Et glissent les chasse-neige et les skis

Un couple de Brooklyn et leur chien en vacances à Montréal
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Un couple de Brooklyn et leur chien en vacances à Montréal

Ces vents chargés de flocons tant attendus ont finalement balayé la province. Labeur des déneigeurs, plaisir des skieurs, la neige est tombée sans relâche sur le sud du Québec toute la journée mardi.

Partout sur l’île de Montréal, le déblaiement des rues a commencé aussitôt les précipitations commencées. Les opérations de chargement de la neige, vers des dépôts plus excentrés, commenceront quant à elles au courant de la journée de mercredi, à partir de 7 h, a indiqué Anie Samson lors d’un point de presse.

Le processus ne devrait pas durer plus de 4 à 5 jours au total, a-t-elle prévenu. La vice-présidente du comité exécutif et responsable de la sécurité publique et des services aux citoyens a cependant indiqué que les chargements seront suspendus pour le jour de l’An, soit entre le 31 décembre, 19 h, et le 2 janvier, 7 h.

Le temps de laisser un répit aux Montréalais : « On veut laisser les citoyens festoyer et du temps en famille à nos cols bleus », a précisé Mme Samson, quelques coups de sifflet couvrant momentanément sa voix. Une quinzaine de cols bleus manifestaient en effet à proximité devant l’hôtel de ville, pour contester la suspension de 2000 d’entre eux.

Les arrondissements disposent désormais d’un délai maximum de 12 heures avant le déclenchement de ces opérations localement. Sans quoi ils s’exposent à des sanctions financières équivalant à 2 % de leur budget de déneigement. « Rappelez-vous l’an dernier, lorsqu’on annonçait une opération, des arrondissements embarquaient, d’autres non », a insisté Mme Samson, elle-même les pieds dans la neige.

Cette première tempête hivernale constitue en effet le premier test pour la politique centralisée de déneigement de la Ville de Montréal. Adoptée l’été dernier par l’administration Coderre, l’uniformisation des pratiques veut mettre au pas les arrondissements plus lents à déclencher le chargement de la neige.

Signe encourageant pour les déneigeurs, la tempête montrait des signes d’essoufflement en début de soirée. Au moment d’écrire ces lignes, une trentaine de centimètres s’accumulait déjà à Montréal, dans les Laurentides, en Estrie et dans plusieurs autres régions.

Souffleuses, chasse-neige et camions ramasseront d’abord la neige sur les grandes artères, les rues commerciales, et finalement, les rues plus résidentielles, y compris quelques pistes cyclables.

Appelant les citoyens à collaborer, la mairesse d’arrondissement a recommandé l’utilisation de l’application Info Neige. « Vous vous stationnez, vous indiquez [votre emplacement] sur la carte et vous allez recevoir des notifications qui vous diront si la rue va être déneigée ce soir ou demain », a illustré Mme Samson. D’abord un projet pilote l’hiver dernier, cette commodité virtuelle a été étendue à 18 des 19 arrondissements cette année.

Le remorquage de 4000 à 5000 voitures lors de chaque opération de déneigement freine l’avancée des déneigeuses, a averti Jacques-Alain Lavallée, porte-parole de la Ville en matière de déneigement. « Nous avons 10 000 kilomètres de route [à déneiger], soit environ 18 fois la distance aller-retour entre Montréal et Québec, nous avons donc besoin de la coopération des citoyens. »

L’arrivée et le départ de dizaines de vols ont été retardés, voire annulés aux aéroports de Montréal et de Québec, à cause du manque de visibilité. La gare d’autobus de Montréal ne signalait quant à elle aucune annulation. La prudence redoublée des chauffeurs a cependant causé plusieurs retards.

Les mauvaises conditions routières ont forcé Opération Nez rouge à annuler ses activités pour plusieurs régions, dont Montréal et Québec. Cet organisme raccompagne généralement entre 800 et 1000personnes en état d’ébriété durant une journée comme celle de mardi.

 

Dévaler les pentes

Pendant qu’on s’évertuait à nettoyer les rues en ville, les canons à neige reprenaient un peu leur souffle sur les monts de ski. Le secours de la neigeartificielle se faisait moins criant, alors que de nombreuses stations étaient en voie d’ouvrir l’entièreté de leurs pistes.

