Pour une reconnaissance du profilage politique

Lucie Lemonde, professeure au Département de sciences juridiques de l’UQAM, plaide donc pour une reconnaissance du profilage politique, au même titre que celui racial ou social.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Lucie Lemonde, professeure au Département de sciences juridiques de l’UQAM, plaide donc pour une reconnaissance du profilage politique, au même titre que celui racial ou social.

Le profilage politique doit être reconnu comme un problème par les services policiers et le public en général, affirme la Ligue des droits et libertés. Lucie Lemonde, l’une de leurs porte-parole, croit que les documents du SPVM sur la création du projet GAMMA peuvent participer à cette reconnaissance.

Le Devoir révélait jeudi que le « Guet des activités des mouvements marginaux et anarchistes » avait comporté plusieurs éléments s’apparentant à du profilage. Des documents obtenus par un doctorant en sociologie, Pascal Dominique-Legault, en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, indiquaient notamment une liste informelle de groupes considérés comme marginaux. Une note à usage interne pointait aussi directement la population étudiante comme un bassin de recrutement. M. Dominique-Legault distingue dans ces documents de préparation du projet GAMMA un climat problématique de suspicion généralisée.

Mme Lemonde accueille favorablement cette analyse du profilage politique, confirmé selon elle par le plus récent rapport de la Ligue, « Manifestations et répressions ». On peut entre autres y lire que sur les 46 arrestations de masse réalisées entre 2011 et 2014, les trois quarts se sont produites lors d’une manifestation étudiante. « C’est clairement lorsqu’on arrête un manifestant non pas pour ce qu’il fait mais pour ce qu’il est », résume-t-elle.

Cette professeure au Département de sciences juridiques de l’UQAM plaide donc pour une reconnaissance du profilage politique, au même titre que celui racial ou social. « Il aura fallu beaucoup d’études pour que ces deux types soient identifiés, mais la Commission des droits de la personne les a finalement définis », affirme-t-elle optimiste.

Elle note aussi une certaine indifférence de la population, « comme si tous les manifestants étaient des casseurs et que leur détention, leur fouille étaient légitimes », déplore-t-elle finalement.