L’école à l’heure de la programmation

Les parents étaient invités à participer à l’atelier de KidsCodeJeunesse, samedi dernier, à Montréal. Ils ont créé des cartes de Noël animées avec leurs enfants.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les parents étaient invités à participer à l’atelier de KidsCodeJeunesse, samedi dernier, à Montréal. Ils ont créé des cartes de Noël animées avec leurs enfants.
Au Québec, des voix s’élèvent pour réclamer qu’on enseigne aux élèves du primaire les rudiments du codage et de la programmation informatiques, comme on le fait en Estonie et en Angleterre. En attendant que le ministère bouge, des enseignants et stagiaires tentent l’expérience dans leurs classes. Le Devoir est allé à leur rencontre.
 

Les yeux rivés à leur écran, les élèves de la classe de 6e année de Julie Vallières font des exercices de code. Ils tentent de déplacer un personnage dans un labyrinthe à l’aide de lignes de programmation qu’ils « codent » eux-mêmes. Leur écran est divisé en trois sections verticales. À gauche, on voit le labyrinthe. Au centre, on retrouve une série de lignes de codes dans laquelle ils peuvent puiser (« avancer », « reculer », « changer de couleur », etc.). Puis, c’est à droite qu’ils programment en les agençant.

« Ils doivent faire un labyrinthe et permettre au bonhomme de le traverser. Ils programment le personnage pour qu’il recule quand il touche le rouge. Quand il touche le vert, il gagne », résume Viviane Vallerand, la stagiaire qui a lancé le projet dans cette classe de l’école primaire Anne-Hébert, à Québec.

Comprendre et construire la technologie

La jeune femme est convaincue du bien-fondé de l’apprentissage du langage informatique par les enfants. « Si je veux amener mes élèves à être autonomes, à s’engager et à comprendre le monde dans toute sa complexité, il faut non seulement qu’ils soient capables d’utiliser les technologies, mais il faut qu’ils sachent comment elles se construisent et comment ils peuvent construire des outils. » Pour faire des exercices de code avec les élèves, elle utilise Scratch Junior, un logiciel gratuit développé par le Massachusetts Institute of Technology (MIT). L’outil est même traduit en français.

Louis et Laurent ont tellement aimé l’expérience du premier cours qu’ils ont commencé à en faire à la maison pour le plaisir. « On a passé plus d’une semaine sur un des jeux », explique l’un. Les deux garçons s’intéressent tous les deux aux mathématiques, mais ils ne sont pas de grands amateurs de jeux vidéo. Ils préfèrent Scratch « parce que le défi est plus grand. »

Au-delà des compétences informatiques, l’exercice renvoie notamment aux mathématiques via le plan cartésien. Mais, aux yeux de Viviane, c’est bien davantage. C’est une façon de faire de ses élèves des gens « engagés ». Elle les trouve un peu trop complaisants envers la technologie et cherche à développer leur esprit critique.

L’étudiante s’est intéressée au code après avoir suivi le cours d’une chercheuse en technologie éducative de l’Université Laval, Margarida Romero. Cette dernière voit un énorme potentiel dans l’univers du code. « Ce sont des apprentissages liés à la logique, à la structure de pensée, note-t-elle. Il y a 10 ou 15 ans, le langage était tellement complexe que seulement une minorité pouvait réellement faire du développement. La première marche de l’escalier était très haute. Là, par contre, on a des outils avec lesquels, même sans savoir lire et écrire, on peut arriver à faire de la programmation. »

D’autres y voient surtout un impératif économique. « Le code, c’est la lingua franca du XXIe siècle », explique la blogueuse Michelle Blanc. « Comprendre la logique informatique, ça prépare à des emplois qui n’existent pas encore. En plus, ça peut donner aux élèves l’envie de pousser plus les mathématiques ou les sciences. »

Chose certaine, l’engouement pour l’enseignement du code gagne de plus en plus de pays et d’organisations. Après l’Estonie en 2012, l’Angleterre l’a intégré à son programme éducatif à l’automne 2014 et certains États américains ont emboîté le pas. De l’Australie aux Pays-Bas, en passant par la France, l’expérience est surveillée de près et de plus en plus de pays songent à faire la même chose.

En attendant, des projets à but non lucratif poussent un peu partout. Lancée il y a deux ans aux États-Unis, l’initiative « L’heure du code » encourage les professeurs et les parents à tenter l’expérience en leur fournissant des outils.