Après un lent début de saison en raison des températures trop douces, cette tempête a apporté du soulagement aux exploitants des montagnes, a indiqué Josée Cusson de l’Association desstations de ski du Québec (ASSQ). « La neige est le meilleur marketing que l’on puisse avoir pour être dans l’esprit de faire du ski », s’est-elle réjouie.

Il faut dire que la période des Fêtes demeure « névralgique à la santé financière des stations de ski », constituant 18 % du chiffre d’affaires en moyenne, affirme Mme Cusson. L’an dernier, le temps doux et la pluie entre Noël et le jour de l’An ont entraîné une perte d’achalandage de 25 % par rapport à l’année précédente.

Ski Saint-Bruno avoue accuser un retard de près d’un mois, alors que le centre était ouvert à 100 % mardi, plutôt qu’à la fin novembre comme au moins les trois années précédentes. Mme Raiche a expliqué que ce retard de 15 à 20 % du chiffre d’affaires sera « probablement compensé » par le reste de la saison. Cette montagne se porte par ailleurs bien financièrement, grâce au ski de soirée et aux cours, pour lesquels la liste d’attente s’allonge d’année en année.

« Je suis agréablement surprise de voir que les gens ont affronté la tempête pour profiter de ces superbes conditions », a affirmé Karine Raiche, coordonnatrice marketing de Ski Saint-Bruno. Même son de cloche plus à l’est, au Massif de Charlevoix, où le manteau blanc était suffisant pour ouvrir 50 % des pentes, a détaillé la porte-parole Katherine Laflamme.

Très rares sont aujourd’hui les stations qui se fient uniquement à mère Nature pour démarrer la saison. Même si l’achalandage de novembre et décembre ne représente que 5 % du chiffre d’affaires, il faut « entrer dans l’imaginaire des gens », croit Mme Laflamme. « Véhiculer la nouvelle que la station est ouverte entraîne les gens à s’inscrire à des cours et à acheter des laissez-passer », confirme Mme Raiche.

1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 30 décembre 2015 09 h 48

    Nettoyer ? Mais ce n'est pas sale...

    Chaque bordée de neige vient nous rappeler à quel point nous refusons de nous adapter à l'environnement, à quel point notre culture rime avec le refus d'une réalité qui s'appelle l'hiver.

    À l'époque de nos grands-pères ou arrières-grands-pères, l'hiver ouvrait de nouvelles voies pour se déplacer. Grâce à la neige, on pouvait circuler sur de nouveaux sentiers, de nouvelles routes que l'été rendait inaccessibles. Et nombre de rivières devenaient plus facile à franchir grâce à ces nombreux ponts de glace.

    Plutôt que d'apprendre les leçons de notre histoire, plutôt que d'apprendre comment l'instinct de survie de ceux qui nous ont précédés avait stimulé leur créativité et leur capacité de s'adapter, nous avons fait des choix aveugles et insensés, dont celui d'accorder la primauté absolue à l'automobile individuelle pour se déplacer, et de vouloir à tout prix que ce mode de transport fonctionne comme si c'était toujours le mois de juin.

    Avec l'amour de l'automobile est venu celui de l'asphalte. Nous en avons généreusement recouvert le territoire et tout ce qui vient en cacher la couleur doit être enlevé. La langue étant le support de la culture, il ne faut pas s'étonner que souvent on remplace le mot déneiger par nettoyer. Nettoyer ? C'est pourtant le contraire que l'on fait quand on sort tout l'arsenal de guerre contre la neige. On transforme le blanc de la neige en une espèce de gadoue salée brun-noir.

    Et que dire de l'atmosphère ! La guerre à la neige, elle se fait avec des tanks, des blindés diesel, qui crachent des nuages de fumée noire, bonjour les microparticules cancérigènes, sans oublier les invisibles gaz carboniques : combien de tonnes de carbone une bataille nivale émet-elle dans l'atmosphère ? Et dire que l'on se croit vertueux en matière de changements climatiques... Mais à vrai dire, les changements climatiques pourraient nous aider à conserver notre belle asphalte noire toujours plus noire, sans souillure blanche.