Offensive contre la répression policière

Des participants à la manifestation du Collectif opposé à la brutalité policière du 15 mars 2015
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Des participants à la manifestation du Collectif opposé à la brutalité policière du 15 mars 2015

La répression de manifestants par la police de Montréal fait l’objet de nouvelles actions en justice : un groupe de militants vient de déposer une demande d'action collective et une plainte pour profilage politique à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPJ), a appris Le Devoir.

Ces militants, appuyés par la puissante Confédération des syndicats nationaux (CSN), soutiennent qu’ils ont été arrêtés pour la simple raison qu’ils prenaient part à une manifestation, le 15 mars dernier.

Ce jour-là, c’était la marche annuelle contre la « brutalité policière ». Des dizaines de manifestants s’apprêtaient à marcher à l’angle des rues Berri et Ontario, à Montréal. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a ordonné aux militants de se disperser. Quand ils ont tenté de s’en aller, ils ont été pris en souricière par une impressionnante escouade de 550 policiers ; 96 marcheurs ont écopé d’une contravention de 504 $ pour avoir entravé la circulation.

« Ça devient de l’humour noir : le SPVM s’amuse à encercler le monde et donne ensuite l’avis de dispersion. Mais vous ne pouvez pas vous disperser, vous êtes encerclés ! », lance Marc Chétrit, l’avocat qui intente la demande d'action collective au nom des personnes arrêtées. Une quinzaine d'actions collectives visant le travail de la police ont été lancés au cours des dernières années à Montréal, Gatineau et Québec, selon l’avocat.

Me Chétrit réclame des dommages moraux et punitifs de 11 504 $ pour chaque citoyen qui a été arrêté ou dont les droits fondamentaux ont été présumément violés durant la manifestation du 15 mars à Montréal. Le groupe de militants soutient avoir été victime de « discrimination politique » parce que la manifestation était organisée par le Collectif opposé à la brutalité policière.

Cette marche annuelle, qui avait lieu pour la 19e fois, dégénère régulièrement en casse et arrestations de masse. Dans les jours ayant précédé l’événement, le SPVM avait averti les commerçants du secteur, par communiqué, d’éviter de laisser des objets de valeur dans leurs vitrines. La police avait aussi mis en garde les manifestants : ils seraient arrêtés en vertu du règlement P-6 si les organisateurs omettaient de révéler leur itinéraire. Les organisateurs de la marche n’avaient pas révélé leur itinéraire.

Or le SPVM a toléré sans faire aucune arrestation 83 % des 139 manifestations sans itinéraire tenues à Montréal en 2013 et 2014, selon une compilation faite par la Ligue des droits et libertés. Les manifestations réprimées étaient liées aux étudiants, à la brutalité policière ou aux luttes écologistes, anticapitalistes et anticoloniales. Il s’agit clairement de « profilage politique » contre des mouvements de gauche, soutient Me Chétrit.

« C’est devenu ridicule »

L’avocat et ses clients s’inspirent d’une décision sans précédent rendue plus tôt cette année par la Commission des droits de la personne. L’organisme a donné raison à des manifestants de la région de Québec qui avaient été arrêtés au début du printemps étudiant de 2012. Ces militants avaient été ciblés pour la simple raison qu’ils portaient un carré rouge, a tranché la Commission.

La cause a été soumise au Tribunal des droits de la personne, qui se penchera pour la première fois sur un cas présumé de profilage politique impliquant la police. La CDPJ a ordonné à la police de Québec de verser 6000 $ à chacune des 36 personnes arrêtées sans justification, le 27 avril 2012. Elle recommande aussi que les dirigeants du corps policier suivent une formation portant sur les « droits fondamentaux des manifestants dans un endroit public ».

Dominique Daigneault, présidente du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN, est convaincue que le SPVM s’est aussi livré à du profilage politique le 15 mars dernier. Elle fait partie des 96 personnes arrêtées ce jour-là. La femme de 52 ans et quelques collègues de la CSN étaient allés voir la manifestation, pour appuyer les marcheurs. Ils ont été renversés par ce qu’ils ont vu.

« C’est devenu ridicule, dit-elle. Il ne se passe strictement rien, tout le monde est pacifique et la police met fin à la marche au moment où elle se met en branle. J’ai été prise dans une souricière, on m’a détenue durant deux heures et remis une contravention de 504 $. Je participe à des manifestations — légales ou qui peuvent être considérées comme illégales — depuis l’âge de 16 ans et je n’ai jamais rien vu de tel. »


Automne chaud

Les grandes centrales syndicales se préparent à un automne chaud à cause des négociations entre le gouvernement Couillard et les employés de l’État. Une grève devient possible. Une grande manifestation est prévue le 3 octobre à Montréal. « C’est rendu que nos membres craignent la police. Ils pensent qu’ils n’ont plus le droit de manifester dans la rue. Dans les assemblées générales, nos membres nous demandent si la manifestation sera légale », dit Dominique Daigneault.

« La répression vise à faire taire les citoyens », souligne de son côté Charles Carrier-Plante, un des manifestants à l’origine de l'action collective. Le gouvernement et la police créent un climat de peur, estime cet étudiant inscrit à la maîtrise en sociologie et âgé de 25 ans.

« Les représentants des corps de police de même que certain-e-s élu-e-s entretiennent l’idée que les arrestations du passé attestent la dangerosité des manifestations présentes et futures. [...] Cette approche [...] ne peut qu’entacher la confiance du public vis-à-vis des corps policiers », indique la plainte déposée à la Commission des droits de la personne.

