Revendiquer le droit au débat

Lise Payette, Martine Desjardins, Marie Lavigne et André-Yanne Parent font partie des instigatrices du projet.<br />
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Lise Payette, Martine Desjardins, Marie Lavigne et André-Yanne Parent font partie des instigatrices du projet.

À un mois à peine du Sommet des femmes — qui se tiendra les 3 et 4 mars prochain au Palais des congrès de Montréal —, les organisatrices du collectif apolitique pour l’égalité plaident pour un droit à la diversité des discours féministes et espèrent que l’événement auquel elles travaillent depuis plusieurs mois sera l’occasion pour ces différentes voix de se faire entendre.

Réunies chez l’ancienne ministre et chroniqueuse au Devoir Lise Payette samedi matin, c’est avec beaucoup d’entrain que Marie Lavigne, ex-présidente et directrice générale du Conseil du statut de la femme, Martine Desjardins, ancienne présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec, et André-Yanne Parent, qui siège entre autres aux conseils d’administration du Centre de développement communautaire autochtone de Montréal et du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec, ont discuté pendant près d’une heure du Sommet, de la place des femmes en 2016, des batailles gagnées et des autres luttes à venir.

Pour elles, il est plus que temps qu’on arrête d’exiger des femmes qu’elles s’entendent sur tout. « L’idée est d’offrir un espace sain de débat, expose André-Yanne Parent avec aplomb. Un espace où le féminisme pourra s’exprimer dans toutes ses nuances, sous toutes couleurs et dans différents genres. »

« Cet événement, c’est une chance de se rappeler, ensemble, que nous avons un but commun, mais que tout ne fait pas toujours consensus, lance Marie Lavigne avec un sourire. C’est un peu comme une manifestation. On est capables de marcher ensemble, mais en portant toutes des pancartes différentes. Et c’est ce qui est formidable à l’époque où on vit. C’est magnifique de voir que des gens sont capables de faire front commun sur l’essentiel, tout en gardant des différences profondes. »

Même son de cloche chez ses collègues qui, elles-mêmes viennent de milieux et de parcours multiples, à l’image du public qu’elles espèrent attirer.

Construit sous la forme d’ateliers et de débats, le Sommet sera l’occasion pour des participantes et participants de tous horizons de réfléchir à la place laissée aux femmes en 2016. Toutes les thématiques au programme toucheront de plus ou moins près les questions de pouvoir, que ce dernier soit politique, économique ou social.

La question de la représentation des femmes dans la sphère publique sera d’ailleurs au coeur des débats. « Nous, ce qu’on demande, c’est d’aller au-delà de la zone paritaire des 40 % de femmes pour 60 % d’hommes, rappelle Martine Desjardins. En fait, on exige l’égalité 50-50 ! En ce moment, on n’a même pas la zone paritaire au provincial et, si on regarde du côté du fédéral où on se vante d’avoir atteint cette fameuse zone, on se rend compte que les femmes ont souvent des mandats de ministre junior ou encore qu’elles doivent se rapporter à des hommes. »

 

Les politiques sur le gril

De l’avis des organisatrices, l’instauration d’une obligation légale (comme les quotas) et d’incitatifs (comme la création d’un service de garde à l’Assemblée nationale) sera nécessaire pour arriver à une telle égalité. Plus encore, selon elles, c’est en légiférant que le Québec arrivera à inciter plus de femmes à faire le saut en politique. « Au Québec, notre premier problème est que notre bassin de femmes est tout petit. Or, la mise en place de telles obligations, on l’a vu ailleurs dans le monde, ça incite clairement les femmes à tenter leur chance, insiste Marie Lavigne. Et ça fonctionne ! On l’a vu avec les sociétés d’État. Une loi les oblige à atteindre la parité, et ça n’a pas mis Hydro-Québec en faillite, au contraire. Mais, après, c’est certain que ça demande un travail des partis politiques eux-mêmes. »

En ce sens, les chefs des différents partis politiques seront invités au terme du Sommet pour exposer leur plan pour atteindre, concrètement, l’égalité entre les sexes. « Et pas question de nous sortir des phrases marketing clichées, lance Martine Desjardins. On veut savoir comment ils comptent passer à l’action. »

Hommes et féminisme

Si les hommes sont les bienvenus, un seul atelier, sur la dizaine prévue à l’horaire, leur sera exclusivement réservé, tous les autres étant mixtes. Le panéliste responsable de ce segment devrait, entre autres sujets, aborder la question de la violence faite aux femmes.

« Ça fait des années que je parle de la violence faite aux femmes, laisse tomber Lise Payette, une légère note de découragement dans la voix. Mais là, j’arrive à bout de mots. »

« Ils peuvent, ou plutôt ils doivent, devenir des alliés de nos causes, renchérit André-Yanne Parent, le regard brillant. Ce n’est plus uniquement aux femmes de porter ces messages. À un moment donné, il y a un travail de paire à faire. »

Une loi les oblige à atteindre la parité, et ça n'a pas mis Hydro-Québec en faillite, au contraire

3 commentaires
  • Johanne Fontaine - Abonnée 1 février 2016 08 h 25

    La violence faite aux femmes - dont parle Lise Payette

    La violence faite aux femmes
    dont parle Lise Payette
    apppelons-la par son nom,
    il s'agit de la violence masculine.

    • Sylvain Auclair - Abonné 1 février 2016 13 h 42

      Et il n'y pas de violence masculine faite aux hommes?

  • Jacques Labonté - Abonné 1 février 2016 09 h 56

    Et la FFQ ?

    Curieux tout de même que le nom de la FFQ ne soit même pas mentionné dans l'article. Un choix de la journaliste ?

    Excusez mon ignorance. Il s'agit sans doute de femmes qui se sont opposées justement aux prises de position récentes de la Fédération. Et tant mieux ! Vive le débat et les oppositions ! Mais que la journaliste passe ça sous silence ressemble à s'y méprendre à un boycott... Un choix éditorial douteux.