Les animaux entremetteurs

De plus en plus de sites investissent cette niche où l’animal domestique se fait l’intermédiaire dans la rencontre humaine. 
Photo: iStock De plus en plus de sites investissent cette niche où l’animal domestique se fait l’intermédiaire dans la rencontre humaine. 
Tindog, Dogfidelity, Animoflirt… Avec ces sites d’échanges, chiens et chats peuvent trouver des compagnons de jeu. Leurs maîtres aussi.


On connaît l’application de rencontres Tinder. Voici son pendant canin, Tindog. Le profil de Dino, bouledogue de six ans, intrigue. « Le charisme de Brad Pitt, à poil et à quatre pattes. La nuit, je couine et je ronfle. Pendant les vacances, je pisse sur les fleurs et je chasse les sangliers. Je suis le capital sympathie du mec au bout de la laisse. »

Le mec au bout de la laisse, c’est Romain, célibataire, qui apparaît en médaillon sous la photo de son chien. Sur Tindog, Dino et son maître viennent chercher des compagnons de balades, d’activités sportives… et « plus si affinités ».

Dogfidelity.com, sorte de « Facebook canin » inauguré en juin, Animoflirt.com, AnimauxLovers.com… De plus en plus de sites investissent cette niche où l’animal domestique se fait l’intermédiaire dans la rencontre humaine. « Dans notre société individualiste, l’animal est un compagnon de vie pour le célibataire. Mais il joue également un rôle désinhibitoire et ouvrel’individu sur le reste du monde », constate Thierry Maupas, cofondateur de Dogfidelity.

L’animal, un « filtre » à rencontres

« Promener son chien dans la rue n’implique pas nécessairement un contact, relève Chantal Ohayon, fondatrice d’Animoflirt. Encore faudrait-il que les propriétaires daignent déjà répondre à de simples bonjours ! » Elle a créé le site en avril 2015 afin que chacun de ses 1500 inscrits — 70 % de femmes — « se trouve face à un individu qui a les mêmes préceptes que lui ». « L’animal domestique sert de filtre. Il dit instinctivement : “Si tu es passionné d’animaux, on pourra s’entendre », considère Nicolas Guéguen, chercheur en sciences du comportement à l’Université de Bretagne-Sud et coauteur d’une étude sur « le rôle du chien dans la facilitation des interactions sociales entre humains » (Anthrozoös, 2008).

« Une personne qui n’aime pas les animaux ne peut pas vivre avec moi ! » lance, intransigeant, Julien Muller, créateur, en mai, de Tindog, qui comptait 100 000 membres actifs fin septembre. Un point de vue partagé par Jean-François, séparé, sans enfants : « Si elle n’aime pas mon chien, elle repart d’où elle vient, c’est clair et net ! Je ne le quitterai pas pour une femme, assène-t-il. Je l’ai déjà fait et ça n’a servi à rien. »

Inflexibles, ces célibataires ont établi avec leur chat ou leur toutou un lien fort, surtout en cas de vide affectif après une séparation ou après le départ d’un enfant. « L’animal, lui, au moins, ne partira pas ! » rappelle M. Maupas.

Si Max, comme Félix, est le meilleur ami de l’homme, il n’est pas nécessairement celui de sa petite amie. Et inversement. Allergie aux poils, phobie, dégoût pour tout ce qui bave ou s’immisce sur la descente de lit… Autant d’occasions de se regarder en chiens de faïence.

Partager une passion pour les animaux ne fait évidemment pas tout, mais cet « amour » pose les fondations d’une relation. Un peu comme un couple qui partagerait un même intérêt pour le cinéma américain et la peinture flamande. « Sauf que ce “loisir”, lui, s’installe sur le lit et doit être sorti par temps de pluie, ironise M. Muller. C’est une somme de contraintes qui pèsent sur le couple, sur son habitat, ses finances, son temps libre et ses congés. Il ne faut pas mésestimer le potentiel destructeur de l’animal. »

Et si, finalement, les animaux ne s’entendaient pas ? C’est le chien, le chat ou le furet qui a le dernier mot. « Les maîtres ne pourront pas cohabiter si l’animal en a décidé autrement », estime M. Muller.

