Dans les entrailles de l’ordinateur de l’adolescent radicalisé

Photo: Ingram Publishing

Plusieurs mois avant de commettre un vol à l’arme blanche dans un dépanneur, un jeune homme qui fait face à des accusations liées au terrorisme a laissé dans le disque dur de son ordinateur nombre de pistes qui indiquent un intérêt envers le groupe armé État islamique (EI).

Les audiences de lundi ont permis d’entendre le policier Martin Désormeaux, de la GRC, spécialiste de l’analyse informatique, produire une liste détaillée du matériel qui a retenu l’attention de l’accusé : tweets, photos, statuts Facebook, documents PDF, vidéos et autres ont laissé des empreintes dans son ordinateur, malgré un logiciel de contrôle qu’avait installé son père. Les contenus ont été analysés jusque dans leurs fragments.

La défense, par la voix de Me Sébastien Mathieu-Brousseau, a contre-interrogé l’agent Désormeaux. Elle laisse entendre que les recherches informatiques de la GRC étaient toutes dirigées vers les intérêts djihadistes. Elles donneraient donc de lui un portrait incomplet.

Les dates de visionnement de vidéos et de lectures djihadistes par l’accusé montrent un intérêt marqué pour le groupe EI au moins depuis mars 2014, soit plusieurs mois avant qu’il ne commette son crime.

Ces documents ont été scrutés plus à fond par Tarek Mokdad, un membre de la GRC né au Moyen-Orient. M. Mokdad est affecté à des questions de sécurité nationale. Il a été reconnu comme expert par la Cour au sujet du salafisme et du djihadisme.

M. Mokdad a indiqué que plusieurs documents consultés par l’accusé au fil des mois étaient produits par l’ISIS et Al-Qaïda. Il a fait état de vidéos de décapitation et de soldats syriens affairés à creuser leurs propres tombes avant d’être exécutés d’une balle dans la nuque. Il a parlé en particulierde Flames of War, un film de propagande islamique voué au recrutement. L’accusé a consulté aussi des documents consacrés à des leaders djihadistes, dont Abou Moussab Al-Zarqaoui, un leader terroriste, ou du chef Abou Omar al-Baghdadi, commandant d’EI en Irak.

Le magazine Inspire, lecture du jeune accusé, a retenu l’attention. Dans les 14 livraisons publiées à ce jour, les rédacteurs expliquent comment utiliser à des fins terroristes des produits chimiques et des explosifs. Dans un tiré à part intitulé Lone Mujahid Pocketbook, on apprend comment provoquer des incendies ou des accidents divers, de même que les règles pour manier une arme automatique. Inspire, note l’expert, pousse à l’action des loups solitaires.

Le jeune accusé avait 15 ans lorsqu’il a volé 2000 $ dans un dépanneur. C’est son père qui l’a dénoncé, par peur de voir son enfant se joindre à un groupe terroriste à l’étranger. L’adolescent a nié que cet argent devait servir à rejoindre EI.

La Cour a entendu la semaine dernière que l’accusé avait été en contact à plusieurs reprises avec Martin Couture-Rouleau, le responsable de l’attentat à Saint-Jean-sur-Richelieu en octobre 2014.

Assis entre deux agents tout le long de la journée, l’accusé n’a pas pris la parole. Le procès doit se poursuivre mercredi à la Chambre de la jeunesse de la Cour du Québec. L’identité de l’accusé mineur ne peut être révélée.