Le «coffice», ou mon bureau au bistrot

Surfant sur la tendance nomade des travailleurs, une nouvelle génération d’établissements, les cafés-bureaux, commence à ouvrir en France. L’idée serait née en Corée, avant de se développer aux États-Unis où les coffices, contraction de « coffee » et « office  », font fureur.
Photo: iStock Surfant sur la tendance nomade des travailleurs, une nouvelle génération d’établissements, les cafés-bureaux, commence à ouvrir en France. L’idée serait née en Corée, avant de se développer aux États-Unis où les coffices, contraction de « coffee » et « office  », font fureur.
Bosser au troquet? Une habitude, désormais, pour les travailleurs nomades. À tel point que fleurissent les « coffices », un compromis entre le café et le bureau.


Des tables carrées plutôt que rondes ; du calme, mais pas trop ; de la lumière, mais pas directe, pour éviter les reflets ; des prises accessibles et du réseau wi-fi. Et peu importe que l’expresso ait un goût de chaussette. Pour transformer un café en lieu de travail, les « sans bureau fixe » ont leurs petites exigences.

Il est vrai qu’à toute heure, en salle ou au comptoir, on croise de plus en plus de travailleurs avec ordinateur, seuls ou en groupe.

Lieux traditionnels de révision pour les étudiants, les troquets, mais aussi les plus chics coffee-shops et bars d’hôtels, font désormais office de bureaux de substitution pour des actifs de plus en plus nomades et connectés.

Salle de réunion

Un engouement dû, entre autres, au nombre croissant de travailleurs indépendants qui ne peuvent ou ne veulent pas travailler chez eux. Anne-Laure Bailly, consultante indépendante, a fait du café Caprice, à Paris, son quartier général.

Une fois par semaine, parfois deux, elle y retrouve Sandrine, une amie elle aussi pigiste. « Ça nous sert de salle de réunion, dit-elle. Quand nous arrivons, le gérant sait que nous venons pour travailler. On commande un café, on s’installe avec l’ordi et il nous laisse tranquilles. Notre seule variation : parfois, on prend… deux cafés », plaisante la quinquagénaire.

La plupart des commerçants acceptent avec philosophie cette frange de clients. « Quand ce n’est pas plein, ça ne pose pas de problème, confirme le gérant du Caprice. Au contraire, pour attirer la clientèle, mieux vaut avoir toujours un peu de monde en salle. » Les « travailleurs au café » s’imposent eux-mêmes des limites. En cas de grande affluence ou à l’heure du déjeuner, quand les garçons commencent à dresser les tables, ils plient souvent bagage pour mieux revenir aux heures creuses.

« Il y a 20 ans, c’était mal vu de sortir son ordinateur et de s’installer. J’avais pris cette habitude aux États-Unis, mais en France on me regardait un peu de travers », se rappelle un universitaire habitué des pauses studieuses au café. Difficile d’être discret, à l’époque, avec des PC encombrants et peu autonomes sur batterie.

« Pour gagner du temps et pour éviter les allers-retours », le chercheur dispose désormais d’un panel de quatre à cinq cafés à proximité du métro qui le mène à son « vrai » bureau. « Quand je suis en manque d’inspiration ou que je n’arrive pas à me mettre sur un rapport un peu ennuyeux, je change de café et, en général, ça se débloque. »

Régulièrement en overdose d’open space, Maud trouve elle aussi dans ces lieux traditionnels de convivialité et de passage une atmosphère bien plus sereine que celle qui règne dans les étages moquettés de son entreprise.

« On n’est pas obligé de parler à ses voisins, tout en étant entouré », explique celle qui a dans sa tête une carte des cafés parisiens où il fait bon télétravailler.

Cadre dans l’industrie médicale, Laurent Domas, 46 ans, sillonne le monde pour son entreprise basée en Angleterre. Quand il ne voyage pas, une pièce de son appartement parisien lui sert de bureau.

« Je trouve difficile de rester chez moi pour travailler, à trois mètres de mon lit. J’ai besoin de sortir, de voir du monde », dit-il. Adepte des rendez-vous téléphoniques en marchant, toujours à trimballer son ordinateur, il avoue se poser un peu là où il se trouve, au petit bonheur la chance des troquets.

Les Anticafé

Surfant sur la tendance nomade des travailleurs, une nouvelle génération d’établissements, les cafés-bureaux, commence à ouvrir en France. L’idée serait née en Corée, avant de se développer aux États-Unis où les « coffices », contraction de « coffee » et « office », font fureur.

Dans ces lieux, on ne facture pas les consommations, mais le temps passé. À l’intérieur, accès wi-fi gratuit, boissons et encas à volonté.

C’est aussi en partant de son besoin personnel que Leonid Goncharov, 26  ans, a fondé le premier Anticafé à Paris, en 2013. Deux ans après, trois autres établissements ont déjà vu le jour, dont un à Rome.

Pour 3 à 5 euros l’heure, selon la formule choisie, membre régulier ou visiteur, le concept séduit une génération ultraconnectée qui y va pour travailler mais aussi pour trouver du lien social, le tout dans une ambiance décontractée — plus « barbe de trois jours et bonnet » que « costume-cravate ».

« Ici, c’est plus sympa que dans une bibliothèque. » Guillaume Blairon, 34  ans, a l’habitude de s’arrêter à l’Anticafé Beaubourg. « On peut faire un peu de bruit, travailler à plusieurs et se ménager de petites coupures au comptoir. Le tout sans avoir l’impression de prendre la place d’un client, comme dans un café classique, et sans avoir à faire la chasse aux prises et au wi-fi. »

Au Nuage Café, ouvert il y a quelques semaines en plein coeur du Quartier latin, l’ambiance tient plus du home sweet home que du bistrot.

Murs de couleur pastel, meubles chinés, coin détente à l’étage avec coussins au ras du sol, sélection des meilleurs crus de café au comptoir cuisine, pour 4 euros de l’heure, le visiteur s’y sent « mieux qu’à la maison ».

Un café connecté que certains fans trentenaires qualifient déjà sur Facebook de « café de Flore nouvelle génération ».

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