Procès pour génocide au Rwanda - Roméo Dallaire sera entendu comme témoin de l'accusation

Arusha, Tanzanie — Le lieutenant-général à la retraite Roméo Dallaire, commandant les Casques bleus au Rwanda à l'époque du génocide de 1994, va être entendu à compter d'aujourd'hui comme témoin de l'accusation au Tribunal pénal international (TPIR) d'Arusha, a annoncé le porte-parole du tribunal.

Le général canadien Dallaire qui commandait les militaires de la MINUAR (Mission internationale d'assistance des Nations unies pour le Rwanda), chargée de faire respecter le cessez-le-feu des accords d'Arusha de 1993, avait lancé de nombreux messages d'alarme à l'ONU, mettant en garde contre les risques d'un déchaînement de la violence, plusieurs mois avant le début des massacres, la nuit du 6 avril 1994.

Il témoignera au procès, ouvert en 2002, de quatre anciens responsables de l'armée rwandaise (FAR), jugés pour leur rôle dans l'orchestration des massacres, précise Roland Amoussouga.

Le colonel Théoneste Bagosora, le général Gratien Kabiligi, le colonel Anatole Nsengiyumva et le commandant Aloys Ntabakuze sont poursuivis pour génocide et crimes contre l'humanité et plaident tous innocent.

Selon l'acte d'accusation, Bagosora, considéré comme le «cerveau» du génocide, a dirigé les opérations depuis son bureau du ministère de la Défense après avoir pris le contrôle de facto, dans la foulée de la mort du président Juvénal Habyarimana et de son homologue burundais, dont l'avion fut abattu alors qu'il allait se poser à Kigali, le 6 avril 1994.

De 500 000 à un million de personnes, en majorité des tutsis et hutus modérés, ont été massacrés dans ce génocide orchestré par les extrémistes hutus, entre cette date et la prise du pouvoir à Kigali par les rebelles tutsis du Front patriotique rwandais (FPR), dirigés par l'actuel président Paul Kagamé, en juillet 1994.

Rappel

Lorsque le génocide commença, Dallaire avait 2519 hommes sous ses ordres. Le contingent le plus important était celui des Belges, 450 soldats, mais que Bruxelles rapatria après le massacre de dix Casques bleus belges par les hutus le 7 avril. Un nouveau contingent de l'ONU ne se déploya qu'après la fin du génocide.

Souffrant de stress post-traumatique, le lieutenant-général Dallaire a pris sa retraite anticipée en avril 2000, sa santé mentale gravement atteinte. Il a raconté avoir plusieurs fois envisagé de se suicider à cause de son impuissance face au génocide, et a toujours des cauchemars et des flash-backs de corps mutilés ou en décomposition. Il a raconté ces 100 jours de tragédie dans un livre, J'ai serré la main du diable, la faillite de l'humanité au Rwanda.

Roméo Dallaire avait déjà témoigné en 1998 au procès de Jean-Paul Akayesu, ancien maire de Taba (centre du Rwanda), condamné à la perpétuité pour génocide. Le secrétaire général de l'ONU l'a autorisé à témoigner à nouveau.