8 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 19 septembre 2015 05 h 51

    La police politique

    Monsieur le premier ministre du Québec nomme le chef de la SQ.
    Monsieur le maire de Montréal nomme le chef du SPVM.
    Les nominés sont redevables à leur bienfaiteur.
    La police est politique.

    • Richard Lupien - Abonné 19 septembre 2015 10 h 59

      ....et d'un commun accord, ils se disent sans broncher (((( mais avec un demi-sourire en coin (aurais-je le droit de prétendre?) difficile à réprimer presque )))) les défenseurs de " notre toute toute si donc t'y-pas belle démocratie qu'il faudrait donc défendre contre les ennemis radicaux qui viendraient toujours d'ailleur." selon leur dires et prétentions.

      Richard Lupien
      Ormstown.

  • Jacques Morissette - Inscrit 19 septembre 2015 06 h 49

    Neutralité?

    En effet, ne pas croire que les policiers sont toujours neutres lorsque la population manifeste démocratiquement. Ils font leur travail en fonction des ordres qu'ils reçoivent de leurs instances. Le téléphone existe et permet de croire que les instances prennent des décisions parfois qui viennent encore de plus haut. Il y a un réseau des instances qui se parlent et c'est tout à fait normal. Sauf que ce l'est moins quand il s'agit de manifestation paisible et démocratique.

  • Richard Dion - Inscrit 19 septembre 2015 09 h 05

    Richard Dion

    Ben oui, tout ça c'est de la faute de la police. Et les manifestants sont blancs comme neige?

    • André Nadon - Inscrit 19 septembre 2015 13 h 42

      Personne n'a prétendu que les manifestants étaient '' blanc comme neige '', mais que la police ciblait la catégorie de manifestants qui dénoncent les abus du système politique, d'où la répression.
      J'ai vu le même manège aux Fêtes de la Saint-Jean, avec ma famille, dans le Vieux Montréal, dans les années 1970, avant qu'on suspende la Fête par volonté politique.
      L'Histoire qu'on supprime dans les écoles nous aide à nous souvenir des évènements que nos politiciens voudraient qu'on oublie.
      Il semble maintenant que seuls ceux qui ont vécu ces évènements s'en souviennent.
      Une police politique est au service du pouvoir et non pas de la population.

    • Richard Lupien - Abonné 19 septembre 2015 13 h 56

      Vous n'avez jamais manifesté de votre vie, monsieur Dion. C,est manifeste.
      Osez essayé de comprendre ce qui se déroule sous vos yeux. Ne voyez vous pas que les espoirs d,une vie meilleure ne sont plus ce qu'ils étaient.
      Vous êtes trop jeune (je l'espere du moins) pour avoir vécu la fébrilité des années 70. Ou tous et un chacun avait un projet ou sinon s'impliquait dans quelque mouvement social.

      Notre peuple avait une âme. Nous n,avons, pardon, "ils, nos dirigeants, n'ont plus qu'un seul désir, c'est celui de rendre plus efficace et grands les profits des grandes compagnies.

      De consommer et de faire progresser le PIB (produit intérieur brut)?

      Mais savez-vous au moins pourquoi les citoyens manifestent?

      Richard Lupien

  • Yvon Hachey - Inscrit 19 septembre 2015 09 h 38

    Le droit de manifester

    Je ne vais pas m'exprimer sur cet événement précis, n'ayant pas l'ensemble des faits à ma disposition, mais s'il s'agit d'une souricière policière telle que prétendu ici, et que des contraventions ont été données alors que les gens se dispersaient pacifiquement, nous sommes dans une situation d'abus policier et peut-être de profilage politique.

    J'aimerai toutefois ajouter que le respect du règlement P-6 m'apparaît incontournable dans le but de protéger les manifestants eux-mêmes, la population en général et s'assurer de la libre circulation des uns et des autres, incluant la circulation automobile, des services d'urgence (ambulances, pompiers), etc. Je n'ai pas de sympathie envers ceux et celles qui s’évertuent à ne pas transmettre leur itinéraire et participe à un climat d'affrontement et de provocation envers les forces policières, sans avoir un service d'ordre adéquat pour s'assurer que d'autres plus excités ne feront pas de la casse dans les rues avoisinantes. Les policiers municipaux sont actuellement en négociation de leur convention collective et eux, n’ont pas le droit de faire la grève, leurs moyens de pressions sont fort limitées, et incluent, notamment celui de ne pas porter l’uniforme pour manifester et exprimer leurs mécontentement devant les offres et les attaques du gouvernement contre leurs conditions de travail, ils n’ont pas d’intérêts objectifs à s’aliéner la population.

    De nombreuses manifestations sont prévues cet automne 2015, dont une importante manifestation le 3 octobre 2015, et bien sûr, l'itinéraire sera remis aux forces policières pour assurer la sécurité et l'ordre au cours de cet événement. Pourquoi d’autres groupes n’en font pas autant?

    • André Nadon - Inscrit 19 septembre 2015 14 h 13

      M. Hachey,
      Transmettre l'itinéraire ne change rien d'autre que de donner une excuse aux forces policières, selon les commandes des politiciens, pour supprimer les manifestations de mécontentement de la population.
      Quant à votre évaluation des moyens de pression des policiers, je suis en total désaccord, même si la Cour Suprême a statué qu'ils avaient droit de faire les clowns puisqu'ils ne contrevenaient à aucune loi.
      Les forces policières s'apparentent à une force paramilitaire et une loi devrait les obliger à un uniforme obligatoire, chose que les politiciens n'oseront faire de peur du dévoilement de scandales les impliquant.
      Le règlement P-6 fut déclaré invalide par le tribunal et les autorités municipales continuent de s'en servir, sachant la décision finale prendra des années.
      Belle Démocratie!!!