Nouvelles arrestations d’ex-militaires au Chili

Santiago du Chili — Un juge chilien a ordonné lundi l’arrestation de cinq autres ex-militaires dans l’enquête sur le meurtre d’un jeune photographe brûlé vif par une patrouille militaire après une manifestation contre la dictature d’Augusto Pinochet, en 1986.

« Le juge Mario Carroza a lancé lundi cinq autres mandats d’arrêt », a indiqué un porte-parole du département de la Justice. Quatre d’entre eux ont déjà été arrêtés. La semaine dernière, sept anciens militaires avaient été interpellés dans le cadre de cette enquête.

Il y a presque 30 ans, le photographe Rodrigo Rojas de Negri, 19 ans, exilé aux États-Unis, venait de rentrer au Chili et prenait des photos d’une manifestation dans un quartier populaire en compagnie d’une amie étudiante de 18 ans, Carmen Gloria Quintana.

Interpellés par des militaires, ils avaient été aspergés d’essence et brûlés vifs avant d’être abandonnés dans les environs de Santiago. La jeune fille, atrocement défigurée, a survécu à ses blessures et vit aujourd’hui à Montréal, mais Rodrigo Rojas est mort après quatre jours d’agonie.

Malgré le témoignage de Carmen Gloria Quintana, la justice n’avait jamais pu démontrer la participation aux faits des militaires unis par un « pacte du silence » organisé par leurs supérieurs.

L’armée sait...

Lors d’une conférence de presse lundi à Santiago, Carmen Gloria Quintana a mis l’armée au défi de livrer toutes les informations dont elle dispose sur son cas : « Il est temps d’en finir avec l’impunité, d’ouvrir toutes les voies de la vérité et de la justice », a-t-elle déclaré.

Au sein de l’armée, « il y a encore une politique institutionnalisée de dissimulation [pour couvrir] le mensonge et l’horreur », a-t-elle ajouté.

« Je demande que cela prenne fin et que les Forces armées répondent de leurs actes, que l’on mette fin à cette politique systématique de mensonge institutionnalisé face aux crimes contre l’humanité », a conclu Mme Quintana.

«Il y a des gens qui connaissent la vérité sur de nombreux cas non résolus et le Chili leur demande de suivre l’exemple du soldat Fernando Guzman et d’aider à soulager toute cette douleur », a dit pour sa part la présidente Michelle Bachelet, elle-même torturée sous la dictature et dont le père a été éliminé par le régime militaire.

De son côté, le président du Sénat, Patricio Walker, a « demandé pardon » à Mme Quintana, « au nom de l’État du Chili ».

Tous les accusés sont d’anciens officiers et sous-officiers. Ils ont été arrêtés à l’issue d’investigations menées après les confessions de l’un d’entre eux, fin 2014.

Dans sa déposition écrite devant la justice, l’ancien militaire Fernando Guzman Espindola, né en 1965, affirme notamment que toutes les déclarations faites par ses ex-compagnons et lui-même lors de l’enquête menée après les faits « sont des mensonges ».

Il accuse ensuite la hiérarchie militaire d’avoir fait pression sur eux pour dissimuler la vérité.

Ce crime, survenu dans les dernières années de la dictature (1973-1990), avait suscité une indignation internationale.

1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 27 juillet 2015 17 h 22

    Carmen,

    vous avez toute mon admiration et toute ma gratitude.