Valeur des permis: l’effet UberX demeure timide

Le nombre de permis en circulation est décidé par la CTQ, mais la valeur des permis ne tient qu’à la loi de l’offre et de la demande.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le nombre de permis en circulation est décidé par la CTQ, mais la valeur des permis ne tient qu’à la loi de l’offre et de la demande.

Les effets de l’arrivée du service de transport UberX sur le marché des échanges de permis de taxi à Montréal commencent à peine à se faire sentir, révèlent des statistiques obtenues par Le Devoir. À la fin 2015, les permis se négociaient en moyenne à 175 000 $, soit quelque 15 000 $ de moins qu’un an plus tôt.

Cette baisse de 8 % n’est pas considérée comme « substantielle » par la Commission des transports du Québec (CTQ), qui enregistre chaque transaction réalisée. « On commence à voir une fluctuation potentielle de la valeur, mais c’est encore trop tôt pour tirer des conclusions formelles », indique Guy Mailhot, directeur des communications.

Alors que s’ouvre à Québec ce jeudi la commission parlementaire sur le « transport rémunéré de personnes par automobile », les chiffres transmis par la CTQ montrent que l’effet UberX — un service disponible à Montréal depuis la fin octobre 2014 — demeure timide : les permis se vendent encore au même rythme, et à bon prix.

C’est d’ailleurs ce que remarque FinTaxi, une entreprise qui finance depuis 2003 l’achat de permis en offrant des hypothèques aux acheteurs. « On voit des fluctuations, mais ce n’est pas la première fois,indique la vice-présidente Josée Patry. La qualité du crédit est là, ça demeure un bon créneau de marché. »

Dans l’agglomération du centre de Montréal (où 3919 des 4522 permis de l’Île sont recensés), la CTQ a enregistré entre le 1er avril 2014 et le 31 mars 2015 un total de 241 transferts, d’une valeur moyenne de 189 000 $ (certaines transactions incluent un véhicule). Par rapport à l’année précédente, tant la valeur que le nombre de transactions sont semblables. En remontant plus loin dans le temps, on note que les acheteurs avaient payé en moyenne 179 000 $ pour un permis en 2012-2013, et 198 000 $ en 2010-2011.

La légère baisse de la valeur des permis échangés à Montréal s’observe seulement par le fléchissement du marché dans les derniers mois de l’année 2015.

Outre le centre, Montréal compte deux autres agglomérations de taxis : dans l’Est (332 permis délivrés), les permis s’échangeaient à la fin 2015 exactement au même prix qu’un an plus tôt (180 000 $). Dans l’Ouest (271 permis), on remarque une variation négative de près de 13 000 $, pour une valeur moyenne de 211 000 $.

De gré à gré

Au Québec, les permis de taxi s’échangent de gré à gré entre vendeurs et acheteurs. Le nombre de permis en circulation est décidé par la CTQ (qui délivre des quotas pour chaque agglomération), mais la valeur des permis ne tient qu’à la loi de l’offre et de la demande. C’est pourquoi plusieurs craignent que les permis perdent leur valeur si le service UberX — où une application jumelle des clients à des citoyens-chauffeurs — est régularisé.

Dans un rapport préparé en 1982 (De nouvelles avenues pour le taxi), le ministère des Transports constatait que « la limitation du nombre de permis » a eu comme « effet secondaire malheureux » de provoquer une « surenchère de la valeur » de ces permis. « Cela a contribué à la création d’un marché spéculatif », notait le ministère. À l’origine, les permis avaient été octroyés gratuitement par Québec — mis à part des frais administratifs.

Mais le même rapport notait que si Québec libéralisait la délivrance des permis, cela « entraînerait un bouleversement total de l’économie de l’industrie et ne serait pas équitable pour les nombreux artisans ayant récemment procédé à l’acquisition d’un permis ». Une analyse qui s’entend de nouveau depuis l’apparition d’UberX.

Historique

La commission parlementaire convoquée par le ministre des Transports, Jacques Daoust, se penchera sur tout l’écosystème du transport de personnes par automobile. Plusieurs thèmes alimenteront les débats : responsabilités de l’État quant à la sécurité des usagers ; amélioration des services offerts ; mise en place d’un environnement d’affaires équitable (Québec demande notamment aux participants : « Quelles devraient être les actions gouvernementales liées au marché secondaire de la revente de permis ? »).

Le point UberX est implicite au quatrième thème étudié, l’« émergence de nouveaux modèles d’affaires facilitée par l’arrivée de nouvelles technologies »

Si l’arrivée d’UberX dans le décor du transport a bouleversé l’industrie du taxi — les chauffeurs montréalais ont encore manifesté mercredi —, c’est loin d’être la première fois que cette industrie fait face à des turbulences.

Dans différents rapports produits au fil des ans, le ministère des Transports situe la première crise importante touchant le taxi à… 1930, soit au début de la Grande Dépression. Partant de là, de nombreuses commissions se sont penchées sur des moyens d’améliorer le service et les conditions de travail des chauffeurs : Schubert en 1940, Asselin en 1946, Wilson en 1953, Dawson en 1961, Harold en 1963, Bossé en 1970…

La question du nombre de permis délivrés a souvent été au coeur des discussions. Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, Montréal comptait un ratio « permis par habitant » 3,5 fois supérieur à celui des autres grandes villes américaines. Le nombre de permis est demeuré stable entre 1952 et le milieu des années 1980, quand un programme de rachat a fait en sorte de réduire de 25 % le nombre de permis en circulation. À l’époque, ce sont les titulaires des permis restants qui se sont partagé la facture des rachats (entre 10 000 et 30 000 $ par permis).

La commission parlementaire tiendra ses travaux du 18 février au 10 mars.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 18 février 2016 07 h 58

    les clients et les pratiques sont elles immuables

    si on est plus ou moins satisfait des droits anciens, sommes nous en train de voir apparaitre de nouveaux droits, celui du client tout puissant, dont des compagnies utilisent l'appuis pour se faire valoir, seul l'avenir nous le dira