Des organismes demandent que le seuil de température passe de -27 à -15 degrés

La santé publique considère qu’il y a un risque pour la santé à partir de -27 degrés.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir La santé publique considère qu’il y a un risque pour la santé à partir de -27 degrés.

Des organismes d’aide aux itinérants demandent à la Ville de Montréal d’ouvrir les nouvelles haltes-chaleur à partir de -15 degrés Celsius plutôt qu’à -27, comme c’est actuellement le cas.

« Bien que l’initiative soit un geste remarquable, le problème est que les heures d’ouverture ne sont pas adaptées aux besoins de la population itinérante et que le seuil de température nécessaire pour ouvrir les haltes chauffantes est inadéquat », peut-on lire sur une pétition qui était signée par plus de 1200 personnes mardi soir, à l’initiative de Solidarité dans la rue et SOS itinérance.

La première halte chauffante a vu le jour en janvier 2015 au centre-ville de Montréal. Il s’agit d’une initiative de la Direction de santé publique, appuyée par la Ville de Montréal, qui finance les opérations. Une deuxième halte-chaleur, chapeautée par l’organisme L’Anonyme, a ouvert ses portes pour la toute première fois dans la nuit de lundi à mardi alors que le thermomètre affichait -27.

L’idée n’est pas de remplacer les refuges traditionnels, qui sont tous bondés par les nuits de grand froid, mais plutôt d’offrir un service complémentaire pour la population itinérante qui ne fréquente pas les refuges pour diverses raisons, notamment parce qu’ils sont trop intoxiqués, qu’ils désirent rester en couple ou qu’ils refusent de laisser leur animal de compagnie à l’extérieur.

« On n’offre pas un lit, mais un endroit où se réchauffer pour quelques minutes ou quelques heures avec un café ou une bonne soupe chaude, explique la directrice générale de L’Anonyme, Sylvie Boivin. On peut également aider les itinérants à se trouver un lit pour la nuit si tel est leur souhait. »

 

Risque pour la santé

Le problème, selon plusieurs, c’est que les haltes-chaleur ne sont ouvertes que de 23 h à 7 h du matin, et ce, uniquement lorsque l’on prévoit que la température ressentie va descendre sous la barre des -27. Les organismes qui chapeautent la pétition réclament des heures d’ouverture plus étendues et, surtout, que le seuil de température minimale soit ramené à -15.

« Pour moi, ce n’est pas une question de degrés, c’est une question de risque pour la santé physique, répond celui qui a imaginé le concept à la Direction de santé publique de Montréal, Jason Champagne. Les haltes-chaleur, c’est une mesure exceptionnelle par période de froid intense pour assurer que personne ne reste dans l’espace public, parce que c’est dangereux pour leur vie. Et à partir de -27, les médecins ont déterminé que c’est dangereux. »

Il rappelle qu’à partir de -15, des équipes sont déployées à travers la ville pour inciter les gens à aller dans les refuges. « À Montréal, il n’y a jamais personne qui est refusé dans un refuge faute de place. On trouve toujours des solutions. Par période de grand froid, il y a un filet de protection mis autour des personnes itinérantes. »

 

Refuges débordés

Les refuges traditionnels étaient débordés en début de semaine. « Depuis trois jours, tous les lits sont pris, explique Matthew Pearce, de la Mission Old Brewery. Quand on affiche complet, on a recours à des matelas supplémentaires dans la cafétéria. Lundi soir, on avait une trentaine de personnes dans la cafétéria. C’est loin d’être un cinq étoiles, mais c’est mieux que la rue. »

À la Maison du Père, on affichait également complet en début de semaine. Mais on a déjà vu pire. « C’est généralement pire vers la fin du mois, quand les gens ont moins de sous », précise Manon Dubois.

À la halte-chaleur d’Hochelaga, on a accueilli 11 personnes pour cette première nuit, sur une possibilité de 20personnes.

Mais au centre-ville, où les besoins sont les plus criants, la halte-chaleur de la Mission St-Michael n’a pas ouvert ses portes dans la nuit de lundi à mardi en raison d’une mauvaise lecture de température, comme le révélait Le Journal de Montréal mardi. « Nous avons pris contact avec le responsable pour que tout soit prêt pour la prochaine nuit de froid intense », répond un porte-parole de la Ville de Montréal.

4 commentaires
  • Johanne Fontaine - Inscrite 6 janvier 2016 09 h 35

    -27° ses engelures, ses amputations...

    -27°

    Comme condition
    pour ouvrir
    un refuge:
    une honte.

    Haro sur Montréal!

  • Sophie Voillot - Abonnée 6 janvier 2016 09 h 36

    La pétition

    Pour celles et ceux que ça intéresse, la pétition est ici: https://www.change.org/p/denis-coderre-ville-montreal-qc-ca-luc-ferrandez-ville-montreal-qc-ca-darchamb-ville-montreal-qc-ca-nathalie-houle-ville-montreal-qc-ca-dianemroy-ville-montreal-qc-ca-melanie-favreau-ville-mon-halte-chauffante-warm-shelter-for-homeless-and-t

    • Sophie Voillot - Abonnée 6 janvier 2016 15 h 02

      (L'URL a l'air tronqué, mais ça marche.)

  • Johanne Fontaine - Inscrite 6 janvier 2016 11 h 03

    Montréal, ses plaisirs d'hiver, ses engelures, ses amputations

    Merci à l'administration Coderre
    pour les efforts déployés.