Les musées en mal d’écoliers

La fluctuation des revenus de billetterie a un impact direct sur la santé budgétaire des petites institutions comme le Musée d’art contemporain de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La fluctuation des revenus de billetterie a un impact direct sur la santé budgétaire des petites institutions comme le Musée d’art contemporain de Montréal.

Les moyens de pression mis en branle par les syndicats d’enseignants frappent de plein fouet plusieurs institutions culturelles, notamment plusieurs musées montréalais qui ont vu fondre de plus de la moitié leur achalandage depuis septembre et, du coup, leurs revenus.

Au Planétarium de Montréal, les jeunes élèves les yeux tournés vers le ciel se font de plus en plus rares, puisque le nombre de groupes scolaires en visite a dégringolé de 70 % depuis la rentrée. Tout à côté, le Biodôme accuse quant à lui une chute de 55 % de ces visiteurs écoliers, alors que la baisse de fréquentation atteint 50 % à l’Insectarium et au Jardin botanique.

« De façon globale, les quatre constituantes de l’Espace pour la vie ont connu une baisse d’achalandage des groupes scolaires de 50 % entre le 1er septembre et le 26 octobre. Pour l’instant, ça n’a pas d’impact financier, mais l’automne, c’est la période où l’on a le plus de visiteurs, autour de 200 000 en temps normal, avec le Jardin de lumière et le Jardin des citrouilles », a soutenu mercredi Karine Jalbert, chargée de communications pour l’Espace pour la vie.

Compte tenu de la forte fréquentation du public en général, l’Espace pour la vie ne pâtit pas encore de l’effondrement des publics scolaires. Mais le portrait est tout autre au Musée d’art contemporain (MAC) et au Musée McCord, de plus petites institutions, où la fluctuation des revenus de billetterie a un impact direct sur leur santé budgétaire.

« Nous avons perdu plus de la moitié de nos entrées liées aux visites des élèves du préscolaire, du primaire et du secondaire. Ça fait mal aux ateliers, ça fait mal aux visites, c’est la fréquentation qui est coupée, mais aussi nos revenus », a indiqué mercredi Wanda Palma, responsable des relations avec les médias.

La moitié moins de visiteurs

De 849 en 2014, le nombre d’élèves reçus au MAC en octobre a sombré à moins de 400 cette année. Idem au Musée McCord, où le nombre de groupes scolaires ce mois-ci ne dépasse pas la moitié de l’achalandage normal à cette période de l’année, creusant un manque à gagner de 20 % dans les recettes de billetterie.

« Il se passe la même chose chaque fois que des moyens de pression sont exercés dans le milieu de l’éducation. Lors du boycottage de 2005, on avait dû mettre des employés à pied. Pour l’instant, il n’est pas question de couper dans le personnel, mais on devra annuler certaines activités spéciales, notamment dans celles liées au projet Une école montréalaise pour tous, destiné aux écoles défavorisées. On espère vraiment que ça se règle au plus vite », a soutenu Dominique Trudeau, chef de l’action éducative au Musée McCord.

Au Centre des sciences de Montréal, la clientèle scolaire a aussi décliné de moitié aux guichets, et les revenus de billetterie ont plongé d’autant. Tout à côté, le Musée d’archéologie et d’histoire Pointe-à-Callière, après une année fructueuse, assiste aussi à un recul des entrées ce mois-ci et à l’annulation de nombreuses sorties scolaires liées aux activités spéciales entourant les fêtes d’Halloween et de Noël. « Les pertes sont de l’ordre 25 000 à 30 000$, ce qui est significatif pour nous », a expliqué Claude-Sylvie Lemery, directrice des communications de ce musée.

Après les théâtres jeunes publics, le ressac de l’annulation des nombreuses sorties culturelles en milieu scolaire — effet direct de la mobilisation syndicale en cour dans le conflit qui oppose Québec à plus de 100 000 enseignants — fait mal aux musées. Pour faire pression sur Québec, les enseignants du secteur public refusent depuis la rentrée de travailler au-delà des 32 heures pour lesquelles ils sont rémunérés et refusent de participer aux sorties, aux fêtes spéciales, aux classes vertes et rouges, et à diverses activités parascolaires. Ces activités sont en conséquence annulées jusqu’à nouvel ordre.

Une solution plus globale

Au contraire de 2005, plusieurs institutions culturelles refusent cette fois-ci de servir d’instrument dans la guerre à laquelle se livrent les syndicats et le gouvernement. Un regroupement d’institutions culturelles montréalaises, surnommé le « Groupe des Onze », a d’ailleurs écrit au ministre de l’Éducation, François Blais, et à la ministre de la Culture et des Communications, Hélène David, les pressant de trouver des solutions à long terme pour éviter que les milieux culturels se retrouvent constamment pris en otage dans les négociations opposant le gouvernement aux syndicats enseignants. « On en est à notre énième boycottage, mais on ne veut plus tomber dans ce piège et se poser en victimes. Nous sommes déçus et tristes de ce qui se passe, mais on tient à garder un lien précieux avec les enseignants qui sont nos premiers partenaires », a fait valoir mercredi Jean-Luc Murray, directeur du Département de l’éducation et de l’action culturelle au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM).

