Une Afrique par et pour les Africains

Thione Niang invite les jeunes Africains à l’imiter en contribuant au développement de l’Afrique.
Photo: Source Doro Saiz Thione Niang invite les jeunes Africains à l’imiter en contribuant au développement de l’Afrique.

Thione Niang a quitté le Sénégal seul à l’âge de vingt ans avec deux dizaines de dollars en poche en quête d’une vie meilleure aux États-Unis. Aujourd’hui à la tête d’organismes d’aide au développement en Afrique, l’entrepreneur social qui incarne l’American dream lance un appel aux jeunes immigrants : s’impliquer dans leur pays d’origine pour éviter la fuite des cerveaux.

Les vagues de migrations sont le reflet non seulement de la guerre, mais aussi du manque de possibilités pour les jeunes dans le pays où ils sont nés, observe l’entrepreneur rencontré par Le Devoir lors de son passage à Montréal.

« Des [milliers] d’individus meurent dans les océans en espérant atteindre l’Europe pour avoir de nouvelles opportunités de vie, dit-il en faisant référence aux citoyens d’Afrique et du Moyen-Orient. Les jeunes Français et Italiens, eux, viennent vivre en Amérique à la recherche d’espoir. Même chose pour les jeunes d’Amérique du Sud qui tentent d’entrer aux États-Unis. C’est toujours cette recherche de perspectives d’avenir qui pousse les gens à quitter leur pays. La seule façon d’arrêter ce phénomène est de créer des projets motivants chez eux. »

Retourner à la maison

Selon l’entrepreneur, les Africains « dépend[ent] du retour à la maison de la diaspora ». « Nous [les membres de la diaspora africaine] pouvons venir étudier aux États-Unis, y avoir une belle vie dans un bel appartement, mais à un certain point, il faut faire plus qu’envoyer de l’argent à nos familles qui sont encore en Afrique. Il faut revenir dans notre pays d’origine et bâtir des projets durables. C’est correct que certains choisissent de vivre dans leur pays d’accueil, mais c’est une obligation de retourner à la maison durant l’année pour créer un projet qui motivera les jeunes de chez nous. »

Après avoir eu de petits boulots, s’être impliqué de façon intensive en politique américaine auprès de l’ancienne sénatrice Shirley Smith et du président Barack Obama, avoir repris ses études et créé des organismes, l’entrepreneur social retourne de plus en plus souvent sur son continent d’origine. Il y passe désormais plus de la moitié de l’année et a déménagé ses principaux sièges sociaux au Sénégal.

M. Niang mène des projets d’agriculture dans des quartiers pauvres de plusieurs pays d’Afrique, notamment la Gambie, et forme de jeunes leaders tout autour du globe avec son organisme Give1Project. De plus, il électrifie des villes africaines grâce au projet Akon Lighting Africa, qu’il mène aux côtés du chanteur populaire afro-américain Akon.

Maîtres chez soi

 

Toute cette démarche s’inscrit dans la vision suivante : « ne pas compter sur les autres pour développer l’Afrique et décider pour les Africains », précise M. Niang. « Quand les États-Unis, les Européens ou les Canadiens viennent en Afrique, ils viennent pour leurs intérêts. Je ne les blâme pas pour cela. La politique étrangère est centrée sur la protection de ses intérêts. Mais si on dépend d’eux pour nous aider alors qu’eux protègent leurs intérêts, le continent ne se développera jamais. Leur aide est du court terme. C’est comme nous donner un morceau de poulet pour qu’on puisse passer à travers la nuit. Le matin, on a faim de nouveau. »

François Audet, enseignant à l’Université du Québec à Montréal et expert en aide au développement, donne l’exemple du Canada, qui cache derrière son aide des intérêts « commerciaux » et « sécuritaires ».

La solution n’est pas d’écarter l’aide internationale, mais plutôt de travailler de pair avec les membres de la diaspora, les gouvernements locaux et la population du coin, estiment M. Audet et son collègue Stephen Brown, professeur de science politique à l’Université d’Ottawa.

« On a besoin de ressources inimaginables. On ne peut écarter l’aide internationale. Il faut travailler avec les gouvernements locaux pour intégrer les projets de développement dans les politiques publiques » et appuyer les projets de la population, indique M. Brown.

La paix d’abord

Cette philosophie qui mise sur le développement de projets par des citoyens locaux est toutefois difficile à appliquer dans les pays en guerre, comme la Syrie. « C’est évident que les Syriens ne peuvent rester dans leur pays dans ces conditions. Il faut d’abord que le pays soit en paix pour pouvoir démarrer des projets. Je souhaite que la situation politique change et je suis optimiste que le pays se relèvera. »

D’ici là, M. Niang invite tous les pays à ouvrir davantage leurs frontières aux réfugiés.

L’entrepreneur social qui a lancé la semaine dernière Mémoires d’un éternel optimiste (Washington Publishing), un livre dans lequel il raconte son parcours et véhicule un message d’espoir, est convaincu que son continent se dirige vers un avenir meilleur. « Ce n’est qu’une question de temps », affirme-t-il.

Thione Niang en sept dates

1978 Naissance à Kaolack, au Sénégal, au sein d’une famille polygame peu nantie.

2000 Arrivée aux États-Unis, après quatre demandes de visa.

2006 Il devient le directeur de campagne de l’ancienne sénatrice de l’Ohio Shirley Smith.

2007 Il commence à s’impliquer dans la campagne du futur président des États-Unis, Barack Obama, que lui a présenté Mme Smith.

2009 Give1Project est lancé.

2012 Lancement du Akon Lighting Project qui apporte de l’électricité à l’aide de panneaux solaires dans des villes africaines qui n’en avaient jamais eu. Le projet est aujourd’hui installé dans 14 pays du continent.

2013 Le jeune homme fait partie du top 10 des jeunes activistes qui changent le monde du magazine Complex.


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