Claude Robinson tente de récupérer son argent jusqu’en France

Claude Robinson poursuit son combat judiciaire, après 19 ans de travail. Il lutte désormais contre l’injustice financière dont il est victime.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Claude Robinson poursuit son combat judiciaire, après 19 ans de travail. Il lutte désormais contre l’injustice financière dont il est victime.

Après 19 ans de procédures judiciaires, Claude Robinson connaît les 33 000 pages de son dossier par coeur. Et il doit à nouveau se servir de sa mémoire éléphantesque. Malgré un jugement de la Cour suprême en sa faveur qui date de 2013, le dessinateur québécois ne parvient pas à obtenir paiement des sommes qui lui sont dues.

« Le jugement nous donne raison, mais c’est comme si on m’avait dit “ débrouille-toi maintenant mon garçon  », critique M. Robinson. Il est à Paris pour une audience du tribunal de commerce qui lui annoncera vraisemblablement vendredi que la compagnie MoonScoop (France Animation) est insolvable. Cette dernière se trouve en effet sous procédure de redressement judiciaire, l’équivalent de se placer sous la protection de la loi sur la faillite au Québec, et ce, sans qu’elle en ait avisé les juges de la Cour suprême qui étaient alors en délibération. Il a également entamé une procédure pour faire exécuter sur le territoire français le jugement contre Christophe Izard.

C’est la difficulté de rendre effectif le jugement de la Cour suprême qui prolonge cette saga judiciaire. Cette cour a refusé de considérer les plagiaires comme « solidairement responsables ». Il serait alors revenu au plus solvable du groupe de payer la somme et de s’entendre ensuite avec les autres pour se faire rembourser. À défaut de cette précision, M. Robinson est à la poursuite de chacun d’entre eux, c’est-à-dire Cinar et ses propriétaires, Ronald Weinberg et feu Micheline Charest, ainsi que plusieurs autres firmes, dont France Animation (fusionnée dans MoonScoop), et Christophe Izard.

Le bât blesse également quant au refus de la cour d’exiger des parties étrangères qu’elles déposent des sommes en garantie avant le procès, tel que l’avait recommandé la Cour d’appel du Québec. Ces sommes auraient pu être utilisées justement pour offrir réparations au dessinateur. « La Cour suprême a négligé un aspect très important, sous prétexte que ce dépôt en garantie pouvait nuire à l’accès à la justice. Ils se sont foutus de moi », dit celui qui ne croit pas voir cet argent un jour.

Comportement « déshonorant »

L’injustice financière reste entière. À l’autre bout du téléphone, on l’entend fumer une cigarette sur le balcon de son hôtel de Paris. « C’est parfaitement déshonorant, soupire-t-il. Des étrangers ont abusé du système de justice pendant 19 ans. Ils ont reconnu sa juridiction sur l’affaire et une fois que c’est le temps de payer, ils se réfugient dans leur territoire. »

Il fait référence à Christophe Izard, signataire de l’oeuvre plagiaire, un « front » selon ses mots, un homme décoré de la Légion d’honneur et à l’origine de Casimir, une série à succès pour enfants. Claude Robinson a retenu les services d’Emmanuelle Lévy, une avocate française spécialisée en propriété intellectuelle, pour tenter de faire respecter le jugement canadien sur le territoire de la France. Il veut aussi « s’assurer que les citoyens français connaissent l’autre facette obscure de ce monsieur adulé ».

« Je n’ai pas eu affaire à de petits bandits, j’ai eu affaire à de grands bandits, de grands bandits à cravate et en jupon comme l’a dit le juge Claude Auclair de la Cour supérieure », dénonce M. Robinson. Même s’il peine à obtenir réparation, il tient à préciser que les sommes engagées jusqu’à maintenant pour ses avocats ont été entièrement réglées. « Je suis un homme d’honneur, moi », dit-il.

L’idée de s’inspirer de l’oeuvre de Daniel Defoe avait germé dans l’esprit du dessinateur dès 1982. Son oeuvre est enregistrée au Bureau du droit d’auteur dès 1985 et il la présente à des producteurs de dessin animé, notamment au concepteur Christophe Izard en 1987. Sans que son projet ait débouché, il découvre au petit écran quelques années plus tard le premier épisode de Robinson Sucroë. Ses démarches judiciaires débutent aussitôt pour prouver que son oeuvre a été plagiée.

Le jugement nous donne raison, mais c’est comme si on m’avait dit “ débrouille-toi maintenant mon garçon ”

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