« Elle aimait les animaux et l’entente s’est établie sans accroc avec Ricky, mon teckel croisé yorkshire, explique Jean-François, à propos de sa dernière conquête en ligne. Les animaux ne s’y trompent pas, ils savent lorsqu’on les aime. Mais cela n’a pas suffi… Et puis, son chien adorait l’eau, pas le mien », confie-t-il.

Une majorité de femmes

Le chien, surreprésenté, règne en maître dans ces sites de rencontres pour passionnés d’animaux, dont 70 % des inscrits sont des femmes. Une alléchante « partie de chasse » pour les propriétaires masculins. « Sur Tindog, les filles recherchent à parts égales à rencontrer des filles comme des garçons, les contacts établis sont sans équivoque, axés sur le chien et la balade, alors que les garçons sont à 89 % en quête d’un contact féminin », souligne Julien Muller, pour qui les intentions masculines sont limpides. « Ils se servent de leur chien pour draguer, tout simplement. » Et ils auraient bien tort de s’en priver.

Selon les conclusions d’une étude israélo-américaine parue dans le Journal of Evolutionary Psychology, en 2013, posséder un chien accroît l’attrait de son maître — même s’il est un goujat, précisent les chercheurs. L’animal confère à l’homme un fort potentiel à l’empathie, aux attentions et au dévouement pour l’autre.

« Les animaux sont aujourd’hui au centre de notre socialité puisqu’ils sont le réceptacle de valeurs qui font sens, comme la compassion, la sensibilité, la responsabilité et tout ce qui gravite autour de la notion anglophone du care, c’est-à-dire prendre soin de soi et des autres », confirme Marianne Celka, docteure en sociologie de l’imaginaire.

« La présence de l’animal aux côtés de la femme avec qui j’engage une conversation me met en confiance. Il est le témoin d’une certaine aptitude à la stabilité, à prendre soin de l’autre, à lui être fidèle et à l’aimer aussi, concède Gérald, divorcé, deux enfants et trois chats… Alors, pourquoi pas moi ! »

2 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 14 novembre 2015 19 h 13

    Pathétique!....

    Les propriétaires d'animaux de compagnie qui infèrent un tel jugement sur les orientations qu'ils donnent à leur vie et aux diverses rencontres sont de mon point de vue des "handicapés émotionnels". Il est pathétique de voir que ces personnes ont besoin d'un animal pour s'adresser à une autre personne qui leur inspire un désir d'entrer en contact. Le fait de posséder un animal semble les conforter dans leur humanisme alors qu'ils sont en réalité très isolé et semble peu apte à communiquer et à faire preuve de maturité émotive devant une situation confrontante. Un animal ne va jamais s'adresser verbalement à son maître ni lui faire quelque reproche que ce soit, sauf par quelques comportements "capricieux" et leur relation n'est pas compromise puisqu'elle en est une de dépendance. Lorsqu'ils affirment "une personne qui n'aime pas les animaux ne peut pas vivre avec moi", c'est une démonstration de leur conception de leur relation à l'autre, comme si tout devait passer par les animaux alors que la vie est une vaste gamme de ressemblances, et de différences qui nous amènent ailleurs, au-delà de notre petit monde dont nous avons une conception restreinte.

  • Jérôme Faivre - Inscrit 15 novembre 2015 13 h 04

    La Voix de son maître/de sa maitresse ?

    En défense de nos collègues à quatre pattes.

    1/ La réaction de jalousie face à la relation privilégiée animal-humain (lui ou elle) est aussi un phénomène qui existe, rarement avoué.
    2/ Le fait de savoir que le Moi humain n'est pas le seul sujet d'intérêt de quelqu'un(e) peut, effectivement, amener la conversation ailleurs que sur les considérations très restreintes des banalités sociales habituelles.
    3/ Question dépendance, l'animal ne colle jamais la liste des choses à faire sur le frigidaire. Ça c'est un point important à considérer ! :-)