Les géants de la montagne cherchent une vocation

Agrippé au flanc du mont Royal, le Royal Victoria, après conversion, devra respecter les règles spécifiques de ce secteur protégé. Pour le moment, l’Université McGill est la seule intéressée.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Agrippé au flanc du mont Royal, le Royal Victoria, après conversion, devra respecter les règles spécifiques de ce secteur protégé. Pour le moment, l’Université McGill est la seule intéressée.

La décision de délester l’Hôtel-Dieu et le Royal Victoria de leurs fonctions d’origine ne date pas d’hier. Depuis déjà presque une décennie, l’Université de Montréal et l’Université McGill prévoient centraliser l’ensemble de leurs services hospitaliers, créant ainsi deux pôles de la santé de part et d’autre du centre-ville.

« Ce n’était qu’une question de temps avant que ces sites se vident, insiste Clément Demers, du Quartier international de Montréal. Ça fait des années qu’on sait que ce moment s’en vient, que l’on connaît la date exacte où les derniers patients du Royal Victoria quitteront la montagne. Et ça fait presque autant d’années qu’on répète qu’il faudra bien le faire, de manière responsable. »

Et si le gouvernement a déjà envisagé de vendre ces domaines, notamment dans l’optique d’éponger une partie des sommes investies dans la construction des deux mégahôpitaux que sont le CHUM et le CUSM, cette option semble, pour le moment, écartée de la table à dessin. « C’est normal de vouloir quantifier ses actifs, ajoute l’architecte de formation, les sourcils légèrement froncés. Mais est-ce que ces propriétés ont vraiment une valeur “marchande” potentielle ? Je ne crois pas. Surtout lorsqu’on calcule les investissements majeurs que requerrait leur remise en état. Au final, ils coûteraient plus cher que ce qu’ils pourraient rapporter. Et je ne vous parle même pas de la réaction des gens si on apprenait que l’Hôtel-Dieu et le Royal Vic sont vendus aux plus offrants ! »

Vocation institutionnelle

La requalification de ces sites demande toutefois un effort de réflexion colossal. « Ce sont des dossiers extrêmement complexes, précise Marie Lessard, du comité d’experts qui s’est penché sur la question et dont le rapport a été déposé en mars 2014. Non seulement à cause de la valeur patrimoniale de ces bâtiments, mais aussi en raison de la charge symbolique qu’ils portent, de leur place dans l’imaginaire collectif. »

Plus encore, et contrairement à d’autres bâtiments qui connaissent un sort similaire — que l’on pense au Children’s Hospital dans le centre-ville ou à l’hôpital Notre-Dame sur la rue Sherbrooke —, ces géants de pierre doivent composer avec leur emplacement singulier, en plein coeur du site patrimonial du Mont-Royal. « On ne fait pas ce qu’on veut sur la montagne. »

En ce sens, la vocation institutionnelle semble être la plus simple à préserver — entre autres parce qu’elle n’appelle pas de changement de zonage —, mais aussi parce qu’elle fait consensus.

Campus Royal Victoria

L’Université McGill a d’ailleurs déjà annoncé, il y a quelques mois, son « grand projet » pour l’hôpital de l’avenue des Pins. « Ce que nous voulons, d’abord et avant tout, c’est combler notre déficit d’espace », explique le vice-principal adjoint aux services universitaires, Robert Couvrette, notant au passage que McGill l’évalue présentement à environ 70 000 m2, soit les deux tiers du Royal Victoria. Reste toutefois à savoir si le gouvernement cédera le vaste site à l’institution ou si cette dernière devra l’acheter.

Ultimement, l’université compte transférer une bonne partie de ses activités sur cette nouvelle portion de son campus. Elle pourrait ainsi se départir de bâtiments plus modestes, qui lui ont été donnés au fil du temps, mais qui se prêtent peu aux besoins de l’enseignement.

Pour le moment, McGill en est à l’étape de l’appel d’offres pour réaliser l’étude de faisabilité du projet. Le processus, dont les coûts estimés sont de 8 millions, sera assumé conjointement par l’institution et le gouvernement du Québec. Le budget préliminaire pour la concrétisation du futur campus s’élève à plus de 800 millions.

Pour Clément Demers, Montréal comme métropole ouverte sur le monde a tout à gagner à voir un tel projet prendre racine. « Ce projet est fabuleux, lance-t-il sans ambages. Il va redonner au site son profil original, dédensifier l’espace, réduire le nombre de places de stationnement et, surtout, rouvrir la montagne, qui est, de ce côté, inaccessible. »

« C’est un peu inquiétant que McGill soit la seule à avoir montré de l’intérêt, nuance cependant Hélène Panaïoti, des Amis de la montagne. Pas parce que leur projet n’est pas porteur, au contraire. Le problème est que ça ne nous laisse pas beaucoup de choix et, surtout, pas beaucoup de marge de manoeuvre advenant que leur projet ne puisse pas se concrétiser. »

Pôle de la santé

À l’inverse, les propositions pour son voisin de la rue Saint-Urbain se sont multipliées au fil des années, émanant principalement du milieu communautaire. Ce dernier voit dans l’emplacement stratégique de l’Hôtel-Dieu une façon de pallier les besoins criants des communautés avoisinantes, notamment en matière de logements sociaux.