Même si le plus visité des musées au Canada accuse une baisse de ses visiteurs scolaires, il refuse de dévoiler ses chiffres, affirmant vouloir réagir de manière positive, notamment en minimisant l’impact des moyens de pression par diverses mesures.

Le MBAM compte ainsi doubler le nombre de classes d’écoles défavorisées accueillies normalement pour contrebalancer la perte des groupes scolaires réguliers. Il compte aussi modifier ces horaires d’ouverture pour que certaines visites scolaires puissent se faire durant les heures rémunérées des professeurs, et du personnel a été ajouté pour superviser les heures de dîner.

Le Musée espère aussi rattraper plus tard cette année de diverses façons le manque à gagner entraîné par les moyens de pression actuels. Pour l’imposante exposition à venir sur les vestiges de Pompéi, attendue pour février 2016, on prévoit doubler la capacité d’accueil de groupes scolaires en allongeant les heures d’ouverture afin de compenser les pertes de l’automne.

« On ne veut pas pousser les hauts cris, mais plutôt se réorganiser pour continuer à jouer notre rôle. On doit tout faire pour garder nos éducateurs, engagés à l’heure, qui sont notre expertise. On avait le choix entre baisser les bras ou trouver des solutions », affirme Jean-Luc Murray.

Si le conflit se prolonge, le MBAM compte même organiser lors des journées de grève des activités gratuites destinées aux familles (parents et écoliers) pour préserver son lien avec la clientèle scolaire.

Les pertes sont de l'ordre de 25 000 à 30 000 $, ce qui est significatif pour nous.


 
6 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 29 octobre 2015 03 h 12

    Des politiciens compétents ou des ambitieux

    Effectivement ce sont toutes des a coté que souvent les profs offrent gacieusement a leurs élèves mais puisque l'on est chiche et pingre avec eux, pourquoi seraient-ils généreux, quand nos politiciens comprendront-ils que la vie n'est pas seulement de s'enrichir, pendant ce temps ils investissent des millions inutilement dans des mines et ca ne semble pas les affectés, en fait il n'y a pas une journée ou je ne doute pas de leur compétence , souvent je pense qu'ils ne pourraient même pas administrer un dépanneur convenablement, voila ce que je pense et ce indépendant des partis politiques, nous devrions jamais élire un politicien sans être sur de sa compétence, voila ce que m'a appris mon pere.

  • Karine Langlois - Abonnée 29 octobre 2015 06 h 21

    Courage

    Le domaine muséal est déjà tellement fragélisé par le manque de financement récurant, il est domage qu'il doit aussi subir des domages collatéraux du au conflit entre les enseignants et le gouvernements. Félicitation et courage à tous ceux et celles qui se démènent dans l'ombre pour la survie de nos musées, de notre culture et notre histoire. J'encourage fortement les enseigants dans leurs revendications, mais je les encourage aussi à choisir les bonnes cibles.

  • Jean-François Laferté - Abonné 29 octobre 2015 07 h 29

    Solidaires eux!

    J'ai été enseignat près de 31 ans.
    Ma vision des sorties éfucatives a toujours été mené par le désir de "sortir" mes élèves de leur milieu.En accord avec mon ou mes collègues , j'ai amené la sortie muséale comme une façon de dépoussiérer dans la tête des élèves ces institutions.La sortie couplée avec une création artistique a toujours été gagnante.L'art contemporain a été au centre de mes préoccupations pour le choix de sorties.La maison des Arts de Laval a été notre choix de plusieurs années et cette année elle subit une baisse de ses inscriptions:c'est dommage et je le reconnais.Mais il faut absolument que cette institution ainsi que toutes les autres doivent faire front commun avec les enseignants afin que la population sache à quel point ils font tout en leur possible pour offrir à leurs enfants l'ouverture vers l'art mais pas à n'importe quel prix!Les profs font ces sorties en avec toute l'énergie et le professionalisme qu'on leur connaît mais ils ne veulent qu'on prenne cela comme acquis.Les sorties ne sont pas obligatoires mais elles deviennent une porte sur le monde qui entoure les enfants et je ne connais pas un enseignant qui ne cautionnerait pas cet énoncé.

  • Gilbert Turp - Abonné 29 octobre 2015 08 h 32

    Éducateurs culturels

    Dans un monde idéal, les institutions culturelles devraient avoir leur propre service éducatif et pouvoir prendre en charge les élèves et étudiants. Ainsi, les enseignants pourraient ne fréquenter les institutions culturelles que s'ils en ont eux-mêmes envie.

    Pour l'instant, on a le pire : on coupe dans les services éducatifs des institutions culturelles, et on « oblige » des profs à faire des sorties culturelles en heures supplémentaires gratuites, sans reconnaître que cela fait partie de leur tâche.

  • Sylvain Auclair - Abonné 29 octobre 2015 11 h 49

    Pour l’instant, ça n’a pas d’impact financier...

    Comment une baisse de 50% dans les visites scolaires pourrait-elle n'avoir aucun impact financier?