Dénonciations et défense des policiers, le ressac

La Sûreté du Québec a annoncé lundi que deux projets pilotes seront mis en place à Val-d’Or : les autopatrouilles seront munies de caméras et certaines équipes de travail seront accompagnées par des travailleurs sociaux.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La Sûreté du Québec a annoncé lundi que deux projets pilotes seront mis en place à Val-d’Or : les autopatrouilles seront munies de caméras et certaines équipes de travail seront accompagnées par des travailleurs sociaux.

Le climat s’envenime à Val-d’Or. Les policiers de la Sûreté du Québec (SQ) du poste local 144 ne se sont pas présentés au travail cette fin de semaine et ils demandent à la ministre de la Sécurité publique de s’excuser. Ailleurs dans la province, d’autres femmes autochtones ont rapporté avoir été agressées par des policiers.

La ville d’un peu plus de 30 000 âmes accuse l’onde de choc provoquée par la diffusion d’un reportage de Radio-Canada sur le sort de femmes autochtones qui racontent avoir été battues, humiliées et agressées sexuellement par des policiers de la SQ. « Rien ne peut minimiser ce qui se passe actuellement, tout est chambardé », a reconnu depuis Val-d’Or Bianca Bernier Brassard, intervenante communautaire pour Assaut Sexuel Secours.

De leur côté, les policiers ont choisi par solidarité avec leurs confrères qui font l’objet d’une enquête de ne pas travailler samedi et dimanche. Une partie des effectifs n’était toujours pas de retour au travail lundi. Dans une pétition en ligne signée par plus de 1400 personnes, les policiers reprochent à la ministre Lise Thériault d’avoir « contribué à augmenter la colère de la population envers les policiers du Québec ».

Des signaux sont envoyés de toute part pour tenter de calmer le jeu. La SQ a annoncé lundi soir que deux projets pilotes seront mis en place à Val-d’Or : les autopatrouilles seront munies de caméras et certaines équipes de travail seront accompagnées par des travailleurs sociaux. Les paramètres de mise en place de ces deux mesures seront communiqués dans les prochains jours, a assuré un porte-parole de la SQ. Le ministre québécois des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, s’était rendu dimanche dans cette localité abitibienne, espérant calmer le jeu.

L’Association des policières et policiers provinciaux du Québec (APPQ) a quant à elle mis en garde contre la tentation de faire de ces huit policiers suspendus des « boucs émissaires de problèmes qui surpassent largement leurs fonctions ». Le président de l’Association, Pierre Veilleux, déplore en entrevue au Devoir que les agents soient « extrêmement déstabilisés » à cause de ce qu’il perçoit comme une condamnation générale et sans nuances du public et de la classe politique. « Ce sont des allégations graves, mais elles ne touchent pas tout le monde », a rappelé M. Veilleux, en appelant à la présomption d’innocence, à l’instar des policiers de Val-d’Or dans leur pétition.

La ministre Thériault s’est contentée de « réitérer sa confiance envers les policiers » par courriel après avoir pris connaissance de cette pétition.

Un détonateur

Pendant que l’on tente de rétablir le lien de confiance, les langues se délient. Alana Boileau, coordonnatrice des dossiers en justice et sécurité publique à Femmes autochtones du Québec (FAQ), a reçu deux plaintes analogues au cours des derniers jours. L’une des femmes autochtones a reçu des coups de pied dans le ventre de la part d’un policier de la Ville de Québec et l’autre a été laissée dans un parc industriel de Montréal en plein hiver.

Assaut Sexuel Secours, qui constitue le CALACS local (Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel), a aussi reçu une plainte la fin de semaine dernière. L’équipe de Bianca Bernier Brassard se tient prête à l’éventualité d’une vague de dénonciations : « C’est certain que l’onde de choc fera éclater d’autres scandales. »

L’organisme avait par ailleurs accompagné des femmes autochtones, il y a deux ans, dans une démarche en déontologie policière, mais les plaintes n’ont pas été retenues : elles sont « tombées dans des craques », résume l’intervenante communautaire. Les membres des Premières Nations forment 34 % des femmes accueillies par le Centre, une surreprésentation symptomatique de la « violence historique » à laquelle elles font face.

Le lien de confiance ne s’est donc pas seulement rompu avec la diffusion du reportage jeudi dernier, « il l’était déjà », selon Alana Boileau. Elle tient tout de même à saluer l’accord signé cet été par le SPVM avec un réseau d’organismes autochtones de la métropole, un effort afin d’améliorer la relation entre les communautés et le corps policier.

La réponse de la SQ apparaît ainsi proportionnelle à la gravité des faits reprochés pour ces deux proches du milieu. Les témoignages ne peuvent pas être pris à la légère, dans un contexte où la parole des femmes autochtones est souvent remise en doute, insistent-elles : « Ce n’est pas parce que ce sont des femmes autochtones qui le disent, il a fallu que ce soient des médias », illustre Mme Boileau. Elle déplore que le fardeau de la preuve repose encore lourdement sur l’agressée plutôt que sur l’agresseur.

Certains commentaires associés à la pétition des policiers en ligne lui donnent raison. « Révoltant et choquant de voir que Val-d’Or croit à toutes ces niaiseries », peut-on y lire, une claireremise en doute de la crédibilité des plaignantes.

