Piètre performance des garderies privées non subventionnées

La qualité des services s’est maintenue dans les CPE, comme ici au Sablier, sur le Plateau-Mont-Royal, malgré des compressions et une non-indexation des budgets.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir La qualité des services s’est maintenue dans les CPE, comme ici au Sablier, sur le Plateau-Mont-Royal, malgré des compressions et une non-indexation des budgets.

Lieux mal adaptés, matériel inadéquat, faille dans l’hygiène : pas moins de 40 % des poupons et le tiers des enfants âgés de 18 mois à 5 ans ne reçoivent pas des services satisfaisants dans les garderies privées non subventionnées, affirme l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

Tel est du moins le portrait brossé par l’organisme public dans l’enquête intitulée Grandir en qualité, menée en 2014 auprès d’un échantillon de 150 groupes de poupons et de 200 groupes d’enfants dans les garderies non subventionnées ainsi que dans les centres de la petite enfance (CPE). Le dernier coup de sonde effectué sur la qualité des services de garde au Québec datait de 2003.

À l’heure où le développement de places en garderies non subventionnées, au détriment du réseau public, a le vent dans les voiles, les constats posés par ce deuxième rapport sont préoccupants.

Si l’enquête estime que, dans leur ensemble, les services donnés en garderies non subventionnées sont « acceptables », tout juste au-dessus de la note de passage, au moins quatre poupons sur dix reçoivent des services considérés comme insatisfaisants, « ne répondant pas aux principes du programme éducatif ».

Si les tares sont nombreuses, le rapport cible plus particulièrement, pour les poupons, des failles dans l’aménagement des lieux, des scores pitoyables pour ce qui est du lavage des mains, de l’aspect sanitaire ou sécuritaire des lieux. On cite notamment des lacunes liées à la présence de prises électriques non protégées, de cordons de rideau à la portée des enfants ou de tiroirs contenant du matériel dangereux sans fermeture de sécurité.

Ces garderies obtiennent, en sus, de piètres notes pour ce qui est du matériel approprié au développement de l’enfant et de la variété des activités. De façon générale, on constate que les activités extérieures sont peu fréquentes et peu stimulantes.

Pour les enfants âgés de 18 mois à 5 ans, ces garderies s’en tirent à peine mieux, avec 36 % d’enfants recevant des services qualifiés d’« insatisfaisants ». Par contre, on signale des lieux favorables aux familles et aux éducatrices. Somme toute, seulement 10 % de ces établissements obtiennent une cote allant de bonne à excellente.

Quant aux installations liées aux centres de la petite enfance (CPE), y compris les milieux familiaux, elles s’en tirent nettement mieux, avec les deux tiers des services offerts aux poupons qui sont jugés bons ou excellents. On note une nette amélioration de la structuration des lieux depuis 2003, et les CPE décrochent le score de 95 % pour ce qui est de la qualité de l’interaction avec les parents. Jeux libres, repas sains, activités appropriées au développement de l’enfant : autant de facteurs qui obtiennent la cote bonne à excellente pour les poupons. Par contre, on signale aussi des failles en ce qui concerne la sécurité et le lavage des mains, en léger recul par rapport à 2003.

Pour les bambins âgés de 18 mois à 5 ans, 45 % reçoivent des services jugés bons ou excellents, tandis que 51 % ont des services acceptables. Points forts : repas sains, interaction avec les parents, consignes adaptées et net progrès dans l’aménagement des lieux depuis 2003.

Une explosion inquiétante ?

À la lumière de ces résultats, l’explosion de 1387 % du nombre des places créées en milieux de garde non subventionnés par le gouvernement du Québec, depuis 2008, préoccupe grandement l’Association québécoise des CPE (AQCPE). De 5000 en 2008, le nombre des places en milieux privés non subventionnés est passé à 53 000 en 2013, selon cette association.

