Parcourir l’histoire des pensionnats indiens

La Commission de vérité et réconciliation a duré six ans, de 2009 à 2015.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne La Commission de vérité et réconciliation a duré six ans, de 2009 à 2015.

Sur la photo, une vingtaine de « petits Indiens » vêtus de l’uniforme obligatoire, les yeux plissés par le soleil, sagement positionnés sous le regard de deux religieux. Ils ont tous la même coupe de cheveux ; celle, au carré, qu’on imposait aux élèves des écoles résidentielles autochtones. L’image, prise au pensionnat d’Amos entre 1955 et 1973, fait partie d’une banque de données inédite révélée mercredi, et qui promet de préserver le souvenir du régime des pensionnats indiens et de son héritage « non seulement pour quelques années, mais pour toujours ».

La devise est celle que s’est donnée le Centre national pour la vérité et la réconciliation (CNVR), qui a lancé mercredi un site Web dans lequel sont répertoriées toutes les déclarations, les documents et autres matériaux remis à la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR), qui a sillonné le pays pendant six ans pour « reconnaître les expériences, les séquelles et les conséquences liées aux pensionnats », selon son mandat.

« La CVR a entendu 7000 témoignages et reçu 5 millions de documents [qui provenaient d’ex-pensionnaires, d’archives d’églises ou du gouvernement] », a expliqué la directrice de la recherche pour le CNVR, Aimée Craft, en entrevue au Devoir. « En ce moment, 500 000 documents sont sur le site. C’est un premier aperçu ; ce sont les choses qu’on a eu la permission de diffuser. »

Rapports d’étape ou de police, photos, vidéos : ce ne sont là que quelques-uns des documents que le public, les chercheurs et enseignants pourront consulter pour comprendre — et ressentir — ce qu’était l’époque des pensionnats, dont le dernier a fermé ses portes en 1996. Le CNVR s’étant donné comme objectif de « ne pas causer de tort », comme l’a résumé Aimée Craft, il prendra le temps d’obtenir les autorisations nécessaires avant d’enrichir le site. En d’autres termes, sur trc.ca, le pire reste à venir, car les témoins les plus cruels de l’histoire demeurent les plus sensibles pour les anciens pensionnaires et leur entourage.

 

Des traces qui font effet

Quand même, les 18 000 photos qui sont déjà en ligne font leur effet. « Le médecin en visite à l’école, le docteur Seymour, a recommandé qu’un dentiste soit autorisé à examiner les dents des écoliers dans l’optique de pouvoir éventuellement les traiter », lit-on ainsi dans une lettre que le « commissaire aux Indiens » de Winnipeg a envoyée à son département, le 10 avril 1901. Le commissaire en question y ajoute un commentaire : il est d’accord avec l’avis du médecin, mais il souligne que les coûts de l’opération pourraient être élevés…

Les rapports de policiers de la Gendarmerie royale du Canada, qui utilisent les « sauvages », « squaws » et autres termes courants pour décrire les autochtones à l’époque, sont aussi éloquents. À l’école Abitibi, le surintendant Lewis rapporte en juin 1921 une épidémie de rougeole. L’année suivante, il note : « Les écoliersfont des progrès, mais sont limités par leur incapacité à parler l’anglais. » Mais le temps lui donnera peut-être raison : le système d’assimilation des pensionnats, administré et financé par le gouvernement fédéral pendant plus de 130 ans, aura finalement accueilli 150 000 enfants, tous des candidats à « civiliser » et à « évangéliser ».

« Les garçons travaillent sur la ferme et dans le jardin. Ils aiment s’occuper du bétail. Les filles apprennent les tâches ménagères », lit-on aussi dans le rapport d’étape du pensionnat de Fort Albany, sur la rive ouest de la baie James. En parcourant la liste des élèves inscrits à l’école en cette année 1940, impossible de ne pas se demander lesquels, parmi ces noms de petits autochtones, figurent désormais sur la liste des 6000 enfants morts ou disparus pendant le règne des pensionnats.

Les garçons travaillent sur la ferme et dans le jardin. Ils aiment s’occuper du bétail. Les filles apprennent les tâches ménagères.

5 millions
C’est le nombre de documents provenant d’ex-pensionnaires, d’archives d’églises ou du gouvernement reçus par le Centre national pour la vérité et la réconciliation, qui a en outre entendu 7000 témoignages.
5 commentaires
  • André Nadon - Inscrit 5 novembre 2015 05 h 17

    '' Le plusse meilleur pays au monde ''.

    Une belle illustration des conséquences de la Conquête de La Nouvelle-France et de la Confédération qui a suivi.
    Voilà où nous ont menés nos élites, sans consultation du peuple, que nos maîtres, les Anglais, assimilaient aux ''Sauvages''.
    Selon vous: qui étaient les plus ''Sauvages''?

    • Gilles Théberge - Abonné 5 novembre 2015 07 h 55

      "Nos fils marieront vos filles, et nous formeront un seul peuple"

      Samuel de Champain

      On est loin de cette attitude!

  • Hélène Gervais - Abonnée 5 novembre 2015 07 h 40

    Vous savez ce n'est pas tellement mieux aujourd'hui...

    Quand on voit nos autochtones enclavés dans des réserves, et que s'ils en sortent ils perdent leurs droits ancestraux, c'est pas fort fort comme pays ça. Pourtant, on aurait beaucoup à apprendre à les côtoyer, s'ils vivaient parmi nous sans perdre leurs droits ancestraux.

  • Yves Corbeil - Inscrit 5 novembre 2015 09 h 52

    La régression

    Le Canada n'a cessé de régresser depuis le 13 Septembre 1759 et nous avons régressé nous aussi les Québécois '' anciens Canadiens français '' en étant soumis à cette répression du Haut Canada. Ça ne s'est pas passé comme le rêvait Champlain comme le mentionne M.Théberge plus haut.

    Mais il n'est jamais trop tard pour réparer ces erreurs passés. Nous avons beaucoup de travail devant nous pour changer la manière de faire des 256 ans désastreuses avec les premiers habitants de ce continent et je crois que le changement va s'opéré avec les jeunes qui viennent de prendre le pouvoir à Ottawa. Ils nous restera à faire de même au Québec, soit sortir du parlement ces vieilles souches de capitaliste fermés qui n'ont qu'un seul maitre et qui s'incrustent dans le paysage politique Québécois depuis des décennies.

    Le progrès ça commence par un ménage, les libéraux fédéraux l'ont fait je crois, maintenant c'est à notre tour au provincial. Après on verra où tout cela nous mènera, surtout avec l'ajout sans cesse croissant de nouveaux arrivants.

    Du pain sur la planche vous dites et on aura jamais eu affaire à autant de métissage, toute une job devant, ajuster vos paradigmes.

  • Andrée Phoénix-Baril - Abonnée 5 novembre 2015 10 h 08

    mon pays

    Oui nous avons un des meilleurs pays du monde et si vs nêtes pas satisfait, allez voir
    ailleurs, sortez et comparez, M André Nadon

    Andree P Baril abonnée