Manifestation tranquille, arrestation musclée

Sandra Cordero lors de son arrestation le 1er mai dernier, rue Sainte-Catherine, à Montréal
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Sandra Cordero lors de son arrestation le 1er mai dernier, rue Sainte-Catherine, à Montréal

Une cause importante pour les relations entre la police et des manifestants s’est ouverte mercredi en Cour municipale de Montréal : une mère de famille sans histoire risque de se retrouver avec un dossier criminel pour s’être démenée lors de son arrestation durant une manifestation.

Sandra Cordero, une auxiliaire familiale de 46 ans, est accusée d’entrave et de voies de fait contre un policier après avoir été arrêtée le 1er mai dernier, rue Sainte-Catherine à Montréal. Le Devoir a déjà raconté l’histoire de cette mère de six enfants et d’autres manifestants arrêtés par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), au cours des derniers mois.

Le sergent Patrice Bigras du SPVM a raconté mercredi les circonstances de l’arrestation de Sandra Cordero. Il dirigeait une équipe d’une vingtaine de policiers qui se trouvaient à l’angle des rues Sainte-Catherine et Union, ce soir-là. Des dizaines d’autres personnes, dont certaines ont commis des méfaits, se trouvaient ailleurs au centre-ville pour la marche annuelle contre le capitalisme et l’austérité.

L’officier du SPVM a expliqué qu’une quarantaine de manifestants tranquilles, de tous les âges, hommes et femmes, se trouvaient dans la rue Sainte-Catherine à cet endroit. Le sergent Bigras a ordonné à ses policiers d’avancer en rang serré, avec leurs boucliers et leurs matraques, et de dire aux gens de circuler. La plupart des manifestants ont obéi, mais trois ou quatre personnes se sont assises au milieu de la rue, dont Sandra Cordero.

Le sergent Bigras dit avoir vu l’agent Robert Tessier argumenter avec la manifestante. Elle a refusé de se lever. L’agent Tessier l’a soulevée par les aisselles. Elle a résisté. Il a tenté de la faire avancer. Selon l’officier, Mme Cordero a donné trois coups de poing au policier.

« Je l’ai trouvé très patient. Je lui ai dit : “ arrête-la  », a raconté Patrice Bigras.

« Elle se débattait comme un diable dans l’eau bénite, a témoigné à son tour le policier Robert Tessier, qui estime avoir fait 1000 arrestations en 13 années de service. Si je l’ai arrêtée, c’est que je n’avais aucun choix. J’étais rendu là. »

L’avocate de la défense, Clara Poissant-Lespérance, a fait témoigner une manifestante qui se trouvait près de Sandra Cordero dans la foule. Peggy Faye, une travailleuse autonome, ne connaissait pas Mme Cordero. Elle marchait à côté de la femme de 46 ans. Elle a raconté que les policiers leur poussaient dans le dos en leur disant d’avancer. « On se faisait pousser, pousser, pousser. C’est harcelant, c’est impressionnant », a-t-elle dit.

Elle a vu Sandra Cordero se retourner et faire face à la rangée de policiers. « Elle a dit : “ Arrête de me frapper, on ne frappe pas les femmes. Tu me fais mal.  […] Je l’ai perçu comme une défense, c’est comme réagir à quelque chose de trop intense. » La suite du procès a été remise au 12 septembre 2016.

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