Polémique sur le voile islamique - Inquiétude en France au lendemain d'une importante manifestation

Paris — Les musulmans modérés, comme des politiciens, ont exprimé leur inquiétude hier au lendemain d'une importante manifestation en France, à l'appel des mouvements les plus radicaux, contre la décision de Paris d'interdire par la loi le voile islamique à l'école publique.

Le président du parti au pouvoir en France (UMP, Union pour un mouvement populaire), Alain Juppé, un proche du président Jacques Chirac, s'est dit inquiet devant «une sorte de bras de fer entre les mouvements politico-religieux et la République», dans le journal Le Parisien Dimanche.

Bernard Stasi, président de la commission de «sages» qui a fait des recommandations dans ce domaine au président Chirac, a même estimé que «ce serait une catastrophe pour la République si elle devait s'incliner devant les islamistes».

De son côté, Dalil Boubakeur, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), instance représentative des musulmans de France, a constaté la capacité de «la déferlante islamiste» à «réunir du monde et à défiler» et s'est interrogé sur la radio publique France Inter: «Qu'est-ce qu'il en sera demain?»

M. Boubakeur a estimé qu'il était urgent «de donner les moyens d'expression à cette majorité de musulmans» qui ne se reconnaissent pas dans la «manifestation de colère» de samedi. Il a fait valoir que les défilés de samedi avaient mobilisé moins de 0,6 % des quelque cinq millions de musulmans, dont environ un million de pratiquants, que compte la France.

Les manifestations contre le projet de loi visant à interdire le port dans les écoles publiques du voile islamique et d'autres signes religieux «ostensibles» ont rassemblé samedi plus de 20 000 musulmans en France et des milliers à l'étranger, en Europe, dans les pays arabes et en Amérique du nord, à Washington et Montréal.

Plus de 20 000 personnes ont défilé en France, dont la moitié à Paris, à l'appel du Parti des musulmans de France (PMF), un groupuscule radical basé à Strasbourg, fondé en 1997 et revendiquant 2000 adhérents, qui a été rejoint au dernier moment par la plus importante organisation musulmane, l'Union des organisations islamistes de France (UOIF). Le CFCM, mis en place il y a moins d'un an sous la houlette du gouvernement, opposé au projet de loi et dont l'UOIF fait partie, s'était dissocié de la manifestation, mettant en garde contre des «dérapages».

Or, lors de la manifestation parisienne, le sulfureux président du PMF, le Franco-Algérien Mohamed Latrèche, s'en est pris vivement au président Chirac, accusé de favoriser les juifs qui, selon M. Latrèche, ont «tout» alors que les musulmans n'ont «rien».

«Le sionisme est une idéologie d'apartheid, nous le combattons comme nous combattons le nazisme», ajoutait-il, sous les applaudissements d'une assistance composée de groupes de jeunes filles voilées — de noir le plus souvent — strictement encadrées par un service d'ordre masculin.