Unis et debout, pour Paris

Denis Coderre a fait un discours à la fin de la vigile.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Denis Coderre a fait un discours à la fin de la vigile.

« Wow ! Il y a au moins 100 000 personnes ! » Perché au bout de l’échelle, dans la nacelle d’un camion stationné dans la rue Maisonneuve, à Montréal, un laveur de vitres, téléphone intelligent en main, semblait dimanche matin particulièrement impressionné par la foule qui avançait silencieusement dans sa direction, en provenance du Quartier des spectacles. Mais son collègue, resté sur le trottoir en bas, a rapidement calmé ses ardeurs : « Prends des photos ! Tu ne sais même pas compter. »

Il n’y avait effectivement pas 100 000 marcheurs, mais tout de même plusieurs centaines de Montréalais qui, dans la fraîcheur d’un petit matin gris de novembre, se sont rassemblés dimanche afin de prendre part à une marche de solidarité pour la France et les Parisiens frappés en plein coeur vendredi soir dernier par la haine aveugle de plusieurs kamikazes. Le défilé, à la charge symbolique de circonstance, s’est tenu à l’invitation du maire de Montréal, Denis Coderre.

Lucille, jeune Française dans la trentaine installée à Montréal depuis quatre ans, y était. « Quand on vit loin, on se sent touché d’encore plus près », a-t-elle indiqué au Devoir tout en marchant avec en main une pancarte sur laquelle on pouvait lire la locution latine Fluctuat nec mergitur. « C’est la devise de la ville de Paris. Cela veut dire : “Il est battu par les flots, mais il ne sombre pas.” »

Au pied d’un immeuble de l’avenue McGill College où le Consulat de France à Montréal tient chancellerie et où la marche, partie de la rue Jeanne-Mance, a pris fin vers 10 h 30, le maire de Montréal a tenu à afficher sa solidarité avec Paris, mais également avec les victimes, les familles des personnes qui ont trouvé la mort, de manière absurde, dans les attentats de vendredi. « Montréal est Paris, a-t-il lancé à la foule. Nous ne céderons pas à l’intimidation, nous allons faire front commun contre la haine pour préserver le vivre-ensemble, nos valeurs d’ouverture et de partage », a ajouté le premier magistrat tout en cherchant à couper court aux discours radicaux, au repli identitaire que les événements tragiques de Paris pourraient induire là-bas, comme ici. « Nous allons également penser aux réfugiés qui ont besoin de notre aide. »

 

Lumière contre obscurité


« Nous ne plierons pas l’échine, a renchéri pour sa part la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, qui représentait le gouvernement du Québec lors de la marche. Ouvrons nos coeurs aussi à ceux qui vont venir ici dans les prochains jours pour chercher un avenir meilleur », a-t-elle ajouté, faisant référence aux réfugiés syriens que Québec se prépare à accueillir d’ici la fin de l’année. Plusieurs personnalités ont pris part à la marche, dont François Legault, Pierre Karl Péladeau et Mélanie Joly, entre autres.

À quelques pas de là, Lolei, une jeune mère de famille d’une trentaine d’années accompagnée de sa fille assise dans une poussette, venait quelques minutes plus tôt de déposer en silence une simple rose blanche au pied de l’immeuble où, depuis vendredi soir, des bougies, des bouquets, des dessins d’enfants évoquant la liberté, la France, la tolérance ont fait leur apparition. « Mon frère habite Paris, a-t-elle résumé tout en s’excusant du trémolo qui est apparu dans sa voix. J’y ai encore beaucoup d’amis. Ce matin, je voulais montrer à ma fille que la solidarité est toujours mieux que la haine. »

« Depuis vendredi, nous vivons l’impensable, a dit à la foule massée près d’elle Catherine Feuillet, consule générale de France à Montréal, le massacre de vies innocentes par la violence aveugle. Face à l’horreur, nous n’avons pas peur. Nous sommes meurtris, mais nous ne changerons pas. Leur obscurité n’aura pas de prise sur nous. »

Au départ de la marche, Carl, accompagné de ses trois jeunes enfants, était déjà sur cette même tonalité qui semblait commune à bien des marcheurs, dimanche matin. « Je suis ici en solidarité avec le peuple français, a-t-il indiqué au Devoir. Je veux montrer à mes enfants qu’il ne faut pas avoir peur de se tenir debout, de se rassembler, pacifiquement, le visage découvert, pour défendre nos valeurs. » Au loin, on pouvait lire sur des pancartes « Personne ne nous mettra à genoux » ou encore la formule enfantine moqueuse et frondeuse très franco-française : « Même pas peur. »

Élan mondial de solidarité

Une Marseillaise, hymne national français, sous la direction de Placido Domingo au Metropolitan Opera de New York, un mur à Jérusalem éclairé en bleu, en blanc et en rouge, tout comme le Corcovado de Rio ou la National Gallery à Londres, des foules convergeant devant les ambassades au Mexique, aux États-Unis, au Costa-Rica pour y déposer fleurs et messages, l’élan de solidarité avec la France s’est répandu partout sur la planète dans les derniers jours pour réaffirmer l’attachement à des sociétés libres et à un monde uni. À Stockholm, samedi soir, la chanteuse Madonna n’a pas annulé son concert, mais l’a ouvert en expliquant que ceux qui « cherchent à nous faire taire n’y arriveront pas », avant d’entonner La vie en rose d’Édith Piaf. À Hollywood, le réalisateur Spike Lee a affiché ses couleurs pour Paris : « Mon coeur est avec tous les gens de Paris », a-t-il dit, alors que sur Twitter, le joueur de tennis Rafael Nadal a transmis son affection et son soutien à la France. De nombreux événements sportifs se sont aussi montrés solidaires.
1 commentaire
  • Jean Lapointe - Abonné 16 novembre 2015 08 h 18

    Ne soyons pas dupes

    «Nous ne plierons pas l’échine, a renchéri pour sa part la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, qui représentait le gouvernement du Québec lors de la marche. Ouvrons nos coeurs aussi à ceux qui vont venir ici dans les prochains jours pour chercher un avenir meilleur», (Fabien Deglise)

    Et si madame St-Pierre est si déterminée à «ne pas plier l'échine» pourquoi le fait-elle en ce qui concerne le Québec?

    Ne participe-t-elle pas à cette entreprise de démolition des acquis à laquelle se consacre le gouvernement dont elle fait partie? Devant qui plie-t-elle donc l'échine?

    N'a-t-on pas raison alors de douter de sa sincérité?

    Pourquoi n'ouvre-t-elle pas son coeur à elle aux enseignants et aux gens qui travaillent dans les hôpitaux à qui on fait subir une cure d'austérité sans précédent, une cure d'austérité qui est en plus fort contestable.

    Elle devrait quand même se rendre compte que s'il y a quelque résistance à recevoir des Syriens c'est bien de leur faute à eux les libéraux.

    Au lieu d'admettre leurs torts ils vont préférer nous en faire le reproche en nous prévenant de ne pas tomber dans la xénophobie comme l'a fait le premier ministre Couillard.

    C'est à cela que ça mène le culte du multiculturalisme à la canadienne. Ce sont nous les Québécois qui aurions tous les torts.

    Ne soyons pas dupes.