Réinvestir pour aller au-delà de la crise

Les récents cas de fugues dans les centres jeunesse ont mis en lumière la complexité de la question de l’exploitation sexuelle des adolescents.
Photo: Martin Dimitrov Getty Images Les récents cas de fugues dans les centres jeunesse ont mis en lumière la complexité de la question de l’exploitation sexuelle des adolescents.

Plus que sa remise en place, Québec solidaire exige que le gouvernement Couillard injecte aussi davantage d’argent dans le Programme de prévention et d’intervention en matière d’exploitation sexuelle des adolescents qu’il a aboli en 2014.

Alors que la disparition de plusieurs adolescentes de centres jeunesse ramène sur la place publique le phénomène de l’exploitation sexuelle des jeunes filles, la députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, Manon Massé, a dénoncé dimanche le fait qu’il y a, selon elle, de moins en moins de programmes et d’argent pour lutter contre ce fléau. L’élue montréalaise a indiqué que le programme en question, avec son enveloppe budgétaire de 1,4 million, finançait plusieurs organismes afin qu’ils élaborent des projets pour prévenir l’exploitation sexuelle. Or, déplore-t-elle, ces organismes se sont fait annoncer récemment la fin de leur financement.

De fait, L’Anonyme, organisme communautaire qui s’attelle depuis plus de 25 ans à promouvoir les relations saines, a vu le financement de son projet Orbite supprimé l’été dernier. Annuellement, dit-il, plus de 2500 jeunes de Montréal ont reçu des ateliers en prévention de l’exploitation sexuelle. De son côté, l’organisme Stella qui travaille auprès des travailleuses du sexe s’est fait dire que son financement ne serait pas renouvelé au 31 mars prochain.

Projets avortés, interventions de terrain suspendues et employés mis à pied sont quelques-unes des conséquences de la suppression de ce programme. Plus encore, ces compressions budgétaires compliquent grandement le travail de prévention et d’intervention, soutient Manon Massé. « C’est un milieu où il est primordial d’établir des liens de confiance pour pouvoir intervenir efficacement, explique-t-elle. Sans financement, ces organismes n’ont plus les moyens d’avoir des intervenants professionnels sur le terrain à temps plein et, sans ces professionnels, ça devient très difficile d’entrer en contact avec les jeunes à risque. »

Courage politique

Pour la députée solidaire, les récentes sorties dans les médias des ministres libéraux ne sont que de « la poudre aux yeux ». « S’il est vraiment sérieux, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, va arrêter de patiner et il va remettre de l’argent dès maintenant pour faire en sorte que la coupure de service soit la moins longue possible, a indiqué Manon Massé en entrevue avec Le Devoir. Parce qu’en ce moment, ce gouvernement fait preuve de négligence, encore plus lorsqu’on sait qu’on avait un programme efficace. L’austérité libérale ne doit pas mettre en danger nos adolescentes. »

« Le développement d’une société, ça ne se fait pas toujours avec des colonnes de chiffres, ce n’est pas toujours un choix économique, a-t-elle ajouté avec aplomb. C’est un choix politique. Ça prend du courage politique ! »

Travailler en amont

Pour les organismes communautaires, la crise des centres jeunesse, bien que fortement médiatisée, n’est que la partie visible de l’iceberg. « Ça va plus loin que les fugues, plus loin que le proxénétisme, soutient la directrice générale de L’Anonyme, Sylvie Boivin. Ça commence dans les écoles la prévention, avec un programme d’éducation sexuelle adéquat. »

« Notre objectif est de dépasser la violence et de travailler en amont, ajoute-t-elle. Si on fournit aux jeunes assez d’outils, les risques sont considérablement réduits, et ce, même s’ils se retrouvent en situation d’extrême vulnérabilité. »

Même son de cloche du côté de Sandra Wesley, la directrice générale de l’organisme Stella, qui déplore ce désinvestissement de la part du gouvernement. « La jeunesse a des besoins constants. En coupant le financement, on leur barre des portes, alors qu’il faudrait travailler à jeter des ponts. »


 
6 commentaires
  • Diane Guilbault - Inscrite 15 février 2016 07 h 33

    Quelle hypocrisie!

