Accusé d’encourager l’islamophobie, l’écrivain algérien Kamel Daoud se retire du débat public

Paris — L’écrivain algérien Kamel Daoud annonce dans une lettre reproduite samedi par le quotidien français Le Monde qu’il renonce au débat public et au journalisme après avoir été accusé par un groupe d’universitaires d’« alimenter les fantasmes islamophobes ».

« C’est comme si un groupe d’universitaires algériens demandait à un intellectuel italien d’arrêter d’écrire sur ce pays », a jugé Kamel Daoud interrogé par l’AFP.

Dans une tribune parue dans Le Monde du 12 février, un collectif d’historiens, de sociologues, de philosophes et d’anthropologues réagissait à deux textes de l’écrivain concernant les agressions sexuelles commises pendant la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne, en Allemagne, dont les auteurs seraient des migrants.

Kamel Daoud affirmait notamment que « le sexe est la plus grande misère dans le monde d’Allah » et que « la femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée ».

« Aujourd’hui, avec les derniers flux d’immigrés du Moyen-Orient et d’Afrique, le rapport pathologique que certains pays du monde arabe entretiennent avec la femme fait irruption en Europe », avait-il par ailleurs écrit.

« Que des universitaires pétitionnent contre moi aujourd’hui, à cause de ce texte, je trouve cela immoral : parce qu’ils ne vivent pas ma chair, ni ma terre », écrit le romancier dans une lettre à son ami, l’essayiste américain Adam Shatz.

Le lauréat du prix Goncourt du premier roman en 2015 pour Meursault, contre-enquête, juge également « illégitime que certains [le] prononcent coupable d’islamophobie depuis des capitales occidentales et leurs terrasses de café où règnent le confort et la sécurité ».

« Nous vivons désormais une époque de sommations. Si on n’est pas d’un côté, on est de l’autre », et « comme autrefois l’écrivain venu du froid, aujourd’hui l’écrivain venu du monde " arabe " est piégé, sommé, poussé dans le dos », ajoute Kamel Daoud. Il dénonce au passage « le préjugé du spécialiste : je sermonne un indigène parce que je parle mieux que lui des intérêts des autres indigènes et post-colonisés ».

 

« Je vais donc m’occuper de littérature […] j’arrête le journalisme sous peu », conclut l’écrivain qui tenait une chronique dans Le Quotidien d’Oran. « Je vais aller écouter des arbres ou des coeurs. Lire. Restaurer en moi la confiance et la quiétude. Explorer. Non pas abdiquer mais aller plus loin que le jeu de vagues et des médias », écrit-il.

7 commentaires
  • Anne-Marie Allaire - Abonnée 22 février 2016 07 h 15

    Ne le lâchons pas

    Essayons de le suivre sur facebook, tweeter, dans ses futurs livres, partout ou sa liberté s'exprimera.

  • Carl Grenier - Inscrit 22 février 2016 09 h 00

    Quelle misère!

    Voilà qu'une des paroles les plus limpides et courageuses de notre temps se met à l'écart du débat public, sous la pression d'intellectuels français qui me font penser à ces compagnons de route du communisme des années '60, Sartre en tête, qui ne "voulaient pas désespérer Billancourt"...qui consignaient la vérité à leurs arrière-pensée.

  • Louise Melançon - Abonnée 22 février 2016 09 h 10

    Quelle tristesse!

    Que la parole de cet homme libre s'éteigne, en cette période où l'on a tellement besoin que la vérité soit dite... quelle tristesse, quel malheur! Je ne peux plus supporter l'em ploi de ce mot "islamophobie" qui veut censurer la pensée et la parole de vérité.

  • Colette Pagé - Inscrite 22 février 2016 10 h 45

    Ces extrémistes de la tolérance !

    Ostracisé un écrivain qui ose dénoncer le traitement fait aux femmes musulmanes constitue un acte de lâcheté. Face à un Islam revendicateur, ces extrémistes de la tolérance sont un mal pour la démocratie.

    Comment peut-on qualifier un islam comme celui en vigeur en Iran qui interdit aux femmes de se laisser allonger les ongles, de chanter, d'écouter de la musique, de courir ou de croquer une pomme ou de lècher une glace car cela excitent les hommes. Et surtout, autre source d'excitation la mèche de cheveux qui dépasse ou la peau du cou à découvert. ( Extrait de Lire Lolita à Téheran)

  • Monique Girard - Abonnée 22 février 2016 13 h 48

    Pathétique tout cela!

    Je trouve très triste que Kamel Daoud décide de se retirer du débat public alors que sa parole aidait à mieux comprendre ce qui se passe dans la tête de ces migrants du Moyen-Orient et d'Afrique lorsqu'ils voient des femmes occidentales se promener libres dans les rues. En tant que femme, surtout depuis les événements de Cologne je m'interroge sur cette détestation des femmes par de nombreux hommes originaires du Moyen-Orient et d'Afrique du nord. Je précise bien de nombreux mais non tous ces hommes. Kamel Daoud m'apportait des éléments de réponses. Pathétique que des universitaires bien-pensants aient oublié ce que sont des débats et des échanges francs sur des sujets délicats! Je me demande ce qu'ils enseignent à leurs étudiants.