Stéphane «Godasse» Gagné veut sortir de prison

La sélection du jury a débuté ce lundi, au palais de justice de Montréal, dans le but de devancer la date d'admissibilité à la libération conditionnelle de Stéphane Gagné.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir La sélection du jury a débuté ce lundi, au palais de justice de Montréal, dans le but de devancer la date d'admissibilité à la libération conditionnelle de Stéphane Gagné.

La file était longue, lundi, dans les couloirs du palais de justice de Montréal. Pendant des heures, les citoyens ont défilé devant le juge Jerry Zigman, certains dans l’optique d’être sélectionnés comme jurés, d’autres dans l’espoir d’être exemptés. Ce mardi, ils devraient être douze à s’installer dans une salle d’audience : ce sera à eux que le motard et célèbre délateur Stéphane Gagné s’adressera dans le but de faire devancer sa date d’admissibilité à la libération conditionnelle.

Depuis près de 18 ans, Stéphane « Godasse » Gagné écoule le temps derrière les barreaux. Il s’y trouve parce qu’il a abattu par balles la gardienne de prison Diane Lavigne, une mère de famille choisie au hasard, le soir du 26 juin 1997, tuée pour le métier qu’elle pratiquait.

« Godasse », qui tuait parce qu’il aspirait aux plus hauts rangs de l’organisation des Hells Angels, passe aussi du temps en prison pour avoir tenté de tuer l’agent correctionnel Robert Corriveau, le 8 septembre 1997. Mais il ne purge pas de peine pour le meurtre de Pierre Rondeau — lui aussi un gardien de prison —, parce qu’après avoir plaidé coupable au meurtre de Diane Lavigne, il a décidé de retourner sa veste.

Un bon comportement en détention

Stéphane Gagné, ancien homme de main de Maurice « Mom » Boucher, est devenu en 2002 un témoin clé du procès du chef des Nomads. Il a aussi témoigné contre Paul Fontaine, son ex-complice dans l’attaque sur le fourgon cellulaire de MM. Rondeau et Corriveau.

Depuis qu’il est incarcéré, il se tient dans les rangs, affirment des sources au Devoir. Au cours des prochains jours, il tentera de faire valoir son bon comportement au jury, qui écoutera son témoignage et celui d’intervenants qui l’appuient dans sa démarche. Les 12 jurés entendront aussi un proche de Diane Lavigne, et ils auront à lire le témoignage d’un autre, qui a déjà envoyé une lettre en sa défaveur.

L’exercice « vise uniquement à faire réduire le délai d’admissibilité à la libération conditionnelle », a expliqué lundi l’avocate du motard repenti, Sandra Brouillette. Stéphane Gagné se prévaut de la « clause de la dernière chance » du Code criminel ; une disposition aujourd’hui abolie, et qui permettait autrefois à un meurtrier de demander une libération conditionnelle après 15 ans d’incarcération.

« C’est simplement une clé pour accélérer les choses », a résumé son avocate. Si le jury refuse d’accéder à sa demande, « Godasse » devra retourner en prison, où il aura encore à attendre cinq ans pour formuler une nouvelle requête.

Stéphane Gagné prétend désormais ne plus être un danger pour la société. Surtout, « il a beaucoup plus à gagner en tentant d’intégrer le programme de protection des témoins et il n’est pas fou, il comprend ça », analyse une source près du dossier. Mais son sort repose pour l’instant entre les mains de 12 citoyens, qui décideront si le motard repenti aura le droit ou non de porter sa demande devant la Commission des libérations conditionnelles du Canada.