«Novena», neuf fois plutôt qu’une

La communauté latino de Montréal se rassemble dès le 16 décembre pour les «villancicos», chansons joyeuses entrecoupées de moments de recueillement et de prières.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La communauté latino de Montréal se rassemble dès le 16 décembre pour les «villancicos», chansons joyeuses entrecoupées de moments de recueillement et de prières.

Chez les Lopera, Noël bat son plein depuis déjà près d’une semaine, soir après soir, avec chants entonnés en famille et entre amis au son des maracas. De Montréal en passant par Boucherville, Laval ou Brossard, la ronde des novenas donne lieu à un curieux chassé-croisé entre les résidences de nombreux Sud-Américains immigrés au Québec qui, comme les Lopera, perpétuent la tradition des novenas au nord des tropiques.

Samedi, près 200 personnes de la communauté latino de Montréal se sont rassemblées presque à mi-parcours desnovenas à l’église de la Mission catholique Notre-Dame de Guadelupe. Ces dizaines de Colombiens, Équatoriens et Vénézuéliens en étaient à leur quatrième soir de festivités, rythmées par le chant festif des villancicos, chansons joyeuses entrecoupées de moments de recueillement et de prières.

Noël à répétition

Pour bien des Sud-Américains originaires de ces pays, l’esprit de Noël n’a rien à voir avec la déferlante de cadeaux, de sapins illuminés et de père Noël pansu. « Pour nous, le symbole de Noël, c’est la naissance de Jésus, et c’est cela que nous célébrons. Tout le mois de décembre est marqué par plusieurs fêtes, dont celles des novenas, qui nous mènent du 16 décembre jusqu’à la veille de la Nativité », explique Lina Lopera, Colombienne arrivée au Québec il y a cinq ans avec sa famille.

Durant ces fameuses novenas, tradition instaurée en Amérique latine en l’an 1700 par un père équatorien, les familles convergent chaque soir dans un lieu différent pour réciter chansons et prières destinées à la Vierge Marie, à Joseph et à l’enfant Jésus. Comme la famille est peu nombreuse au Québec, les Lopera ont amorcé le marathon des novenas mercredi dernier chez des amis à Brossard, puis à Boucherville le lendemain, et à Montréal le surlendemain. Et rebelote à Laval le week-end dernier.

« En Colombie, on reste dans la famille. Mais ici, nous n’avons pas de famille élargie, alors on se rend chez des amis différents chaque soir. On doit tenir un calendrier détaillé pour savoir chez qui ça se passe ! Chaque famille prépare un plat qu’on partage parmi une trentaine de convives », affirme Lina.

Totalement festives, ces rencontres, où résonnent les maracas achetées pour l’occasion, orbitent autour du partage des buñuelos, hojuelas (beignets frits), empanadas (pâtés farcis à la viande), natillas (flancs sucrés) et autres mets et douceurs typiquement latinos. La veille de Noël, le Petit Jésus est encore au centre des réjouissances et de la dernière novena, note Lina, qui se célèbre et se chante autour de la pesebre, la crèche. À minuit, ni de père Noël ni de rennes en vue, puisque c’est le Petit Jésus qui déposera les cadeaux de Noël sur le lit des enfants qui ont bien pris soin de cacheter une lettre à son attention.

« Pour les enfants, on décore un sapin, mais pour tout le reste de la fête, ça se passe plutôt autour de la pesebre », affirme Lina.

Sous-vêtements jaunes, pour la chance !

Après ce Noël démultiplié, il restera encore de l’énergie pour faire bombance le 31 décembre, soirée où de nombreux rituels viennent appeler les agueros, ces « augures » pour la nouvelle année. Pendant la soirée, on verra notamment la parenté s’adonner à de curieux manèges pour attirer la prospérité et la santé, dont le lancer des lentilles, projetées dans les airs en signe d’abondance. L’imagination ne manque pas pour conjurer le mauvais sort, puisqu’on s’adonne à la très étrange « sortie » des valises. « Dans l’espoir de voyager dans l’année, on va prendre une marche dans la rue, avec une valise à la main, », explique Lina.

Autre fait cocasse, la tradition veut que l’on porte cette journée-là des sous-vêtements jaunes, couleur fétiche de l’amitié et de la sympathie, drôle de coquetterie dont l’origine demeure nébuleuse et qui suscite bien des fous rires, raconte Lina. Surtout en fin de réveillon quand la soirée se termine bien arrosée de quelques verres d’aguardiente, une eau-de-vie à l’anis typiquement latino que l’on trouve facilement au Québec.

Durant ces fameuses novenas, tradition instaurée en Amérique latine en l’an 1700 par un père équatorien, les familles convergent chaque soir dans un lieu différent pour réciter chansons et prières destinées à la Vierge Marie, à Joseph et à l’enfant Jésus.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir


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