L’école, terrain de jeu des vendeurs de drogue

La présence de dizaines de clients potentiels dans un lieu constitue une aubaine pour les trafiquants.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La présence de dizaines de clients potentiels dans un lieu constitue une aubaine pour les trafiquants.
Un marché de la drogue dans les écoles secondaires. Des étudiantes droguées à leur insu dans les partys d’université. La consommation d’alcool et de drogues par les jeunes est à la baisse depuis une quinzaine d’années, mais l’usage des drogues devient normal : « C’est trop facile à trouver ! » Incursion dans un monde souterrain.


Un véritable trafic de drogue prend place dans les écoles, par et pour les élèves du secondaire. Les jeunes vendeurs parviennent à déjouer la surveillance avec une facilité déconcertante, au point où ils considèrent les écoles comme leur terrain de jeu favori.

Une nouvelle étude du Département de criminologie de l’Université de Montréal lève le voile sur le monde secret du trafic de drogue dans les écoles secondaires du Québec. La chercheuse Julie Fafard, qui est aussi intervenante en toxicomanie, a interviewé 12 élèves qui vendent des drogues dans une demi-douzaine d’écoles publiques de la région de Lanaudière. Elle dit croire que ses constats sont valides pour tout le Québec.

Les jeunes trafiquants ont développé toutes sortes de trucs pour déjouer la surveillance dans les écoles : ils cachent la marchandise dans leurs sous-vêtements, derrière des briques qui se détachent, dans les salles de bain, dans les poubelles ou dans des buissons. Un jeune vendeur cache même sa drogue dans un bâton d’antisudorifique.

Il s’agit d’une des premières études québécoises sur les dessous du commerce de drogue dans les écoles. En deux ans et demi, entre octobre 2011 et mai 2014, Julie Fafard a gagné la confiance de ces dix gars et deux filles qui ont raconté les hauts et les bas du trafic de marijuana — ainsi que d’amphétamines et d’ecstasy — à l’école.

« Ils s’entendent tous pour dire que l’école est un lieu de vente hors pair, écrit la chercheuse dans son mémoire de maîtrise.[Une élève] a même expliqué que, pour certains adolescents ne pouvant sortir le soir en raison d’un interdit parental, l’école devenait le seul lieu de transaction possible. »

 

Argent et prestige

Ces élèves vendeurs de drogue, âgés de 15 à 18 ans, consommaient tous de la marijuana. Ils ont commencé à vendre pour obtenir leur drogue gratuitement. Puis, certains ont réussi à faire un profit non précisé — qui peut s’élever à 100 $ et plus par semaine, selon une autre source.

« Pour eux, consommer ou vendre de la drogue à un ami est banal », dit Julie Fafard en entrevue. Ce ne sont pas nécessairement des élèves « à problèmes ». Ils trouvent tout simplement rassurant de vendre ou d’acheter de la drogue à quelqu’un qu’ils connaissent. C’est la règle de base.

Du point de vue « business », la présence de dizaines de clients potentiels dans un lieu représente une aubaine pour les petits trafiquants. Le commerce de la drogue obéit aussi aux règles du marché. Il existe une demande. L’offre suit. En bons gens d’affaires, les élèves évaluent les pour et les contre de leur commerce illicite, explique Julie Fafard.

L’appât du gain, donc. La drogue gratuite. Ces élèves ont raconté à la chercheuse qu’ils préféreraient avoir un emploi légal, mais ils se perçoivent comme trop jeunes. Ils n’ont pas d’expérience de travail. Et en vendant pendant les heures de classe, ils gardent du temps pour leurs loisirs et pour faire leurs devoirs à la maison.

Il faut ajouter à cela le prestige et le respect associés à la vente de drogue. Les vendeurs sont perçus comme des débrouillards qui savent se faire respecter. Comme le dit une élève vendeuse, s’ils n’étaient pas respectés, ils se feraient battre ou voler leur drogue…

« […] Les participants rencontrés sont fiers de leur capacité à déjouer le système scolaire et ils expliquent, avec moult détails, les moyens qu’ils ont dû inventer pour y parvenir, écrit Julie Fafard. Cette réalité de l’école comme milieu de vente les oblige à déjouer non seulement la police, comme c’est le cas pour les vendeurs transigeant dans la rue ou autres lieux, mais les professeurs, les surveillants d’élèves […] et les autres dispositifs mis en place pour contrer la vente en milieu scolaire. Comme l’expliquent les participants à l’étude, il faut être intelligent et organisé pour réussir à faire du trafic dans de telles circonstances. »

Défier l’autorité

On l’a vu, ces élèves cachent leur drogue aux endroits les plus secrets. « Ils ne peuvent pas nous fouiller les parties », explique un jeune trafiquant. Il dit placer sa marchandise bien à l’abri, collée sur ses « parties », dans des boxers serrés. « Ils nous font sauter. Si on porte des boxers lousses, ça tombe. »

En gardant la drogue sur eux, les vendeurs croient déjouer les équipes de chiens renifleurs — ou les policiers — embauchés par certaines écoles. Ces équipes fouillent surtout les casiers des élèves. D’autres trafiquants ont cessé de vendre du pot, facile à repérer à son odeur. « Je vends des pilules, ça ne sent rien », explique un élève.

