Hydro-Québec établit un autre record de consommation

Hydro-Québec a réussi hier à conserver sa marge de sécurité d'un peu plus de 3000 MW alors que la demande en électricité atteignait quelque 36 000 MW en début de soirée. Cette réserve était considérée comme relativement mince si un bris majeur devait survenir dans le réseau, dont les équipements de production, de transport et de distribution seraient tous sollicités au maximum si la demande devait atteindre le sommet anticipé de 37 000 MW.

Même si Hydro-Québec évitait d'en parler, le risque de délestage de segments entiers du territoire québécois augmentait au fur et à mesure que la société d'État s'approchait de la limite de capacité de son réseau, interconnections comprises.

Au moment de mettre sous presse hier soir, l'électricité disponible atteignait 39 164 MW, selon les chiffres fournis au Devoir par Yves Filion, le président de TransÉnergie. Ce qui laissait une marge de manoeuvre de 2164 MW aux gestionnaires. Hydro-Québec devait utiliser sur son réseau quelque 1500 de ces 2164 MW pour absorber les aléas de la demande, laquelle peut varier sensiblement d'une minute à l'autre.

La puissance installée d'Hydro-Québec est présentement de 32 624 MW, mais, précisait M. Filion, il fallait retrancher hier 1900 MW en raison de restrictions techniques, comme la nécessité de réduire la production de Beauharnois où le couvert de glace est en train de prendre, ou pour d'autres petits bris d'équipements. Aux 31 524 MW effectivement disponibles s'ajoutaient les 450 MW de la production privée, 5050 MW provenant de Churchill Falls, 940 MW achetés des installations québécoises d'Alcan au Lac-Saint-Jean et de Brascan sur la Lièvre, et 1200 MW provenant des interconnections avec le Nouveau-Brunswick et New York. Pour un grand total de 39 164 MW disponibles en vue de faire face à des besoins anticipés records de 37 000 MW.

L'interconnection de 2000 MW avec la Nouvelle-Angleterre n'était pas disponible hier pour importations en provenance des États-Unis car, précisait M. Filion, toute l'électricité en courant continu, qui vient de la Baie-James sur cette ligne, était transformée en courant alternatif au poste Nicolet pour desservir le réseau québécois durant la période de pointe d'hier soir.

Le réseau hydro-québécois a enregistré un nouveau record de consommation hier matin alors que la demande a atteint 35 818 MW, soit presque 1000 MW de plus que le record de janvier 2003 de 34 989 MW. Les services d'Hydro-Québec anticipaient un sommet absolu de 37 000 MW hier soir en raison du vent conjugué à des froids de -25 °C dans la métropole et d'autres, plus froids encore, dans certaines régions nordiques.

Historiquement, les pics de la demande en électricité ont oscillé entre 30 000 MW et 32 000 MW de l'hiver 1991-92 à celui de 2001-02. Puis subitement, en janvier dernier, la demande atteignait presque 35 000 MW et bondissait cette semaine à plus de 36 000, aux dernières nouvelles.

Les appels d'Hydro-Québec à l'économie d'énergie auraient réduit la demande d'un maigre 500 à 600 MW dans tout le Québec, ce dont la société d'État se dit néanmoins fort satisfaite. Sa porte-parole, Marie Archambault, précise qu'Hydro ne demande pas aux gens de réduire leur consommation pour épargner de coûteux achats sur le marché américain mais «par mesure préventive» afin de garder le réseau le plus loin possible de sa limite en cette période de «conditions extrêmes».