L’AQCPE se dit d’ailleurs soulagée de voir que la qualité des services s’est maintenue en CPE, malgré des compressions et une non-indexation des budgets de l’ordre de 476 millions depuis 2006. Par contre, le portrait tracé des services offerts en garderies non subventionnées inquiète d’autant plus les CPE que Québec a fait un virage très net depuis 10 ans en faveur de ce type d’installations.

« Nos craintes sont encore plus grandes depuis la modification fiscale qui encourage les parents à se tourner vers les services non subventionnés. Cela va faire en sorte qu’un nombre encore plus important d’enfants vont se retrouver dans des services de garde peu satisfaisants », affirme Geneviève Bélisle, directrice des services éducatifs à l’AQCPE.

Si les services « non subventionnés » ne reçoivent pas un financement direct de l’État, ils jouissent néanmoins d’une subvention indirecte par l’entremise du nouveau crédit d’impôt attribué aux parents, qui, lui, coûtera 420 millions par année aux contribuables.

La Coalition des garderies privées non subventionnées n’a pu être jointe lundi pour réagir à ce rapport, très sévère à leur endroit. Par ailleurs, le rapport ne s’est pas penché sur la qualité des services de garde offerts par les garderies privées subventionnées, qui, elles aussi, offrent des places à 7 $ par jour aux parents.

Selon Samir Alahmad, directeur de l’Association de garderies privées subventionnées, la qualité des services offerts par ces membres s’apparente à celle des services donnés en CPE, puisque ces lieux de garde sont assujettis aux mêmes exigences de qualité pour l’obtention des permis et à des inspections faites aux trois ans.

Ce dernier affirme que le réseau des garderies non subventionnées est très « disparate », certaines étant excellentes et d’autres défaillantes. « Nous avons 24 pages de documents à remplir de façon détaillée pour ouvrir une garderie subventionnée, alors que, pour les garderies privées non subventionnées, c’est un petit formulaire de deux pages. N’importe qui peut faire ça et obtenir un permis sans avoir d’approche éducative. Un CPE ou une garderie subventionnée doit passer par un processus d’environ 24 mois et un comité de sélection très strict », affirme-t-il.

Au cabinet de la ministre Francine Charbonneau, responsable de la famille et du réseau des garderies, on n’a pas jugé bon de commenter ce rapport lundi. « On prend acte de cette enquête et nous aurons l’occasion de partager avec nos différents partenaires ces résultats et les suites qu’il faudra y donner », s’est limité à dire l’attaché de presse de la ministre.

40 %
C’est la proportion de poupons qui ne reçoivent pas des services satisfaisants dans les garderies privées non subventionnées
10 %
C’est la proportion de garderies privées non subventionnées qui reçoivent une cote allant de bonne à excellente.
45 %
C’est la proportion de CPE qui donnent des services jugés bons ou excellents aux 18 mois à cinq ans, tandis que 51 % sont jugés acceptables.
11 commentaires
  • Jacques Tremblay - Abonné 15 décembre 2015 06 h 07

    Le profit

    Cela ne devrait surprendre personne: le profit est la mission première des garderies privées. Le gouv. libéral, qui est à la botte du petit capitalisme, va poursuivre son oeuvre de démolition de tout ce qui est public, même quand ces organismes sont cités en exemple pour leurs performances. Il se doit de favoriser les agents de sa caisse électorale, n'est-ce-pas?

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 15 décembre 2015 09 h 19

      Bien dit... et faudrait-il ajouter que le PLQ, parti du "chacun pour soi" a en horreur le fait que des citoyens se prennent en main en se donnant des instruments collectifs, coopératives ou OSBL. Il n'y a de vertu pour ces sans scrupules du profit que pour ceux qui cherchent à s'enrichir aux détriments (ici) des enfants des autres. Aussi, ont-ils décrété que seules les garderies marchandes seront désignées comme privées. Or que je sache une coopérative ou une association à but non lucratif n'est pas une entreprise publique, mais bien une corporation privée au sens du Code civil. La différence réside dans sa propriété qui est collective, dans sa gouvernance qui est démocratique et dans sa raison d'être visant à donner des services à ses usagers plutôt que de livrer des profits à des profiteurs.

