Le mouvement anti-austérité tente de s’inspirer du printemps 2012

Une manifestation contre les mesures d'austérité le 19 novembre 2014
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une manifestation contre les mesures d'austérité le 19 novembre 2014

Les différents leaders syndicaux misent sur les alliances pour que le mouvement de lutte contre l’austérité du gouvernement libéral crée un véritable raz de marée cet automne. Ils ont exposé des bribes de leur stratégie dimanche matin dans le cadre de l’Université populaire des Nouveaux Cahiers du socialisme.

Une vidéo présentant les manifestations de casseroles du printemps 2012 a ouvert l’atelier de l’Université populaire. « Ce ne sont pas les organisations, comme Québec solidaire, qui font le mouvement, même si elles aident. C’est le mouvement populaire qui est au centre de l’action », a lancé Pierre Beaudet, sociologue et professeur à l’Université d’Ottawa, sous l’oeil attentif du député solidaire Amir Khadir.

Créer des liens entre les groupes sociaux est la solution pour forger ce mouvement de masse, ont martelé tour à tour les panélistes.

Intérêts divers

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) travaille depuis plusieurs mois à « créer des alliances et des convergences », a expliqué Dominique Daigneault, présidente du Conseil central du Montréal métropolitain de la centrale syndicale.

« Le grand enjeu en mobilisation est de trouver comment faire des liens entre les revendications de chaque groupe et les revendications collectives, et comment faire des alliances entre les secteurs public et privé », a exposé Mme Daigneault.

« On peut s’inspirer de la façon dont les alliances ont été faites lors du printemps 2012, a suggéré Marie Blais, présidente du syndicat des chargés de cours de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Les étudiants sont allés chercher les enseignants, les employés de soutien, les étudiants salariés, toutes les associations étudiantes. »

Les alliances nécessitent de la flexibilité, a expliqué Véronique Laflamme, co-porte-parole de la Coalition Main rouge, avec l’exemple du blocage de la tour de la Bourse en 2012. « Certains groupes n’avaient pas l’habitude de faire ce type d’action, mais ils se sont quand même joints à nous. »

Marie Blais s’attend à ce que certains thèmes facilitent plus que d’autres le rassemblement. « Ce sera facile de faire embarquer les parents en dénonçant les coupes [budgétaires] dans les écoles, mais pour la fin de la structure des commissions scolaires, ce sera plus difficile d’avoir leur appui », indique-t-elle. Bien exposer les enjeux est la clé, à ses yeux.

Les alliances fonctionneront-elles ? Même les leaders syndicaux n’en sont pas certains. « Lors de notre congrès en juin, on s’est demandé quelle stratégie syndicale adopter. Ce n’est pas facile à déterminer », admet la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Louise Chabot. Elle croit néanmoins que « le plus grand risque stratégique serait de ne rien faire ».

Mme Blais appelle ses collègues à bien se préparer cet automne, car « contrairement au printemps 2012 », le gouvernement et les institutions scolaires sont « prêts » à affronter les actions de mobilisation, comme l’a montré le printemps 2015.

« Les militants de l’UQAM se sont sentis menacés avant même que débute la grève. La sécurité avait été rehaussée et ils étaient filmés, donc ils ont mis des masques, rappelle Mme Blais. La situation a été noircie et ils ont perdu l’appui de la population et des autres étudiants. »

Le gouvernement du Québec « tentera de diviser » les groupes sociaux alliés, prévient-elle également. « Le défi sera de rester ensemble. »


Événements au calendrier

La lutte contre le projet d’oléoduc Énergie Est, les négociations dans le secteur public, les élections fédérales, la suite des compressions budgétaires du gouvernement du Québec et la Conférence de Paris sur les changements climatiques seront au coeur de cet automne « chaud », ont énuméré les panélistes.

Parmi les nombreux événements prévus au Québec, la Coalition Main rouge prévoit une semaine d’actions et des mandats de grève dès l’automne, et trois manifestations pour l’environnement auront lieu en octobre.

Cégeps: rentrée sous pression

Déçue du peu de progrès à la table de négociation sectorielle, l’Alliance des syndicats des professeures et professeurs de cégep (ASPPC) accentuera les moyens de pression alors que s’amorce lundi la rentrée dans la plupart des collèges. L’Alliance, qui regroupe des syndicats CSN et CSQ, lancera dans une dizaine de jours la deuxième phase de ses moyens de pression dits légers, qui se traduit notamment par la remise tardive de documents exigés par les administrations et la possibilité de perturber des activités pédagogiques. Pour l’instant, les syndicats de l’ASPPC n’entendent pas perturber la tenue des cours pour les étudiants mais des votes de grève se tiendront dès le mois prochain. Les membres de chacun des syndicats dans les collèges décideront d’accorder ou non un tel mandat. Pierre Girouard, le président par intérim de la Fédération des enseignants de cégep a rappelé qu’il s’agit d’un moyen ultime. La Presse canadienne
1 commentaire
  • André Mutin - Abonné 24 août 2015 10 h 49

    Cyberdémocratie !

    Ne serait-il pas plus simple et plus efficace d’abandonner ces techniques moyenâgeuses et d’entrer résolument dans le 21ème siècle ?

    Parmi cette armée qui va défiler dans les rues il y a certainement possibilité de créer un collectif capable de nous propulser en Cyberdémocratie.
    ( http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/06/03/inv )

    « Avec l'arsenal technologique dont nous disposons de nos jours la seule volonté d'un peuple intelligent pourrait nous débarrasser de cette racaille politicienne. »
    ( http://www.ledevoir.com/politique/canada/448083/un ).

    « Alors que les étudiants ont tout en main pour nous propulser en Cyberdémocratie, ils préfèrent aller se faire tabasser en place publique. Ils nous ont, tout l'hiver, promis un printemps érable 2015 comme si l'on pouvait planifier un mai 68 !
    Que ces milliers d'étudiants qui ont tous un ordinateur à la maison un portable en classe et des bébelles électroniques pleins les poches ne soient pas conscients de l'usage qu'ils pourraient en faire nous sidère ! »
    « Quelques clics de souris ou patauger dans les rues par tous les temps, à vous de choisir. »
    ( http://www.lavoixdupeuple.org/index.html )