Une association professionnelle: la solution pour l’industrie du taxi?

La création d’une association professionnelle permettrait notamment, selon le RTAM, une meilleure représentation des chauffeurs et propriétaires auprès des instances gouvernementales.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir La création d’une association professionnelle permettrait notamment, selon le RTAM, une meilleure représentation des chauffeurs et propriétaires auprès des instances gouvernementales.

La modernisation de l’industrie du taxi doit passer par la création d’une association professionnelle à adhésion obligatoire pour les chauffeurs et propriétaires de taxi de l’ensemble du territoire québécois. C’est ce que propose, entre autres, le Regroupement des travailleurs autonomes métallos (RTAM) dans un mémoire déposé vendredi au ministre des Transports, Robert Poëti, dans le cadre de la consultation sur l’industrie du transport du taxi entamée le 8 juillet dernier.

Plus encore, le RTAM, qui représente environ 4000 personnes issues de l’industrie sur les quelque 22 000 chauffeurs et propriétaires du Québec, demande au ministre de lui donner la responsabilité de mettre sur pied cette nouvelle association professionnelle.

« Nous croyons être l’organisation la mieux placée, en raison de nos moyens et de notre expérience, pour aider et soutenir l’ensemble des acteurs de l’industrie au Québec », a déclaré Benoit Jugand, porte-parole du RTAM, en point de presse vendredi. 

À cet effet, des dispositions légales existent déjà dans la Loi concernant les services de transport par taxi mis en place en 2001. « Nous voulons créer ce chaînon manquant pour que l’encadrement de l’industrie soit complet », a ajouté M. Jugand.

La création d’une association professionnelle permettrait, selon le RTAM, une meilleure représentation des chauffeurs et propriétaires auprès des instances gouvernementales, en plus de reconnaître leur travail à titre « de professionnel et non plus d’artisans ». Une telle organisation pourrait aussi aider à une meilleure cohésion au sein d’une industrie éclatée qui a, bien souvent, du mal à se faire entendre d’une seule voix.

Plus tôt cet été, le Regroupement des intermédiaires en taxi de Québec (RITQ) a réclamé, lui aussi, la création d’une telle association. Le RITQ a toutefois indiqué au Devoir qu’il ne commenterait pas avant ce dimanche les recommandations du RTAM.

Association ou ordre ?

Si l’idée de créer une association professionnelle pour assurer la gestion de cette importante industrie en séduit plusieurs, de nombreux questionnements demeurent, concernant le financement d’un tel organisme par exemple.

Pour sa part, le Regroupement des propriétaires de taxi de Montréal demande plutôt la création d’un ordre professionnel indépendant. « La dernière chose dont nous avons besoin, c’est d’une autre organisation qui va venir chercher de l’argent dans l’industrie du taxi », lance Max-Louis Rosalbert, président de ce regroupement montréalais.

Ce n’est pas la première fois que l’idée de mettre sur pied une organisation unique est mise de l’avant. En 2000, l’ex-ministre des Transports Guy Chevrette avait annoncé la création de l’Association professionnelle des chauffeurs de taxi du Québec pour remplacer les 57 ligues de taxi qui existaient à l’époque. L’expérience avait rapidement échoué, d’importantes dissensions ayant divisé les différents acteurs impliqués.

Des tentatives de syndicalisation ont également émergé au cours des dernières décennies, dont une particulièrement violente menée par le Mouvement de libération du taxi à l’aube des années 1970.

« Réussir à accorder tout le monde, c’est le grand défi, concède M. Jugand. Mais la volonté est là, nous avons déjà des appuis. » Notons, entre autres, les représentants de l’Association haïtienne des travailleurs du taxi qui ont déjà joint leur voix à celle du RTAM.

Tarification unique

 

Le RTAM recommande également au gouvernement de réévaluer le principe de tarification unique. Cela permettrait de favoriser l’implantation d’un transport rural reposant sur le taxi qui pourrait pallier la réduction du service de transport interurbain dans certaines régions.

À l’heure actuelle, c’est la Commission des transports du Québec qui est responsable d’établir les tarifs qui sont les mêmes que l’on soit à Montréal ou à Chibougameau.

« L’industrie du taxi ne se limite pas [aux grands centres urbains], soulève M. Jugand. La réalité n’est pas la même partout et cette tarification unique empêche l’industrie de se développer dans certains secteurs du Québec. »

Dix-sept résolutions

 

Le mémoire déposé par le RTAM vendredi comprend 17 recommandations. Parmi elles, on retrouve la mise en place d’un code de conduite et d’un comité de discipline pour l’ensemble de l’industrie québécoise, l’établissement d’un Programme d’évaluation des véhicules de taxi, des modifications au contenu pédagogique actuellement dispensé et l’implantation d’un module d’enregistrement des ventes relié à une application mobile unique pour le Québec en entier.

Le cabinet du ministre Poëti a fait savoir qu’il ne commenterait pas les recommandations du RTAM vendredi. Les acteurs de l’industrie avaient jusqu’à vendredi soir, 23 h 59, pour déposer un mémoire.

À voir en vidéo