On pourrait parler longtemps des trucs des élèves pour vendre et acheter leur drogue. Ils font leurs transactions loin des caméras de surveillance (quand les écoles en ont). Certains laissent la marchandise dans une voiture, juste à l’extérieur du terrain de l’école. Les dépanneurs, restaurants, terrains de jeu, abribus et terrains vagues servent aussi aux transactions.

Ces jeunes tirent un plaisir à défier l’autorité, à jouer au chat et à la souris avec les directions d’école. Et ils estiment avoir la partie facile. Les « adultes » ne prennent pas leurs responsabilités, selon les élèves interrogés.

Des conséquences, SVP

« Les jeunes ont besoin d’être encadrés, qu’on leur mette des balises. Ils demandent qu’on les protège d’eux-mêmes », dit Julie Fafard.

Un élève a raconté avoir été arrêté six fois en possession de petites quantités de marijuana. Les policiers l’ont toujours laissé aller. D’autres ont expliqué comment des professeurs, des directeurs d’école, des psychologues, des surveillants ou des parents les ont surpris avec de la drogue — sans qu’il y ait de conséquences.

« Ces élèves ont pourtant beaucoup à perdre en vendant de la drogue, et ils en sont conscients », dit Julie Fafard.

Une des trafiquantes a dit vouloir devenir agente de probation. Un autre a dit vouloir continuer de voyager avec ses parents. Impossible avec un dossier judiciaire.

« Les adolescents interviewés ont dit que leur choix de vendre des drogues aurait probablement été modifié s’ils avaient subi des conséquences », écrit la chercheuse. Un des élèves cités dans son étude a été arrêté par la police, placé en centre d’accueil pour 30 jours et s’est vu imposer une probation. Ce séjour en centre lui a permis de réfléchir. Il a arrêté de vendre du pot.

Ils s’entendent tous pour dire que l’école est un lieu de vente hors pair


 
3 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 23 janvier 2016 01 h 03

    Du poison a rat

    Si ce n'était que de ca, mais avez-vous vus la cochonnerie qui existe sur le marché, c'est comme vendre du poison a rat aux jeunes, c'est aussi meutrier que leur tirer une balle directement dans la tête, mais qu'elle est le politicien, qui est sait ces choses, bon a part peut etre ceux, qui percoivent leur cote

  • Louis Gérard Guillotte - Inscrit 23 janvier 2016 06 h 16

    Ne pourrait-on pas?

    Elève au secondaire,je m'étais fait brigadier scolaire,attelé en cela,d'un large ceintu-
    ron de gros plastic blanc faisant bretelle à l'épaule;cet élément visible assurait mon
    autorité pour faire traverser en toute sécurité le boul.St-Joseph de la populeuse
    paroisse St-Stanisclas de Mtl et où,tout autour de l'église,trônaient trois grosses éco-
    les:une primaire et deux secondaires de l'époque de la discrimination des sexes.

    Les polyvalentes et le transport par autobus scolaires auront mis fin à cette pratique
    du Grand qui aide le Petit,vertu du scoutisme,sachons le!

    Mais concernant le trafic de drogue au secondaire,pourquoi ne pourrait-on pas créer
    des brigadiers lanceur-d'alerte dans le cadre d'une pédagogie pour un esprit sain dans
    un corps sain?Les plus forts protégeant les plus faibles;et cela publiquement et ou-
    vertement.Nous pourrions parler d'autogestion des jeunes consciences.

    Je recommandais à mes jeunes nièces de ne pas toucher aux drogues avant la fin de
    leurs études car celles-ci fragmentent et détruisent la personnalité qu'elles sont à se
    construire.Et dire que Chose veut légaliser cette destruction annoncée!!Un manque de
    maturation sinon...?

  • François Dugal - Inscrit 23 janvier 2016 08 h 07

    Les directions scolaires

    Et que font les directions scolaires pendant ce temps?
    Ils calculent leurs "taux de réussite" à l'abri dans leur bureaux.