Les trois ministres ayant été informés il y a plusieurs mois n’ont réagi qu’après la diffusion du reportage de l’émission Enquête.

Lise Thériault a refusé à nouveau dimanche de tenir une commission d’enquête provinciale sur le sort des Premières Nations, préférant s’en remettre à une éventuelle enquête pancanadienne, promise par Justin Trudeau en campagne électorale. Aucun échéancier n’a encore été annoncé pour cet examen, qui doit porter sur les cas de disparition ou de meurtre de femmes autochtones.

7 commentaires
  • Sylvain Rivest - Abonné 27 octobre 2015 06 h 37

    battre des étudiants ou violer des autochtones...

    Cette histoire va finir nulle part, comme la commission Charbonneau. Les policiers et les politiciens sont des intouchables. Bien-sûr, pour bien paraître ils vont nous faire quelques pirouettes et trouver un bouc émissaire qui sera obliger de prendre sa retraite mais ça ne changera rien.
    Lorsque le gouvernement en place est corrompu on peut s'attendre que sa police, celle qui le protège, le soit aussi.

  • Hélène Gervais - Abonnée 27 octobre 2015 07 h 47

    Ce n'est pas surprenant ....

    on le sait bien que les policiers se soutiennent envers et contre tous; ce n'est pas pour rien que c'est si difficile pour les plaignants et encore plus pour les femmes et encore plus pour les femmes autochtones de porter plainte et d'être écoutées. Heureusement qu'il y a eu Enquête pour sortir les squelettes du placard. Bien sûr ce ne sont pas tous les policiers qui agissent de la sorte, mais comment se fait-il alors que ceux qui se respectent soutiennent envers et contre tous les pommes pourries?

  • Raymond Lutz - Inscrit 27 octobre 2015 09 h 20

    sortir de l'ombre

    Un effet Crosby? Espérons-le...

    Oeil crevé (Victoriaville 2012), larynx écrasé (Québec 2001), l'itinérant de Québec tué par une voiture autopatrouille, l'impunité policière, le corps social n'en peut plus...

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 27 octobre 2015 09 h 32

    Grands chevaux

    Au lieu de monter sur leurs grands chevaux et sur leurs ergots, les policiers ne pourraient-ils pas défendre la population contre ceux qui lui font du tort tout autant qu'ils salissent leur nom ?
    Ne serait-ce pas la bonne façon pour faire revenir la confiance ?

    Des caméras dans les voitures ? Et vous croyez que ma première réaction n’est pas de supposer que vous allez vous passer les bandes en riant gras ? Vous le faites exprès ou quoi ? Vous voulez installer des appareils pour vous retenir de faire ce que vous ne devriez pas faire à priori. Pourquoi ça prend absolument des surveillants à ce que vous n’accepteriez pas être fait à votre mère ? Des mères de policiers qui boivent… ça n’existe pas ? Des filles de policiers qui se droguent… ça n’existe pas ? Et vous voulez qu’on les traite comment vos mères et vos filles en détresse, messieurs les policiers ? Comme certains d’entre vous ?

    Avant d’être policiers, vous êtes des hommes. Et des hommes qui se respectent ne font pas ces choses-là ! Avec ou sans surveillance ! Respectez-vous vous-même et la confiance suivra. Un dépavé, avec ou sans uniforme, demeure un dépravé. Vous en voulez dans vos rangs ou pas ? La réponse vous appartient. Les conséquences aussi.

    La «confrérie» peut-être, mais jamais je n’accepterais un «déréglé» dans la mienne, pas si je voulais conserver mon «honneur» !

    Des caméras… Et quoi d’autre pour remplacer la dignité humaine de base ? Rajouter une page à votre livre d'instruction qui spécifierait qu'il est fortement suggéré de ne pas maltraiter les personnes en position de faiblesse ?

    Vous avez un badge, un révolver et une inscription sur vos véhicules «Servir et protéger», ça devrait suffire !

    Des caméras... Vous n'êtes pas chauffeurs de taxi, messieurs, vous n'êtes pas en position de «faiblesse». Je n'ai pas ouï dire que vous avez été attaqué sans défense par des femmes saoules.

    Entre hommes, je suis très déçu de vous messieurs; vos mères et vos pères

  • Yves Corbeil - Inscrit 27 octobre 2015 09 h 33

    Ça va dégénérer, si Trudeau et Couillard s'en mêlent pas

    Le fédéral doit prendre tous ces dossiers en main et finalement faire ce qui aurait due être fait depuis des années, des enquêtes dans tous ces secteurs ou il y a eu des disparitions et des incidents. Les conseils de bandes et les chefs doivent aussi être impliquer dans les enquêtes.

    Je comprends que c'est tous les policiers qui sont blâmé pour ces terribles incidents et qu'ils ne sont pas tous coupables. Mais comme homme, ils ne doivent pas rester insensible à ce que peux faire un collègue dans l'exercice des ses fonctions. Les silences sont aussi graves sinon pire que les gestes. Vous voulez avoir la confiance des gens alors faites votre bout de chemin.

    So so solidarité ça n'existe pas pour protégé des collègues dérangés et criminels désoler mais ça ne peut plus passer dans la population toutes vos dérives comportementales.