Le LinkedIn des plus démunis

Chaque année depuis sa création en 2009, Destination Emploi permet à plus de 175 personnes marginalisées de décrocher un emploi.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Chaque année depuis sa création en 2009, Destination Emploi permet à plus de 175 personnes marginalisées de décrocher un emploi.

Les personnes en situation d’itinérance en recherche d’emploi se retrouvent souvent désavantagées alors que les employeurs recrutent principalement sur Internet. En pleine campagne de sociofinancement, la Société de développement social de Ville-Marie (SDSVM) s’apprête à mettre sur pied Destination Emploi, le premier portail de réinsertion professionnelle, un projet inédit qui facilitera le processus autant pour les candidats que les entreprises.

« 93 % des entreprises recrutent par Internet, mais paradoxalement, la SDSVM n’utilise pas le moyen le plus utilisé pour placer les gens. Ce qu’on veut, c’est créer un LinkedIn pour ces personnes-là », explique Émile Roux, directeur général de la Société de développement social de Ville-Marie.

Devenue courtier social entre entreprises et milieux communautaires, en mettant en contact les employeurs et organismes de réinsertion, la SDSVM fait ce jumelage à la main depuis 2009. Le système actuel permet à plus de 175 personnes de décrocher un emploi chaque année, mais avec Destination Emploi, l’automatisation du processus permettrait à 30 % plus de gens de réintégrer le marché du travail.

Diminuer les risques de discrimination

Sur cette plateforme en développement, en période de sociofinancement jusqu’au 12 novembre, les entreprises pourront naviguer dans les profils de la même manière dont elles le feraient sur les sites d’emplois. La fiche du candidat mettra en valeur sa formation professionnelle, ses expériences de travail, de bénévolat et ses passions, comme le ferait n’importe quel CV, sans mettre l’accent sur les casiers judiciaires et les problèmes l’ayant mené à la rue. « Ces gens-là se font trop souvent demander ce qui ne va pas chez eux, note le directeur général. L’idée est de leur trouver un emploi, le reste, on ne veut pas le savoir », mentionne M. Roux, souhaitant ainsi réduire les risques de discrimination envers les employés potentiels.

Les candidats souhaitant retourner sur le marché du travail et s’inscrire à Destination Emploi doivent d’abord passer par un organisme partenaire (La Maison du Père, par exemple). Là-bas, on leur assigne un agent à l’employabilité qui les aidera à trouver un emploi qui correspond à leurs besoins. Cet intervenant sera également l’intermédiaire entre l’entreprise et l’employé potentiel.

Jusqu’à présent, les emplois proposés pour cette clientèle sont souvent des travaux d’entretien extérieur ou intérieur, ou de petits boulots dans le secteur événementiel, souligne Émile Roux. « Starbucks Canada, par exemple, a la volonté de s’impliquer pour la cause des jeunes. Puisqu’ils n’ont pas la connaissance du milieu communautaire, la SDSVM s’occupe de promouvoir le programme dans les organismes identifiés. » Ce qui permet à des jeunes de décrocher une expérience de travail en service à la clientèle. Plus les entreprises désireuses de faire de la réinsertion seront nombreuses, plus le type d’emplois offert à ces chercheurs de travail sera varié.

Selon les prévisions, c’est au premier trimestre de 2016 que sera lancé Destination Emploi. Pour 2017, la Société de développement social de Ville-Marie aimerait exporter le projet et l’implanter dans d’autres grandes villes, tels Québec, New York, Paris. « On nourrit beaucoup d’ambition autour de ce projet-là. La Ville est enchantée. On veut conserver notre expertise en la faisant financer par le privé, c’est pourquoi nous recherchons actuellement des bailleurs de fonds pour financer le développement de nos plateformes », dit le directeur général de la SDSVM.

« On parle beaucoup de l’importance de trouver un toit, mais il est aussi important de trouver quelque chose à faire une fois que les gens vivant en situation d’itinérance ont leur appartement, ajoute-t-il. Avoir un emploi, un salaire, des objectifs à atteindre, rentrer le soir et avoir l’impression d’avoir été utile à la société, c’est un sentiment que partagent toutes les personnes qu’on a placées. Tout ce que ces gens veulent, c’est retrouver une stabilité dans leur vie. Et l’emploi est au coeur de tout ça. »

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