Outiller les parents pour aider les enfants

« Aidez-moi, j’ai besoin que ça arrête, ce que je vis au quotidien avec mon enfant, parce que je sens que je ne suis pas en mesure de le soulager. » Ce cri de détresse, Annie Parenteau l’a entendu plus d’une fois. Mieux que quiconque, elle le comprend. Orthopédagogue et maman d’une fillette avec des troubles d’apprentissage, elle reçoit les appels des parents dépassés par les événements, en quête de réconfort et de solutions pour aider leur enfant à poursuivre son cheminement scolaire malgré un trouble d’apprentissage et à limiter l’anxiété qui en découle.

Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie. Le verdict tombe comme un couperet pour plusieurs parents, note Mme Parenteau, qui agit à titre de première répondante pour l’Institut des troubles d’apprentissage et qui animera un atelier dans le cadre d’un colloque sur la question, samedi.

« Les parents sont complètement démunis face à cette nouvelle-là. Ils se demandent : mon Dieu, mais quel avenir va avoir mon enfant ? Comme parent, on met tout en oeuvre pour amener notre enfant vers une autonomie, on veut que son parcours soit le plus facile possible. Et là, rendu à l’école, on découvre qu’il a un trouble d’apprentissage. Les parents voient ça gros comme une montagne. »

Les vagues de compressions annoncées par le gouvernement Couillard viennent alimenter encore un peu plus la crainte des parents déjà anxieux pour l’avenir de leur enfant. « Ça a un effet sur les appels que je reçois, ça revient régulièrement dans le discours. Certains le vivent, d’autres l’anticipent. Il y a un petit effet de panique. »

Les troubles d’apprentissage sont « méconnus » par les parents, qui manquent de ressources, note Mme Parenteau. Pourtant, c’est devenu une réalité avec laquelle de plus en plus de gens doivent composer. « Pour les enfants, les ressources sont là, les efforts sont mis avec les orthopédagogues dans les écoles. Mais pour les parents, c’est à géométrie variable, selon les écoles et les régions. Il y a un manque de services. C’est peut-être le maillon manquant de la chaîne. »


Outils d’adaptation

La bonne nouvelle, c’est que la science évolue rapidement, constate Guy Aublet, conseiller pédagogique en adaptation scolaire. Ainsi, les professionnels sont en mesure de faire des diagnostics plus précoces et de façon plus précise. « On n’a plus la zone de doutes qu’on avait il y a 20 ans. À l’époque de mon père, un enfant avec des troubles d’apprentissage arrêtait l’école en 3e année, on disait qu’il n’était pas fait pour l’école. Aujourd’hui, la réalité a bien changé. »

La recherche a en effet permis de déterminer des mesures d’adaptation et aides technologiques qui permettent aux enfants de poursuivre leurs études. Ils sont de plus en plus nombreux à s’inscrire au cégep et à l’université, se réjouit-il.

Il est, par ailleurs, devenu fréquent de voir des enfants dyslexiques travailler sur un ordinateur avec un logiciel d’aide à la lecture, par exemple. « C’est un peu comme la paire de lunettes de l’enfant pour lui permettre d’obtenir des succès. »
 

Tabous

Les deux enseignants se réjouissent de voir tomber les tabous. Ils notent toutefois que plusieurs enfants passent à travers les mailles du filet, car plusieurs tentent de tromper leur entourage. Pour plusieurs enfants, avoir un trouble de l’apprentissage, c’est encore une étiquette trop lourde à porter.

« Ces enfants sont plus susceptibles de devenir anxieux, constate Guy Aublet. Ils sont généralement d’une intelligence moyenne à supérieure, donc ils sont capables de se comparer. Très rapidement, ils comprennent qu’ils n’arrivent pas à faire un exercice alors que tous les autres ont terminé. » Confrontés à cette image dévalorisante qu’ils ont d’eux-mêmes, plusieurs vont refuser de demander de l’aide et développer des stratégies compensatoires pour éviter d’être identifié, par exemple, comme celui qui ne sait pas lire.

« Un enfant qui a de la difficulté en lecture va décider de ne pas faire son travail pour ne pas montrer qu’il n’est tout simplement pas capable de le faire. Alors il va déchirer son travail ou trouver un autre moyen pour se faire sortir de la classe. Il va faire le pitre et devenir le clown de la classe. Il va développer une attitude négative et se grandir à travers ses lacunes. »

Guy Aublet voit souvent ce comportement chez les jeunes garçons. À l’inverse, les filles vont plutôt avoir tendance à faire semblant de travailler, à s’effacer jusqu’à devenir invisible. Mais dans les deux cas, on tombe rapidement dans une spirale d’évitement. « Plus l’enfant vit des situations anxiogènes, plus il se compare aux autres et voit qu’il n’est pas capable, plus il tente d’éviter la journée de la dictée. Le stress est parfois tellement important que l’enfant en devient physiquement malade : il a des maux de ventre ou de tête, des nausées. Et s’il réussit une fois à éviter la situation, le stress devient encore plus grand la fois suivante. »

 

Espoir

Pour Annie Parenteau et Guy Aublet, ces signes de désintérêt pour l’école qui se manifestent à la maison doivent être pris au sérieux, car les signes ne sont pas toujours visibles en milieu scolaire. « On va voir l’enfant qui fait des crises de pleurs, qui ne veut pas aller à l’école le lendemain. Pourtant, quand on parle avec le milieu scolaire, tout semble bien aller, alors c’est vraiment important comme parent d’alerter le milieu, d’allumer la lumière rouge pour que l’on trouve la source du problème. »

Face aux troubles d’apprentissage de leur enfant, les parents sont souvent anxieux. Mais la réalité est souvent moins catastrophique qu’ils ne l’imaginent. C’est ce qu’Annie Parenteau tente d’expliquer aux parents qui téléphonent à l’Institut. « Ils voient ça gros parce qu’ils ne comprennent pas. Mais quand on est dans le milieu, quand on sait c’est quoi, quand on sait qu’il y a des enfants qui vivent des réussites, on dédramatise. »

Quand on sait qu’il y a des enfants qui vivent des réussites, on dédramatise

2 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 7 novembre 2015 07 h 18

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    Outils pour les parents, bien sûr...mais des ressources pour l'école me semble encore d'avantage important.

    Les parents vont chercher leurs enfants au service de garde à 17 h et la soirée déboule avec les devoirs, souper, bain, dodo... Les nouveaux parents ont changé, société oblige.

    L'école se doit d'avoir les moyens d'enseigner aux enfants incluant toutes les variables humaines. C'est l'avenir économique du pays et il est inversement proportionnel au nombre d'enfant par classes.

  • François Dugal - Inscrit 7 novembre 2015 20 h 46

    Le moule

    Les génies "idéateurs pédagogiques" du Ministère de l'Éducation, des Loisirs et des Sports ont déterminé le profil idéal de l'élève moyen; gare aux enfants qui ne se fondent pas dans le moule.