Le projet fait fureur. Barack Obama lui-même en a fait la promotion et pas moins de 100 millions d’étudiants de 180 pays se sont prêtés au jeu. Cette année, L’heure du code proposait un atelier basé sur les personnages de Star Wars ou encore le jeu vidéo Minecraft.

Dans une vidéo diffusée sur le site, la présidente de Lucas Films, Kathleen Kennedy, explique que la programmation a joué un rôle crucial dans la construction de Star Wars. Des collègues programmeuses décrivent avec enthousiasme leur travail.

Les parents aussi apprennent

À Montréal, Kate Arthur s’est inspirée de « L’heure du code » pour organiser ses propres formations à l’échelle locale via l’organisme KidsCodeJeunesse. La fin de semaine dernière, son organisation a tenu une séance de codage pour les parents au centre-ville. Une centaine sont venus la rejoindre avec leur ordinateur portable pour créer une carte de Noël informatique avec leurs enfants (6 à 10 ans).

« Ils ont programmé une carte et l’ont partagée. Ils ont mis des bonhommes, des messages, des sons, résume-t-elle. Ça permet aux parents de voir à quel point la technologie est importante, tout en se familiarisant avec les outils sans avoir trop peur. »

Même si ses projets reçoivent un très bon accueil, elle constate que le Québec est en retard dans le domaine. Lors du dernier événement mondial organisé par « L’heure du code », début décembre, le Québec a été l’une des provinces où le moins de gens ont participé, avec la Saskatchewan, l’Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve. Elle constate en outre que « c’est plus lent du côté francophone » et que les médias en parlent moins.

Certaines de ses activités sont commanditées par Ubisoft Montréal. L’entreprise soutient de plus en plus de projets numériques dans le monde de l’éducation via son programme Codex.

Interrogé sur le présumé retard du Québec, le responsable des ressources humaines, Cédric Orvoine, se montre prudent. « Comme société, il faut comprendre qu’il y a plusieurs façons d’apprendre », dit-il. Le Québec serait-il en retard ? « On est déjà dans une assez bonne position dans le secteur des technologies. Mais il ne faut pas s’asseoir sur nos lauriers, parce que ça s’en va en se complexifiant et le niveau de compétences va être grandissant. Il faut continuer à poser des gestes pour continuer à être des leaders. »

Il faut qu’ils sachent comment [les technologies] se construisent et comment ils peuvent construire des outils.

13 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 19 décembre 2015 07 h 46

    L'omnipuissance de la hiérarchie

    L'idée de l'apprentissage de la langue informatique ne vient pas des "idéateurs pédagogiques", d'un sous ministre ou même du ministre. Non,elle vient de la base, ce qui garantit que cet apprentissage ne sera jamais appliqué.

  • Robert Bernier - Abonné 19 décembre 2015 09 h 47

    Surtout pour la logique

    Du temps où je faisais mes études secondaires (1967-1971), on développait notre esprit logique par la démonstration de théorèmes en géométrie plane (Euclide). Il semble bien que ça ne se fait plus.

    Comme enseignant en physique au cegep, je constate que les étudiants vont tenter d'appliquer des trucs appris par coeur plutôt que de développer un raisonnement logique basé sur un enchaînement de principes. Ils se privent ainsi du meilleur de la physique!

    J'ai souvent pensé que la meilleure façon de développer le raisonnement serait d'implanter l'apprentissage de la programmation ou, à tout le moins, celui de l'algorithmie, dans les classes de sciences au secondaire et même encore au cegep. Je ne puis qu'applaudir à ces démarches entamées au primaire. Bravo!

    Et ça aidera, n'en doutez pas, à l'apprentissage du français et des mathématiques.

    Robert Bernier
    Mirabel

    • Marc Davignon - Abonné 19 décembre 2015 11 h 39

      La philosophie plus que la programmation nous inculque la pensée critique.

    • François Dugal - Inscrit 19 décembre 2015 13 h 25

      Les "têtes bien faites" sont remplacées par les "têtes bien pleines". Laissons à notre calculatrice le soin de résoudre les devinettes de ce bon vieux Euclide; l'humanisme fait maintenant parti du passé.
      C'est monsieur Dodig, PDG de la banque Impériale de Commerce, qui a si bien résumé la situation : " les citoyens sont trop éduqués," se plaignait-il.

    • Marc-Antoine Guay - Inscrit 19 décembre 2015 16 h 47

      @Marc Davignon On parle ici de pensée logique ici, la pensée critique étant autre chose..

    • Marc Davignon - Abonné 20 décembre 2015 13 h 52

      @Marc-Antoine Guay

      En effet, il y a une grande confusion dans ce qu'il faut apprendre! Développer l'esprit critique qui est indispensable à comprendre ce que la logique représente!

