Quand on construit une maison dans le quartier Saint-Henri, à la fin du projet la maison est terminée et les familles sont à l’intérieur », affirme Madeleine Martins avec la passion qui la caractérise et qui transparaît dans sa voix. C’est elle la directrice générale de l’organisme Habitat pour l’humanité Québec (HHQ), qui s’est donné comme mission de mobiliser des bénévoles et même des communautés pour bâtir des habitations abordables. C’est simple, Madeleine Martins y croit et de nombreuses autres personnes aussi : l’achat d’un logement peut briser le cycle de la pauvreté… Et HHQ prouve que ça marche. Et ça peut marcher encore plus rapidement avec des campagnes de financement comme celle des Bâtisseuses… Mais d’abord, petite présentation de l’organisme.

L’organisme offre la possibilité à des familles de construire leur propre logement avec l’aide de bénévoles, en utilisant des matériaux donnés et en faisant appel à la générosité de partenaires et de donateurs. Ces propriétés sont ensuite vendues aux familles. Celles-ci s’engagent à faire 500 heures de bénévolat et HHQ leur accorde des prêts hypothécaires sans intérêts et sans mise de fonds. Les paiements hypothécaires ont été fixés à 30 % du revenu brut du ménage.

Véritable bouffée d’air frais pour les familles, l’accès à une propriété et à une hypothèque abordable permet d’éviter de devoir choisir entre payer un loyer ou acheter de la nourriture. Ces hypothèques remboursées par les familles sont versées dans un fonds détenu par HHQ, qui est à son tour réinvesti dans la communauté et disponible pour la construction de nouvelles maisons. « Plus il y aura des familles qui rembourseront des hypothèques à HHQ, plus on pourra livrer des maisons pour de nouvelles familles et plus grande, je le crois, sera l’adhésion de la communauté à notre mission », nous dit la directrice. Ainsi, avec cet effet boule de neige, on pourra peu à peu briser ce cycle de la pauvreté.

Pour 2016, on prévoit la livraison de logements pour quatre familles. HHQ construira un duplex dans le quartier Saint-Henri ainsi que deux maisons jumelées dans la rue Thibault à Sherbrooke. Les deux constructions avancent et « notre objectif, c’est de préparer l’ensemble de nos chantiers pour que les bâtisseuses puissent intervenir en juin et juillet. »

Appel à toutes les bâtisseuses

C’est bien en juin et juillet que les bâtisseuses se retrousseront les manches pour scier, clouer, visser et peindre. Mais tout d’abord, c’est la période d’inscription et de collecte de dons qui débutera le 8 mars prochain pour se poursuivre jusqu’en mai. « Les bâtisseuses pourront s’investir en sensibilisant leur réseau et en constituant des équipes de dix filles ou en participant de manière individuelle », explique Madeleine Martins. Cette campagne de financement a pour objectif de faire la promotion des femmes dans les métiers de la construction traditionnellement réservés aux hommes. Le programme Les bâtisseuses leur offre de s’investir dans un projet de solidarité tout en apprenant les rudiments de la construction. « Les filles s’inscrivent à titre individuel, mais souvent elles se retrouvent entre collègues de travail. Au cours des deux prochains mois, elles devront atteindre leur objectif individuel d’accumuler 500 $ pour ensuite pouvoir choisir les dates où elles désirentintervenir sur le chantier de leur choix à Sherbrooke ou à Montréal », explique la directrice.

La beauté de cette campagne, c’est que des femmes retraitées, des professionnelles, des mères à la maison se retrouvent impliquées dans le même évènement. Toutefois, ce sont majoritairement des femmes en emploi qui libèrent une journée pour participer au programme Les bâtisseuses et qui viennent prêter main-forte sur les chantiers de HHQ. C’est ici qu’elles sont appelées à rencontrer les familles auxquelles sont destinées les constructions. Ces rencontres viennent rendre excessivement concrète l’implication de tous et toutes. « Quand on a devant soi la personne qu’on aide directement, ça donne la conviction qu’être pauvre, ce n’est pas si différent que de ne pas être pauvre », lance Mme Martins.

Outre le programme Les bâtisseuses, on retrouve généralement une proportion de 60 % de femmes bénévoles sur les chantiers de HHQ. Probablement qu’à l’origine, elles s’y retrouvent un peu par défi, et aussi du fait de ce sentiment d’empathie qui pousse de nombreuses femmes à faire du bénévolat. « Mais elles arrivent avec une certaine appréhension parce que pour la plupart, elles n’ont jamais tenu une scie circulaire, jamais posé de laine minérale, et elles se rendent compte qu’avec un peu de coaching, elles sortent de là et elles sont capables de le faire. »

Le programme Les bâtisseuses est un moyen que HHQ s’est donné pour sensibiliser l’opinion publique au fait « qu’on peut être femme et porter un casque de construction et se réaliser. Chez nous, on le fait et ça fonctionne ! »

À n’en pas douter, le mouvement HHQ est bien rodé au Québec et le potentiel d’expansion est immense. Maintenant, après presque 20 ans d’existence, on est à même d’évaluer l’impact de l’organisme sur les familles. Par nature, l’action de HHQ doit se poursuivre dans le temps et on peut ainsi suivre les familles sur une longue période puisque certaines hypothèques possèdent des termes qui peuvent aller jusqu’à 35 ans. « On en profite pour accompagner les familles avec des conseils en ce qui a trait à l’entretien de la maison. Notre présence à leurs côtés permet de venir bonifier cette éducation. » Un suivi récent a permis à HHQ de conclure que plus de 60 % des ménages ont vu leurs revenus croître de façon significative depuis leur implication avec l’organisme.

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