Hausse de 15 ¢ du salaire minimum

Québec - Le gouvernement Charest estime que la hausse du salaire minimum de 30 ¢ au cours des 16 prochains mois représente un juste compromis entre le maintien de la compétitivité des entreprises et la protection du pouvoir d'achat des travailleurs à faible revenu.

«Ça permet aux entreprises de bien absorber une telle augmentation et ça permet aux travailleurs de couvrir la hausse du coût de la vie», a affirmé le ministre du Travail, Michel Després, lors d'une conférence de presse hier. Il a annoncé que le salaire minimum passera de 7,30 $ à 7,45 $ l'heure le 1er mai 2004 et de 7,45 $ à 7,60 $ le 1er mai 2005. Ces deux hausses successives de 15 ¢ s'appliqueront aussi aux travailleurs à pourboire, dont le salaire s'élèvera à 6,70 $ le 1er mai 2004 et à 6,85 $ le 1er mai 2005.

Il s'agit de deux augmentations de 2 %. Le ministre a plaidé que cette majoration est proportionnelle à la hausse du coût de la vie. L'indice des prix à la consommation, qui s'est élevé à 2 % en 2002 et à 2,5 % en 2003, devrait se fixer à 1,4 % en 2004 et à 1,8 % en 2005, selon les prévisions. «On maintient une moyenne», a noté le ministre.

Michel Després se défend bien d'annoncer une hausse du salaire minimum pour redorer le blason de son gouvernement au moment où sa popularité chute radicalement et où ses relations avec les centrales syndicales sont tendues. «La décision n'est pas prise en se demandant si le ministre du Travail va être plus populaire. Chaque année, un gouvernement se pose la question s'il doit modifier le salaire minimum. Et on a fait l'exercice», a-t-il répliqué tout en précisant que la décision du conseil des ministres a été prise mercredi.

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) salue la hausse du salaire minimum mais exige d'autres mesures lors du prochain budget afin de permettre aux bas salariés de couvrir les hausses de frais annoncées au cours des derniers mois, par exemple dans les services de garde et les transports en commun.

«Le ministre a l'air parti sur un petit train: 15 ¢, 15 ¢, 15 ¢. Je trouve qu'on est loin de travailler à régler la question de la pauvreté au Québec. Tant mieux s'il y a une hausse, mais il ne faudrait pas en venir à régler la pauvreté avec des pinottes. Ce serait dérisoire», a pour sa part affirmé la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.

Selon Richard Fahey, de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, il s'agit d'une hausse «raisonnable» qui ne nuira pas aux petites et moyennes entreprises.

Un peu moins de 6 % des travailleurs sont rémunérés au salaire minimum. Ces 200 000 personnes, principalement des femmes (62,4 %), sont âgées de moins de 24 ans (60 %) et non syndiqués (90 %). Elles oeuvrent dans les secteurs du commerce au détail, de l'hébergement et de la restauration. Ce n'est pas un hasard si les deux augmentations entreront en vigueur un 1er mai puisqu'il s'agit de la Fête internationale des travailleurs.

Cette hausse totale de 30 ¢ permet au Québec de conserver le quatrième rang au chapitre du salaire minimum, derrière le Nunavut, les Territoire du Nord-Ouest et la Colombie-Britannique. La dernière augmentation du salaire minimum remonte à janvier 2003.