    • Emmanuel Rousseau - Inscrit 20 décembre 2015 23 h 39

      @Marc Davignon La pensée critique ne peut se développer sans la capacité à réfléchir logiquement. La programmation est un excellent moyen d'apprendre la logique puisque la programmation est construite sur la logique Booléenne, laquelle peut servir de base pour toutes formulations logiques. Passer à travers l'épais manuel de logique théorique est beaucoup plus facile quand on sait programmer, j'en ai fait l'expérience.

      Aussi, il faut cesser d'opposer sciences humaines, sciences fondamentales et sciences appliquées. Ces trois domaines sont complémentaires et une bonne éducation devrait être transversale plutôt que verticale et spécialisé. Il est malheureux de voir dans nos universités ces trois silos quasi-hermétiques.

    • Marc Davignon - Abonné 21 décembre 2015 10 h 55

      @Emmanuel Rousseau

      La «logique» Boolean n'est pas la seule «logique», il y a aussi la logique de la logique floue et modale. L'esprit humain n'est pas un ordinateur, il n'y a pas que le vrai et le faux! Avant d'en arriver là, il faut «apprendre» à lire et à écrire correctement, on ne peut pas commencer par la fin. L'esprit «critique» et un début pour comprendre la différence entre toutes ces logiques qui ne sont pas sans failles.

  • Marc Davignon - Abonné 19 décembre 2015 12 h 33

    Pensée magique!

    Voilà la solution à tous les problèmes d'apprentissage! Mais qui pousse cette idée? Des informaticiens patentés? Des fous de la techno? Où sont les pédagogues soucieux d'offrir le meilleur qu'une approche scientifique (critique) pourrait apporté à cette fausse bonne idée?

    Avec «foutoir informatique» dans lequel nous vivons il serait bon de connaitre les «lobbyistes» cette «nouvelle approche pédagogique. Serait-ce Monsieur Young qui a déjà été l'objet d'un article, dans votre journal : Jeunes, mais analphabètes numériques (http://www.ledevoir.com/societe/education/451725/j

    Quel titre pathétique! Ce Monsieur est enseignant et aussi le concepteur d'un logiciel d'apprentissage (et toute sa famille). Or, pour un abonnement mensuel, vous pourrez utiliser un outil d'apprentissage non répertorier, non validé et non vérifié. Quelle aubaine!

    Nous n’avons vraiment pas à coeur l'éducation de nos enfants.

    Votre article est rempli de citations plus aberrantes les unes que les autres : «Ce sont des apprentissages liés à la logique [...] on a des outils avec lesquels, même sans savoir lire et écrire, on peut arriver à faire de la programmation.», après seulement un seul cours, et tous les analphabètes pourra travailler comme programmeur!

    « Comprendre la logique informatique, ça prépare à des emplois qui n’existent pas encore.», celle-ci se passe de commentaire!

    Mais où sont les informaticiens dans votre article? Nulle part! Quand ont parlé d'économie, on fait appel à un économiste. Quand il s'agit de santé, on fait appel à un médecin (et aussi un économiste, mais ça, c'est un autre problème). Quand on parle de voiture, à un mécanicien. Mais quand on parle de l'informatique, on fait appel à une «blogueuse(?!)» et à une étudiante (en quoi?). Ou encore, à un enseignant qui est clairement en conflit d'intérêts, vous en déplaise. Alors, bravo pour le foutoir informatique.

  • Robert Mayrand - Abonné 19 décembre 2015 13 h 53

    Education made in Quebec

    Les technologies de l'information, la programmation, l'innovation et l'entreprenariat devraient être au cœur de l'apprentissage. Les inventions et les grandes découvertes ont toujours nourri la philosophie et non l'inverse. Une fois de plus, le Québec, empêtré dans une approche d'inspiration «scolastique» accuse un retard important en éducation.

  • Marc Davignon - Abonné 20 décembre 2015 10 h 58

    La musique

    Apprenez-leur la musique. C'est aussi une construction logique et qui exprime tout autant, et sinon plus, la capacité cognitive que nous possédons. La musique fait partie de nos moeurs avant la parole et bien avant l'écrit. C'est une valeur sure!.

    • François Dugal - Inscrit 20 décembre 2015 12 h 24

      Les élèves qui font une activité musicale au secondaire ont une moyenne générale superieure d'environ 20% face aux autre élèves.
      L'école secondaire Pierre Laporte, demi-temps pedagogique musique/études à un taux de décrochage nul.