Parmi les idées récurrentes, celle de préserver la vocation hospitalière du complexe a souvent été évoquée. En ce sens, le ministère de la Santé a annoncé le 25 septembre dernier, sans tambour ni trompette, son intention de finalement y établir une sorte de « pôle de la santé ». Celui-ci devrait regrouper « des directions de ministère, des organismes sous son autorité ainsi qu’une superclinique ».

« Ça fait des années que le communautaire est en alerte par rapport à ce site, souligne Ron Rayside, associé principal chez Rayside Labossière, architectes, et dont l’équipe suit attentivement depuis de nombreuses années les aléas du vaste hôpital. Compte tenu de la grandeur du domaine, il serait sans doute possible d’opter pour une mixité d’usages » et d’ainsi jumeler la proposition du gouvernement aux multiples idées déjà sur la table.

Reste toutefois, encore et toujours, la question du temps, car, une fois de plus, aucun échéancier précis n’indique quand ce second souffle sera insufflé au legs de Jeanne Mance.

Le sort des hôpitaux satellites

Institut thoracique de Montréal : ses activités ont été déménagées au CUSM en juin dernier. Les pavillons de la rue Saint-Urbain sont depuis en vente.

Hôpital Notre-Dame : le déménagement des activités de l’hôpital de la rue Sherbrooke Est est prévu pour 2017, dernière étape de transition vers le nouveau CHUM. Un appel de propositions d’achat de la Société québécoise des infrastructures est présentement en marche. En 2013, l’idée de créer un hôpital communautaire avait été évoquée, mais rien n’indique actuellement que c’est l’avenue qui sera finalement prise.

Hôpital Saint-Luc : le transfert des activités vers le CHUM est prévu, idéalement, pour l’automne 2016. L’hôpital devrait être entièrement démoli pour faire place aux consultations externes et aux locaux administratifs du futur mégahôpital.

Montreal Children’s Hospital : vidé il y a déjà quelques mois, le Children’s est en vente depuis mai dernier. L’appel de propositions d’achat maintenant terminé, une annonce devrait être faite sous peu concernant l’avenir du grand complexe situé tout près du métro Atwater.

Hôpital chinois de Montréal : situé en plein coeur de Villeray, à l’angle des rues Saint-Denis et Faillon, l’ancien complexe hospitalier est vide depuis 1999. En vente depuis déjà quelques années, il risque la démolition.
3 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 10 octobre 2015 09 h 19

    Un site designé a notre passé et a notre avenir

    Ho! que j'aime vos commentaires surtout qu'ils sont maintenant sous le regard amusé d'un sainte fondatrice et protectrice de ce pays que nous aimons tellement, je ne crois pas qu'il puisse y avoir plus beau site pour commémorer notre existence. nous pourrions en faire ce que le vieux Québec est devenu pour le régime francais, un lieu designé a notre mémoire et a notre passé pour préparer un avenir glorieux et l'occasion de renouer avec les amérindiens a qui nous devons tellement et qui ont le besoin d'avoir leur part de ce grand pays

  • Yves Corbeil - Inscrit 10 octobre 2015 10 h 30

    Le plus incroyable de tout cela

    C'est que nous payons ces gens incompétents pour qu'ils gouvernent les destinés de notre province.

    Je ne peux croire que les gens qui travaillent dans tous ces ministères sont des incompétents. Le boss ou le parti peut bien changé la job et la planification à faire reste la même.

    C'est donc ceux qui prennent le pouvoir qui leurs dictent quoi s'occupé et quoi laissé de côté.

    Je ne veux plus payé pour cela, je n'accepte plus toute cette incohérence due à des politiciens qui n'ont pour seul but le renouvellement de leur mandat aux quatre ans.

    Tous ces frais qu'ils nous occasionnent, on en payent le prix avec l'austérité qu'ils installent partout dans le système. Ça ne peut plus durer, faut que ça cesse.

    C'est devenu trop gros pour qu'on continue à fermer les yeux sur cette mauvaise gestion partisane.

  • Hélène Paulette - Abonnée 11 octobre 2015 12 h 43

    Fait à noter...

    C'est le gouvernement Maris, après dix ans d'incurie libérale, qui s'est enfin penché sur le dossier.