    En s'associant avec Stella, un organisme qui fait la promotion du «travail du sexe», Québec solidaire démontre le contraire de ce qu'il veut dénoncer. On ne peut pas dire que la prostitution est un «travail» comme un autre et, de l'autre côté, faire semblant de dénoncer le fait que des mineures «travaillent» dans ce secteur. Quand on prend la défense des prostitueurs et des proxénètes, on est difficilement crédible pour parler d'exploitation sexuelle.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 15 février 2016 11 h 07

      Il faut se rappeler que Françoise David, lors du congrès de Québec solidaire au printemps 2015, s'époumonait à défendre les acheteurs du sexe (et les proxénètes qui peuvent aussi être des femmes et des personnes qu'on prostitue) en insistant sur l'importance de briser la loi C 36 qui les criminalise.

      Il est très ironique, effectivement de voir un parti qui se dit progressiste et féministe, défendre l'«industrie» du sexe, la marchandisation du corps (principalement des femmes): une vision néolibérale.

      Et surtout une vision inégalitaire des relations entre les femmes et les hommes!

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 15 février 2016 08 h 23

    Ca prend du courage politique dit Manon Masse

    Et on voit tous les jours que ce gouv.Couillard non seulement en manque,mais pour quelles raisons il n en montre nulle part?Serait-ce pour engraisser le 1%?Pour donner des baisses d impots pour acheter les votes des pauvres demunis ignorants pour continuer a les (nous) exploiter toujours au profit du meme groupe appuye par les memes media. Une province sera plus facile a rouler dans la farine qu un (notre) pays. J-P.Grise

  • Colette Pagé - Inscrite 15 février 2016 09 h 13

    Autre coupure budgétaire qui fait mal !

    Ce Gouvernement qui coupe à l'aveuglette sans égard aux dommages collatéraux aura beau répéter ad nausam que les services publics ne seront pas affectés une évidence demeure : leurre et tromperie. Que dire des députés libéraux complices de ces coupures qui comme des moutons de Panurge avalisent ses coupures et se rendre complices de leurs conséquences.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 15 février 2016 09 h 52

      Capital politiquede la part de Québec Solidaire?

      Il serait paradoxal pour le gouvernement libéral de continuer d'accorder des fonds au groupe Stella qui milite pour la prostitution (qu'elle déguise en termes de « travail du sexe ») alors même que la loi C 36 criminalise l'achat de services sexuels.

      Et il est quand même ironique de la part de Manon Massé de parler de prévention de l'exploitation sexuelle alors même que Françoise David veut exiger que soit modifiée la Loi C36 qui criminalise le client et qui s'acharne à parler de «travail du sexe»

      Depuis plusieurs années Québec solidaire, ce parti qui se dit progressiste et féministe, est allié au lobby proprostitution. Sachant que l'«initiation» à la prostitution de la très grande majorité des femmes qui sont prostituées est autour de 13-14 ans, je crois que par cette sortie, Québec solidaire essaie de ménager le chou et la chèvre: et bien sûr se faire du capital politique sur le dos des jeunes filles notamment. Ignoble vraiment!

      Et on apprend que Québec solidaire n'a jamais contacté les groupes qui refusent la commercialisation du corps des femmes (les plus touchées) comme, pour ne donner qu'un exemple, la Concertation des luttres contre l'exploitation sexuelle.

      Comment un parti qui défend l'«industrie du sexe » peut se dire contre l'exploitation sexuelle? Le clientélisme est aussi l'apanage de ce parti qui se dit «différent».

      La France est en train de voter la criminalisation des clients de la prostitution comme l'Islande, la Norvège et bien sûr la Suède qui a adopté ce qu'on appelle « le modèle nordique » dont le fondement est que l'exploitation sexuelle est une violence faite aux femmes. Ces pays ont agi pour une réelle égalité entre les femmes et les hommes! Pas Québec solidaire.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 février 2016 18 h 27

    ???

    « … le phénomène de l’exploitation sexuelle des jeunes filles » (Florence Sara G, Ferraris, Le Devoir)

    « Le développement d’une société, (…). C’est un choix politique. Ça prend du courage politique ! » (Manon Massé, députée QS)

    De ces citations, et compte tenu de la « clientèle » desservie à protéger-sécuriser du monde de l’exploitation-manipulation, une « clientèle » jeune (mineure) rattachée à une industrie du sexe rapportant des milliards de $$$, et compte tenu que les « acheteurs de sexe » seraient majeurs et vaccinés, cette question inusitée :

    Demande-t-on ou cherche-t-on à exiger des autorités compétentes qu’elles financent ou subventionnent le monde de la « pédophilie » ?

    ??? - 15 fév 2016 -