  • Hélène Paulette - Abonnée 15 décembre 2015 07 h 35

    C'est d'une évidence...

    Les parents sont impliqués dans l'administration des CPE... tout comme dans les Commissions Scolaires. Tirez-en vos conclusions.

    • Paul St-Pierre - Inscrit 15 décembre 2015 10 h 18

      Bonjour Mme Paulette,

      Vous avez raison! Et l'on peut être certain que si le rapport s'était avéré dévastateur pour le réseau des garderies subventionnées, la ministre s'empresserait de dénoncer les pratiques de gestion des responsables de services de garde.

      Plutôt que de se terrer dans son quasi-mutisme, Madame Charbonneau devrait saluer l'excellente performance de ces CPE, en bonifier l'offre et imposer aux organismes privés les mêmes exigences que celles du réseau public. Mais il semble que le gouvernement Couillard préfère l'austérité à la réelle rigueur!

  • Yves Corbeil - Inscrit 15 décembre 2015 09 h 24

    Nos enfants et leurs éducations

    Un jour ce sera LA prioritée et nous l'exigerons de façon ferme et sans équivoque à chacune des élections au des paliers. Un investissement sociale qui va de soit, il nous reste juste à faire entendre raison à tous le monde.

  • Gilles Roy - Inscrit 15 décembre 2015 09 h 26

    Merci pour l'hyperlien

    Merci pour l'encadré «pour aller plus loin» (en haut, à droite sur l'écran). Ça permet aux lecteurs sérieux d'accéder au contenu réel avant d'en trop discuter. C'est que l'article est un peu court dans le compte rendu de la méthodologie de l'ouvrage, omettant notamment de révéler le fait que les données colligées ne sont pas suffisantes pour correctement analyser les résultats des services de gardes offerts dans les garderies subventionnées et les milieux familiaux subventionnés.

    • Paul St-Pierre - Inscrit 15 décembre 2015 12 h 00

      Bonjour M. Roy,

      Dites-moi... Où avez-vous lu que les données étaient insuffisantes pour analyser les résultats? Parce que dans le document "Faits saillants" de l'étude, en page 15, on écrit: "L’enquête Grandir en qualité 2014 produit des données représentatives de l’expérience vécue par les enfants au cours d’une journée dans deux types de services de garde éducatifs régis du Québec, dont les CPE. Toutefois, comme les données ont été recueillies auprès d’un échantillon, les résultats exposés dans le présent fascicule sont des estimations qui comportent une marge d’erreur. C’est la raison pour laquelle on indique dans le texte « score moyen estimé »." Éclairez-moi, s'il vous plaît...

    • Gilles Roy - Inscrit 15 décembre 2015 13 h 57

      Bonjour M. St-Pierre.

      Tome 1, page 18.

      L'idée ici consistait moins à rentrer dans le détail de ce qui est ou non mesuré, estimé ou attribué, mais bien de rappeler ce principe de base : on lit un rapport en commençant par son chapitre de métho. Ce n'est que plus tard, bien plus tard, qu'on s'avance à en commenter les résultats.

  • Diane Leclerc - Inscrite 15 décembre 2015 09 h 55

    Honte à ce gouvernement Couillard !

    Le message est clair : dans la vie, c'est chacun pour soi ! Et ça commence dès la petite enfance.

    On détruit un excellent réseau de garderies publiques en n'ayant le regard fixé que sur les économies à court terme. Et l'économie du savoir, elle ?

    Mais, par-dessus tout, le développement de nos petits que l'on souhaite entre les mains des personnes le plus compétentes possible.

    Oui, vraiment, honte à ces comptables qui ne distinguent plus quelles sont « les vraies affaires » !