Préserver la flamme qui vacille

L'abbé Greg Ciszek, l'un des plus jeunes curés du Québec, est très proche de la communauté de sa paroisse, San Giovanni Bosco. Il mise sur les rassemblements festifs, l'authenticité et la bonne transmission de la foi pour attirer les fidèles.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L'abbé Greg Ciszek, l'un des plus jeunes curés du Québec, est très proche de la communauté de sa paroisse, San Giovanni Bosco. Il mise sur les rassemblements festifs, l'authenticité et la bonne transmission de la foi pour attirer les fidèles.

Pendant que l’héritage catholique québécois s’effrite et que les églises se vident, certains jeunes bravent les préjugés en se tournant vers Dieu. Qu’ils s’engagent dans une voie traditionnelle ou plus contemporaine, tous ont leur raison de lever les yeux vers le ciel, à la recherche de sens. Troisième et dernier texte sur ces jeunes catholiques qui, en 2015, croient toujours.

Installé dans son bureau de la paroisse montréalaise San Giovanni Bosco, Greg Ciszek, 34 ans, l’un des plus jeunes curés du Québec, songe aux diverses activités du mois. Reconnu pour son rire contagieux, le prêtre d’origine polonaise profite des fêtes qu’il organise pour chanter et danser avec les fidèles. Un dynamisme bienvenu, mais insuffisant pour garantir la pérennité de l’Église catholique, jugent cependant la plupart des spécialistes.

Moins de 60 % des Québécois se disent encore catholiques, selon un sondage Radio-Canada–CROP réalisé en 2014, ce qui représente une baisse de 20 % en quatre ans. De ce nombre, seulement une personne sur trois dit avoir véritablement la foi. Quant aux futurs prêtres, à peine une soixantaine est actuellement en formation au Grand Séminaire de Québec.

Pour l’abbé Ciszek, il est tout simplement normal que les églises se soient vidées avec la disparition du sentiment d’obligation. Il dit même préférer la situation actuelle. « Quelqu’un qui vient à la messe, mais qui n’a pas le goût d’être là, je préfère qu’il reste chez lui, lance-t-il entre deux rires. J’aime mieux qu’il y ait moins de monde à la messe, mais que ces personnes y soient par conviction profonde. »

Il ne ressent d’ailleurs pas de pression à remplir de nouveau les bancs de son église. « Je ne suis pas un vendeur de télévisions ou d’automobiles. […] Si le Christ laisse une société mettre de côté la religion sans intervenir, c’est qu’il accepte la situation. »

Redorer le blason des prêtres

Les scandales de pédophilie de l’Église catholique n’ont pas aidé leur cause, reconnaissent les jeunes prêtres. « Nous avons perdu notre réputation, regrette Garrick Huang, vicaire de 37 ans en poste à la paroisse traditionaliste Saint-Irénée. C’est notre devoir et notre défi de regagner la confiance des gens. »

Pour ce faire, ils doivent être « vrais », « à l’écoute » et laisser tomber leur attitude paternaliste, estime l’abbé Ciszek. « On doit montrer qu’on n’est pas là pour obliger les gens à faire quoi que ce soit. Ce n’est plus comme avant, où le prêtre se mêlait de tout et sermonnait. Nous sommes là pour parler de cette rencontre avec l’Autre que nous avons eue et guider les gens pour qu’ils l’aient eux aussi. »

« On ne peut pas construire des vocations, poursuit l’abbé Huang, en parlant de la relève chez les prêtres. On ne peut que montrer l’exemple. C’est ce qui s’est passé pour moi. J’ai vu un prêtre intelligent, gentil, proche de ses fidèles, sportif et je voulais être comme lui. »

L’abbé Ciszek admet que la « forme » de l’Église doit être adaptée « à la vie d’aujourd’hui », avec notamment des horaires de messe compatibles à ceux des travailleurs et une approche plus personnalisée auprès des membres de cette société devenue individualiste.

À ses yeux, le message de l’Église ne doit cependant pas changer. « L’Église n’aurait pas le droit de dire à [Dieu] qu’elle souhaite changer [certains de ses enseignements] à la suite d’un vote démocratique », affirme l’abbé Ciszek. En raison de cette vision, l’homosexualité ne peut pas être tolérée au sein de l’Église catholique, et ce, même en 2015, dit-il.

 

Avenir fragile

« C’est clair qu’il y a une forme de catholicisme qui est en train de mourir, affirme sans détour Jean-Philippe Perreault, qui enseigne à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval. Dans l’ensemble de la population, il s’est maintenu un catholicisme culturel, qui est aussi en train de s’effriter depuis le début des années 2000 […]. Ça ne veut pas dire pour autant qu’il ne restera rien du catholicisme, mais il va naturellement prendre de nouvelles formes plus minoritaires dans la pratique. »

Plus pessimiste, son collègue Alain Bouchard constate que « les jeunes sont complètement désintéressés du phénomène religieux » et ne croit pas que la ferveur religieuse des quelques irréductibles sera suffisante pour garantir des lendemains heureux. « À partir des effectifs actuels, nous ne sommes pas face à une mobilisation suffisante pour être en mesure d’assurer une certaine pérennité [de l’Église catholique], dit-il. Ces petits groupes vivent un certain temps, mais comme ils sont refermés sur eux-mêmes, ils finissent par disparaître. Ça n’augure donc pas très bien pour la suite. »

Le directeur de l’Institut de pastorale des Dominicains, Daniel Cadrin, à la fois professeur et diacre, préfère quant à lui prendre un pas de recul. « L’avenir de l’Église d’ici et du christianisme, c’est un avenir minoritaire, mais en même temps, c’est une minorité qui sera plus convaincue et plus centrée sur l’essentiel de la foi chrétienne. […] L’histoire de la vie religieuse est faite de croissances et de décroissances rapides, de disparitions et de renaissances. Il ne s’agit jamais de revenir dans le passé, ça, c’est fini. Mais un christianisme modeste, vivant et en santé pourrait prendre forme dans quelques décennies », précise ce spécialiste de l’histoire religieuse.

Les religieux interrogés sont d’ailleurs bien d’accord : de leur point de vue d’être humain, tout indique que la flamme catholique vacille. Mais nul besoin de s’inquiéter, ajoutent-ils du même souffle, puisque le doute ne fait pas partie de la foi religieuse.

À voir en vidéo