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Commission des droits de la personne - Une plainte déposée contre le diocèse de Montréal

Illégal, discriminatoire et «néfaste pour la société». La décision prise récemment par le diocèse de Montréal d'imposer un test de dépistage du sida aux aspirants prêtres suscite la colère du Réseau juridique canadien VIH-sida, qui a officiellement demandé hier à la Commission des droits de la personne et de la protection de la jeunesse du Québec d'enquêter sur cette pratique injustifiable. En marge, le Réseau exhorte également le cardinal Jean-Claude Turcotte à revenir sur cette décision hautement controversée.

Dans une lettre adressée à Pierre Marois, président de la Commission des droits de la personne, le Réseau juridique canadien VIH-sida ainsi que la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-sida), qui appuie la demande, estiment que «la décision du Grand Séminaire de Montréal de requérir que les candidats aux études se soumettent à un test du VIH risque d'avoir des conséquences néfastes sur la société québécoise en promouvant la discrimination à l'endroit de toutes les personnes qui vivent avec le VIH ou le sida au Québec (voire ailleurs au Canada)».

Au regard de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne mais aussi du droit canadien, la modification par le diocèse des règles d'évaluation des candidats à la prêtrise est tout simplement abusive, jugent ces deux organismes de lutte contre le sida et contre les préjugés qui accompagnent cette maladie. «Aucun employeur n'a le droit d'imposer un test du VIH comme condition préalable à l'embauche», a commenté hier Ralf Jürgens, directeur général du réseau. «Et l'Église catholique ne fait pas exception», la décision ne pouvant en effet être justifiée par le «caractère [...] religieux d'une institution sans but lucratif», comme le permet l'article 20 de la Charte, rappelle-t-il.

«En fait, il n'y a rien dans le "caractère religieux" de l'Église qui nécessite ou qui justifie de quelque manière que ce soit l'embauche exclusive de prêtres séronégatifs», font valoir le Réseau et COCQ-sida dans leur lettre envoyée à la Commission des droits de la personne.

Les deux organismes insistent également sur la mauvaise graine plantée lundi dans le terreau des préjugés par le cardinal Turcotte. Ce dernier a justifié l'ajout d'un test de dépistage du sida dans le processus de sélection du Grand Séminaire par la transparence et l'évaluation nécessaires de l'état de santé des prêtres en devenir. Point. Or «l'infection au VIH n'est pas un obstacle qui rend inapte à remplir l'engagement de prêtre, poursuivent-ils. Les personnes séropositives peuvent vivre une longue vie, en bonne santé. Plusieurs le font. Dans bien des cas, ce qui les empêche de contribuer pleinement à la société, ce n'est pas leur séropositivité: c'est la discrimination que l'on exerce à leur encontre». Dans ce contexte, la protection des personnes atteintes du sida est davantage de mise plutôt que leur mise à l'écart de la société, croit le Réseau juridique canadien VIH-sida.

Dans une autre lettre que l'organisme a fait parvenir hier au cardinal Jean-Claude Turcotte, le Réseau le souligne d'ailleurs sèchement en écrivant: «Le plus triste dans votre décision, c'est qu'elle contribue à perpétuer les stigmates liés au VIH et la désinformation à propos de cette affection et des personnes touchées. C'est une gifle à tous les Canadiens qui vivent avec le VIH, venant d'une institution qui entend prêcher le respect et l'ouverture au prochain.»

À l'archevêché de Montréal, la demande d'enquête ainsi que la lettre envoyée par le Réseau au cardinal n'ont suscité aucune réaction hier, la porte-parole Lucie Martineau se contentant en effet de mentionner «qu'aucun commentaire ne sera fait sur le sujet». La requête, elle, est actuellement évaluée par la Commission des droits de la personne, a précisé hier la porte-parole Ginette L'Heureux. «C'est un processus normal. Dans quelques jours, nous devrions être en mesure d'annoncer si enquête ou non il y aura au Grand Séminaire», a-t-elle ajouté.