Des cardinaux conservateurs se rebellent

La Cité du Vatican — Des cardinaux conservateurs sont entrés en rébellion contre l’organisation du synode sur la famille, décidée par le pape lui-même, dans une lettre dans laquelle ils redoutent que les jeux soient faits au profit des plus progressistes.

Dans cette lettre adressée au pape argentin le 5 octobre, une dizaine de ces cardinaux dénoncent l’organisation et les procédures de fonctionnement de leur assemblée, chargée de trouver des réponses aux défis auxquels est confrontée la famille chrétienne. Dans cette lettre écrite en anglais et rendue publique lundi, ces cardinaux critiquent en particulier le manque de « collégialité authentique », dans les groupes linguistiques, dont la création porte la signature du pape François. Ils réclament sur ce point que « la rédaction de propositions à voter par le synode tout entier soit rétablie ».

Jorge Bergoglio est aussi indirectement visé par les critiques de ces cardinaux qui mettent en doute la neutralité de la commission chargé de rédiger le document final du synode. Or, les dix membres de cette commission ont été désignés par le pape lui-même, et donc « nommés, non élus, et sans consultation », déplorent-ils.

Parmi les signataires, figurent le cardinal australien George Pell, préfet du Secrétariat pour l’économie, le cardinal allemand Gerhard Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi et le cardinal guinéen Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin. D’autres cardinaux précédemment cités comme signataires, dont André Vingt-trois, archevêque de Paris, ont démenti. Le document de travail du synode, l’Instrumentum Laboris, n’est pas non plus épargné. Il ne peut « servir de manière adéquate de texte de base d’un document final », écrivent-ils encore au pape argentin, qui préside le synode et en a décidé le mode opératoire.

Comme une réponse à cette lettre, le pape avait fait une mise au point remarquée, le 6 octobre, pour assurer que le synode ne se résumait pas à la seule question des divorcés remariés et que la doctrine de l’Église sur le mariage n’était pas remise en question.

Après plus d’une semaine de débats, le synode est entré ces derniers jours dans le vif du sujet. Lors des séances plénières, vendredi et samedi, quelques interventions extrêmement musclées ont ainsi été faites pour mettre en garde contre tout changement permettant notamment la communion des divorcés remariés.

Alors que la majorité des « pères synodaux », évêques participant à cette assemblée, n’ont pas encore pris la parole, les interventions depuis dix jours vont en majorité dans le sens de la compréhension et de la bienveillance. Il est essentiel que le synode apporte des réponses nouvelles, dans le respect du dogme, aux personnes dans des situations difficiles ou « irrégulières », du point de vue de l’Église [divorcés, homosexuels, etc.], selon les rapporteurs des travaux de cette assemblée.

La majorité des intervenants « rejettent les deux solutions des extrêmes : ne rien faire ou tout changer », ont-ils expliqué à la presse.

Ce qui n’empêche pas certains prélats conservateurs, mal à l’aise face à ces ouvertures, d’exprimer leur « nostalgie » de la doctrine ferme de Jean-Paul II sur la famille, reprochant aux « progressistes » de la brader.

Un membre conservateur du synode a estimé, selon un témoin, que « la fumée de Satan [était] entrée l’an dernier » au premier synode sur la famille.

Un autre, du camp de l’ouverture, lui a rétorqué le lendemain que Satan pourrait bien être « vraiment rentré au synode, car il ne veut pas que ce synode soit un bien pour l’Église ».

Une incertitude fondamentale pèse aussi sur les travaux de cette assemblée qui prendra fin le 25 octobre : qu’adviendra-t-il du rapport final ? Dans la phase finale, ce document sera lu, amendé, soumis au vote, et sera ensuite remis au pape François.

Le père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, a clairement indiqué lundi que le pape n’avait pas révélé ce qu’il comptait faire de ce document : s’il le publierait immédiatement ou plus tard, ou s’il l’utiliserait pour une « exhortation apostolique », sorte de conclusion du synode montrant la voie à suivre, ou dans un autre cadre.

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