Taxi Diamond se donne les moyens de rivaliser avec Uber

La compagnie Taxi Diamond, qui compte près de 2500 chauffeurs, devient la première au Québec à offrir une application dont les fonctionnalités sont semblables à celles d’Uber.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La compagnie Taxi Diamond, qui compte près de 2500 chauffeurs, devient la première au Québec à offrir une application dont les fonctionnalités sont semblables à celles d’Uber.

La plus importante compagnie de taxi au Québec prend les grands moyens pour rivaliser avec Uber sur le territoire montréalais. Taxi Diamond a lancé lundi une nouvelle version de son application mobile, qui permet désormais aux clients de payer leur course grâce à leur téléphone mobile. Une avancée technologique qui rapproche plus que jamais l’industrie montréalaise du taxi d’un front commun face au géant de San Francisco.

Depuis avril 2011, l’application de Taxi Diamond permet aux clients de commander un taxi grâce à leur téléphone mobile. Mais contrairement à la technologie développée par Uber, il était jusqu’à maintenant impossible de payer et d’évaluer la qualité du service à partir de son téléphone.

La compagnie qui compte près de 2500 chauffeurs devient ainsi la première au Québec à offrir une application dont les fonctionnalités sont semblables à celles d’Uber.

« L’industrie du taxi n’est pas aussi arriérée que ce que certains peuvent dire. C’est faux de dire que nous sommes toujours dans les années 40, affirme le p.-d.g. de Taxi Diamond, Dominique Roy. Notre nouvelle application comble un besoin de la clientèle. »

Contrairement à l’application d’Uber, celle de Taxi Diamond ne permet pas aux clients de voir la « note » du chauffeur qui les embarquera. Les évaluations seront plutôt compilées par le département de formation et de discipline de l’entreprise, qui interviendra au besoin à coups d’amendes ou de suspensions. « Ça va permettre un suivi beaucoup plus constant et à plus grande échelle », note Dominique Roy.

UberX (qui permet à des individus d’offrir le service de transport avec leur voiture personnelle) conserve également un avantage au niveau des tarifs. « Les bas coûts sont dus au fait qu’Uber ne paie pas de permis, ne rembourse pas de taxes, ne paie pas d’impôts », fait remarquer le p.-d.g. de Taxi Diamond.

L’exemple de Québec

L’application lancée par Taxi Diamond livre une compétition directe à Uber et pave la voie à une éventuelle union des compagnies de taxi montréalaises. Celles-ci pourraient par exemple offrir leurs services sur une seule et même plateforme. « C’est une discussion que nous avons depuis un certain temps. Ce n’est pas exclu, dit M. Roy. Je pense que c’est l’avenir. C’est ce qu’on vise à moyen terme. »

Le problème, note-t-il, c’est que les différentes compagnies de taxi de la métropole utilisent présentement trois systèmes informatiques différents, pour l’instant incompatibles. « On se penche sur la question à ce moment-ci. »

« Un projet est sur la table, mais en attendant, vive la concurrence entre les différents joueurs », indique pour sa part le président du Comité provincial de concertation et de développement de l’industrie du taxi, Dory Saliba, qui est également à la tête de la compagnie Taxi Hochelaga. « On va y arriver, il n’y a pas de problème. »

Selon lui, Uber a été « un mal pour un bien » qui a donné un « coup de fouet » à l’industrie du taxi.

Pour s’unir, les compagnies montréalaises pourraient s’inspirer de leurs homologues de Québec, où une application regroupant les plus importantes bannières a été lancée en janvier dernier par Taxi Coop Québec.

Son président, Abdallah Homsy, explique que l’expérience a été couronnée de succès jusqu’à maintenant, avec quelque 10 000 téléchargements. Dans moins d’un mois, l’application imitera celle de Taxi Diamond en permettant le paiement sur mobile.

« Uber a été une cause d’angoisses à Québec, mais l’entreprise a raté son entrée dans le marché à cause de notre union, estime M. Homsy. C’est ce que ça prend à Montréal et partout au Québec. »


De tout pour tous les goûts

L’arrivée de la nouvelle application de Taxi Diamond et l’éventualité d’une union des taxis montréalais n’effraient pas le directeur général d’Uber Montréal, Jean-Nicolas Guillemette. « C’est bon signe qu’il y ait une avancée technologique dans l’industrie du taxi, lance-t-il d’emblée. Ce qu’on cherche à combattre, c’est l’auto solo, et il faut que tout le monde mette la main à la pâte. Quand on convertit une personne qui utilise son auto et qu’on l’incite à utiliser le cocktail des transports à Montréal, c’est un client potentiel pour nous. »

Plus il y aura d’options répondant aux besoins des clients, mieux ce sera, précise-t-il. « Le citoyen fera son propre choix. S’il décide d’utiliser le taxi, tant mieux pour les compagnies de taxi. Ensuite, on compétitionnera et on trouvera des innovations, chacun de notre côté, pour tenter de faire évoluer les choses. »

« Dans le débat entre Uber et l’industrie du taxi, on entend rarement le point de vue du client. Taxi Diamond est sans doute poussé vers cette avancée technologique en raison de notre venue, mais le plus grand bénéficiaire, c’est le Montréalais », conclut-il.

2500
C'est le nombre de chauffeurs que compte la compagnie Taxi Diamond.
1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 14 juillet 2015 10 h 53

    Et le taxi solo ?

    « Ce qu’on cherche à combattre, c’est l’auto solo, » – C'est plutôt amusant de lire ça. Le taxi, c'est l'auto solo dans peut-être 95 % des cas. Pire, il est probable que pour chaque kilomètre-passager effectué, une voiture taxi fasse plus de kilomètres qu'une voiture privée. Et elle occupe probablement autant d'espace territoire et consomme plus d'essence – et dégage plus de GES.

    Soit ! Les taxis conventionnels ont encore leur place dans l'espace et la mobilité urbaine. Mais la situation actuelle avec Uber dans le décor pourrait faire en sorte qu'on se retrouve avant longtemps avec une offre excessive. Le mécanisme pour équilibrer l'offre excessive sera de rendre le taxi encore plus accessible, et le taxi, c'est l'auto solo.

    On aura donc d'un côté une offre excédentaire de transport individuel (à quoi viennent s'ajouter les services d'auto-partage) et de l'autre, une demande excédentaire de transports collectifs – car ce n'est pas d'hier qu'en matière de transports en commun, l'offre est bien inférieure à la demande – nos gouvernements successifs à Québec ayant étranglé les sociétés de transport pour mieux nous convaincre qu'un jour, il faudra bien faire appel au privé.

    Et le taxi collectif dans tout ça ? Ça semble ne fonctionner que dans les petites villes, ce que Montréal (et même Québec) n'est plus. Si Uber voulait changer la donne, ce serait un bien contre un mal, mais ça ne semble pas être le cas. Uber ou Diamond, dans les deux cas ce sont des grosses voitures qui font deux ou trois kilomètres pour déplacer une seule personne sur un seul, et qui occupent un espace urbain rendu stérile par la nature même de son usage. Est-il nécessaire de rappeler que dans les quartiers immédiatement en périphérie du centre-ville, plus d'espace est alloué aux transports qu'à l'habitation ? Et chaque fois qu'on redonne deux ou trois mètres carrés de territoire aux gens qui l'habitent, il s'en trouve pour protester.