Garderies - Cinq autres jours de grève sont déjà prévus

Catherine Laurin a dû emmener son fils, Maxime Vincent, à son travail hier puisque la garderie était fermée.
Photo: Jacques Grenier Catherine Laurin a dû emmener son fils, Maxime Vincent, à son travail hier puisque la garderie était fermée.

Québec - Les parents du Québec doivent s'attendre à ce que les centres de la petite enfance (CPE) ferment de nouveau leurs portes au cours des prochains mois. Plus de 2000 des 6500 éducatrices affiliées à la CSN se sont réunies hier à Québec et ont approuvé à 87 % la création d'une banque de cinq journées d'étude qui pourront être déclenchées d'ici à ce qu'un règlement sur l'équité salariale soit conclu avec le gouvernement Charest.

«On a toujours permis au gouvernement de s'ajuster, mais là, c'est évident qu'on est à considérer une augmentation des moyens de pression», a lancé la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, lors d'une conférence de presse hier.

La CSN dispose d'une autre banque de journées d'étude qui a été approuvée l'année dernière et qui n'a pas encore été épuisée. Des quatre journées d'étude de cette banque, deux ont été utilisées à ce jour, c'est-à-dire hier et le 26 septembre dernier. Les membres ont donc donné le pouvoir à la CSN de déclencher au total sept journées d'étude pour faire pression sur le gouvernement, qu'ils accusent de négliger le dossier de l'équité salariale.

Qu'à cela ne tienne, plus de 2000 éducatrices affiliées à la CSN ont eu beau manifester hier devant le parlement dans le cadre de leur journée d'étude, qui a mené à la fermeture de 340 garderies et au congé forcé de 20 000 enfants, rien n'y a fait. Québec laisse à la Commission sur l'équité salariale et à un comité conjoint où il ne siège pas le soin de parvenir à un règlement sur l'équité salariale dans ce secteur.

Clauses irréalistes

Ainsi, le gouvernement Charest n'entend pas honorer un engagement pris par le gouvernement précédent en ce qui concerne le règlement de cette question.

La ministre déléguée à la Famille, Carole Théberge, juge «irréalistes» les clauses contenues dans la lettre signée sous le gouvernement précédent entre la CSN, la CSQ, l'Association québécoise des CPE et le ministère de la Famille et de l'Enfance. Cette lettre, signée le 28 mars 2003, soit pendant la campagne électorale, prévoit que le gouvernement fixe une date de mise en application de l'équité salariale avant le 15 juin 2003. «C'est complètement irréaliste. Il y a des étapes à franchir avant, et il faut les faire», a répondu la ministre, qui déplore le recours à des moyens de pression.

L'intransigeance du gouvernement laisse croire au déclenchement prochain d'autres journées d'étude. «Le gouvernement se sentirait légitimé de ne pas payer des intérêts sur la dette contractée avec la banque XYZ parce que ces emprunts ont été contractés sous le gouvernement précédent? Pourquoi deux poids, deux mesures? Pourquoi, quand il s'agit des femmes, le gouvernement peut-il se permettre de violer toutes les ententes?», a lancé la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, lors d'une conférence de presse hier.

La ministre Théberge estime que le comité conjoint, formé de la CSN, de la CSQ et de l'Association des CPE, travaille pour parvenir à une entente qui sera ensuite soumise à la Commission sur l'équité salariale qui, elle, approuvera un règlement sur les modalités de mise en application. C'est seulement à cette étape que le gouvernement se mêlera du dossier pour calculer les ajustements salariaux et déterminer des modalités de paiement. Québec aura deux ans pour compléter cette démarche.

«Là, on pourra dire qu'on accélère le processus, mais pas avant. On ne peut pas dire qu'on se traîne les pieds en ce moment. On ne peut pas faire autrement car il y a un travail qui doit être fait», a expliqué la ministre. Pour le moment, le comité conjoint étudie les emplois majoritairement masculins équivalents, une étape passablement ardue. «Et les échéanciers à ce niveau sont respectés», a précisé Mme Théberge.

Les syndicats revendiquent aussi la création d'une table de négociation pour négocier les aspects financiers des conventions collectives des éducatrices des CPE. Carole Théberge estime qu'une telle table ne doit pas être créée puisque «l'employeur des éducatrices, ce sont les CPE, pas nous».

La CSN souhaite négocier avec le gouvernement puisque «c'est lui qui signe les chèques, c'est lui qui donne les subventions aux CPE dont les revenus sont plafonnés, c'est lui qui peut parler d'argent», a-t-on dit au Devoir. «On ne peut pas procéder à une négociation sans avoir l'aval du gouvernement quant aux engagements financiers qui peuvent être contractés. On entretient, par-delà notre impatience, beaucoup d'inquiétude sur ce que vise le gouvernement du Québec», a affirmé Claudette Carbonneau.

L'Association québécoise des CPE dit comprendre «l'impatience et l'inquiétude» de la CSN mais estime que les moyens de pression sont prématurés puisque «les travaux reliés à la démarche d'équité salariale se poursuivent», a noté sa présidente, Hélène Potvin.

Le salaire moyen d'une éducatrice en service de garde est de 15,50 $ l'heure. La présidente de la CSN reconnaît qu'un règlement sur l'équité salariale engagera des «sommes considérables» pour le gouvernement mais qu'il s'agit de réparer «une injustice historique».