Stéphane Gagné, le tueur devenu repentant

Par son témoignage, qui doit prendre fin ce mardi, Stéphane Gagné tente de convaincre un jury qu’il a payé pour ses gestes et qu’il est prêt à sortir de prison, sous une nouvelle identité.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Par son témoignage, qui doit prendre fin ce mardi, Stéphane Gagné tente de convaincre un jury qu’il a payé pour ses gestes et qu’il est prêt à sortir de prison, sous une nouvelle identité.

Il est passé de « machine à tuer » à collaborateur de l’État, mais l’ancien Hells Angels Stéphane « Godasse » Gagné n’a pas eu la vie facile derrière les barreaux pour autant.

Menaces de mort, isolement 23 heures sur 24 pendant sept ans, excréments lancés au visage : le motard devenu délateur a eu la gorge nouée, lundi, quand il a évoqué ses conditions de détention. Mais peut-être pas assez pour émouvoir la famille de la gardienne de prison qu’il a pris pour cible, au hasard, un soir de juin 1997, pour ensuite la tuer par balles.

« J’ai l’impression qu’ils font exprès pour prendre les pauses dans les moments d’émotion, pour que le jury reste sur une impression de tristesse », a confié au Devoir l’une des filles de la gardienne de prison Diane Lavigne, qui assiste aux procédures.

Quelques instants plus tôt, le ton consciencieux de Gagné avait fait place à une voix brisée. Il avait été question de l’acquittement du chef des Hells Angels, Maurice « Mom » Boucher, contre qui le délateur a témoigné une première fois en 1998. « Je réagis mal, s’est rappelé le motard repenti. C’est lui qui a donné l’ordre, qui a fait tuer plein de monde, et c’est moi qui suis dans le trou. Je me disais que je devais au moins ça [le faire condamner] aux familles des victimes. »

Pot-de-vin de 600 000 $

En parlant du trou, l’auteur du meurtre a fait référence au secteur où il a été incarcéré, le plus souvent seul, pendant sept ans et quatre mois. Il s’y est retrouvé même s’il a dénoncé ses anciens frères d’armes et refusé un pot-de-vin de 600 000 $ de la part des avocats des Hells Angels pour « témoigner tout croche » contre Maurice Boucher, a-t-il révélé lundi.

Pour honorer l’entente qu’il a signée avec l’État, en échange de l’abandon des accusations pour le meurtre d’un deuxième gardien de prison, Gagné a témoigné près de dix fois contre des Hells Angels. Il est retourné à la barre en 2002, quand Maurice Boucher a subi un deuxième procès, au terme duquel il a été condamné. « J’ai honte de mon passé criminel », a-t-il dit lundi.

Vers une libération conditionnelle anticipée ?

Par son témoignage, qui doit prendre fin ce mardi, Stéphane Gagné tente de convaincre un jury qu’il a payé pour ses gestes et qu’il est prêt à sortir de prison, sous une nouvelle identité.

« Godasse », 45 ans, a grandi dans la criminalité, une sorte d’échappatoire à un primaire difficile, pendant lequel il était battu et rejeté en raison de ses problèmes d’apprentissage.

De vendeur de drogue dans Hochelaga-Maisonneuve, il est devenu un protégé de Maurice « Mom » Boucher, rencontré en 1994 pendant une incarcération à la prison de Bordeaux. Il lui a été fidèle jusqu’en 1997, année de sa dernière arrestation. À ce moment, il a décidé de retourner sa veste, croyant être « un gars mort » s’il sortait de prison, puisqu’il avait caché à son chef l’implication d’un confrère motard dans la dissimulation des preuves du meurtre de Pierre Rondeau. « Tu ne peux pas mentir aux Hells », a-t-il fait savoir au jury, qui aura à déterminer s’il pourra faire une demande de libération conditionnelle anticipée, et à quel moment.

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