Crise à Kanesatake - James Gabriel refuse de se laisser intimider

Le visage recouvert d’un passe-montagne, un Mohawk monte la garde. En arrière-plan, on reconnaît le drapeau des Warriors.
Photo: Agence Reuters Le visage recouvert d’un passe-montagne, un Mohawk monte la garde. En arrière-plan, on reconnaît le drapeau des Warriors.

James Gabriel n'a pas l'intention de céder aux menaces et à la violence. Chef du Conseil de bande de Kanesatake il est, chef il restera. Avec un objectif clair: s'assurer désormais que la paix, l'ordre et la loi reviennent rapidement sur la réserve, mais aussi que chaque corps policier de la province «joue son rôle» pour assurer la sécurité de sa communauté.

Au lendemain de la flambée de violence qui a frappé la région d'Oka lundi soir, de l'incendie criminel de sa résidence et d'un exil forcé loin de la réserve, M. Gabriel est catégorique. «Aujourd'hui [hier], il a été annoncé que je n'étais plus le grand chef du Conseil de bande de Kanesatake. C'est totalement faux», a-t-il lancé lors d'une brève conférence de presse tenue à Montréal.

Répondant au bannissement prononcé plus tôt dans la journée par un Mohawk dissident, Robert Gabriel, le chef en exil a précisé qu'il avait la ferme intention de revenir sur la réserve «quand le niveau de sécurité le permettra.» «D'où vient son autorité [pour bannir le chef du conseil]?, a-t-il questionné. Jusqu'où va-t-il aller pour m'empêcher de retourner chez moi? Va-t-il me tuer?»

Même si les événements des derniers jours l'ont ébranlé, James Gabriel ne compte pas démissionner de son poste pour acheter «la paix à un gang de criminels qui veut faire sa propre loi et qui ne respecte aucune autorité à Kanesatake», a-t-il expliqué. Il refuse également de revenir sur la nomination du nouveau chef de police Terry Isaac, dont l'entrée en fonction s'est faite lundi, en remplacement de Tracy Cross. «Il a l'appui de la communauté et il n'est pas question d'aller en arrière», dit-il. Cette nomination est à l'origine de la crise actuelle et de l'érection d'un barrage lundi en soirée sur la route 344 et le rang du Milieu.

Selon lui, le limogeage de M. Cross était inévitable en raison des liens étroits que ce dernier entretenait avec les marchands de cigarettes qui pullulent désormais sur la réserve, le long de la route 344. «On ne peut pas avoir un chef de police dont le frère vend des cigarettes, a-t-il expliqué. Quelque chose devait être fait. Parmi les marchands de tabac, il y a des criminels qu'il faut empêcher de prendre le contrôle du territoire».

Face à la crise actuelle, James Gabriel préconise désormais la patience mais aussi la conciliation avec les deux paliers de gouvernement «pour trouver une solution: la coercition [enforcement] ou le dialogue entre toutes les parties [impliquées dans la crise]», a-t-il expliqué. Quand à la sécurité de la communauté, elle est dorénavant entre les mains des corps policiers de la province qui ont le pouvoir, selon lui, de «garder la route ouverte pour permettre le passage des ambulances et des camions de pompiers» en cas de problème. Lundi soir, ces deux services d'urgence ont été contraints par les manifestants de rebrousser chemin alors que la demeure de M. Gabriel et sa famille disparaissait sous les flammes d'un incendie criminel. Les forces de l'ordre autochtones n'ont également pas pu intervenir, puisqu'elles sont maintenues en détention par les opposants au grand chef mohawk dans le poste de police depuis lundi après-midi.

«C'est inacceptable», a commenté James Gabriel, qui par ailleurs a demandé à la Sûreté du Québec (SQ) ainsi qu'à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de porter assistance à M. Isaac «quand il va le demander». Une demande que le nouveau chef de police n'avait pas encore faite hier en soirée, a souligné le chef des Mohawks.