L’édifice pour Revenu Québec attendra

Les étages supérieurs de l’édifice de l’îlot Voyageur seront transformés en logements locatifs et devraient accueillir leurs premiers occupants le 1er juillet 2016.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les étages supérieurs de l’édifice de l’îlot Voyageur seront transformés en logements locatifs et devraient accueillir leurs premiers occupants le 1er juillet 2016.

Cela devait être un « geste fort » de Québec pour le développement de Montréal. Un « projet majeur » pour faire oublier l’échec de l’îlot Voyageur et « dynamiser l’économie » du quartier. Deux ans après l’annonce de la construction d’un complexe gouvernemental de 250 millions sur le site de l’ancienne gare d’autocars de Montréal, on ignore pourtant désormais quand — et si — le projet verra effectivement le jour, a appris Le Devoir.

Annoncé en grande pompe en novembre 2013 par le gouvernement de Pauline Marois, le nouvel édifice gouvernemental de 58 000 m2 doit être érigé à l’angle de la rue Berri et du boulevard de Maisonneuve, et permettre de regrouper quelque 2500 fonctionnaires de Revenu Québec actuellement dispersés aux quatre coins de la métropole. Sauf que deux ans plus tard, le projet demeure « à l’étude », sans qu’un échéancier ait été dévoilé par le gouvernement.

À l’époque, la première ministre Pauline Marois elle-même avait annoncé que l’édifice accueillerait ses premiers employés en 2019. Mercredi, ni le gouvernement Couillard ni la Société québécoise des infrastructures (SQI) n’ont voulu dire si le projet irait de l’avant.

« Nous n’avons pas d’échéancier précis à ce stade-ci pour le projet de l’îlot Voyageur, a indiqué un porte-parole de la Société québécoise des infrastructures, Martin Roy. On est actuellement au stade du développement. C’est un projet à l’étude. »

« Nous sommes en préparation du dossier d’affaires et ce sera ensuite soumis au gouvernement. […] On fait les études, le dossier chemine, mais il faut l’autorisation gouvernementale avant que ça avance », a-t-il ajouté.

Plaie béante

Le cabinet du président du Conseil du trésor Martin Coiteux précise que le projet est soumis à la Directive sur la gestion des projets majeurs d’infrastructure publique, qui détermine les mesures requises pour assurer la gestion rigoureuse des projets majeurs d’infrastructure publique. Elle vise notamment à promouvoir les meilleures pratiques en gestion de projets afin de faire les « bons choix » d’investissement.

Ces études permettront de confirmer la pertinence du projet et d’en estimer les besoins financiers et les risques, précise le gouvernement. Si le projet va de l’avant, le Plan québécois des infrastructures 2015-2025 prévoit qu’il passera « en préparation », puis « en réalisation ». L’Agence du revenu du Québec, principale occupante du futur édifice, s’est limitée à dire que le projet relevait de la SQI.

Au Parti québécois, on s’explique mal que le projet n’ait pas progressé davantage en près de 24 mois. Le site de l’îlot Voyageur demeure une plaie béante au coeur de la métropole et Revenu Québec souhaite depuis longtemps regrouper ses employés montréalais sous un même toit.

« Les libéraux sont responsables du gâchis de l’îlot Voyageur. Nous demandons l’assurance que le projet annoncé par notre gouvernement sera réalisé comme prévu, et nous demandons qu’un échéancier soit déposé », a commenté le porte-parole de l’opposition péquiste en matière de Trésor, Alain Therrien.

Ce développement n’est que le dernier d’une longue suite de revirements dans ce qui constitue l’une des plus grandes sagas immobilière de l’histoire du Québec moderne.

En 2010, le gouvernement du Québec avait dû racheter l’édifice en construction et l’ancienne gare d’autocars. On espérait alors mettre fin au fiasco immobilier de l’Université du Québec à Montréal, idéatrice de l’îlot Voyageur, qui avait subi des pertes de 200 millions de dollars dans cette aventure.

Pour éviter des démêlés judiciaires, le gouvernement avait également dû débourser 25,5 millions pour reprendre les activités de la gare d’autocars, dont le déménagement était prévu dans les locaux de l’îlot Voyageur. Depuis 2011, il n’y a plus d’activités dans l’édifice de l’ancienne gare situé à l’angle du boulevard de Maisonneuve et de la rue Berri, face à la Grande Bibliothèque, mais celui-ci sert toujours de lien entre la nouvelle gare et la station de métro Berri-UQAM.

Pendant ce temps, les usagers de la Gare d’autocars de Montréal continuent de se heurter à un escalier mécanique menant à un mur en voulant accéder au métro de Montréal dans l’édifice inachevé de l’îlot Voyageur.

Longue saga

2005 L’UQAM débute la construction de l’îlot Voyageur, complexe devant abriter résidences, salles de cours et bureaux, en plus de la gare. Le PPP doit s’autofinancer.

2007 Confrontée à un manque à gagner de 200 millions, l’UQAM met le projet sur la glace.

2008 Dans deux rapports, le vérificateur général Renaud Lachance blâme l’UQAM pour sa gestion.

2010 Québec rachète le projet controversé.

2013 Québec annonce la construction d’un vaste édifice gouvernemental au coût de 250 millions sur la partie sud du site.

2015 La construction reprend une fois de plus.
10 commentaires
  • Richard Bérubé - Inscrit 9 juillet 2015 06 h 23

    Quand la main droite ne sait pas ce que la main gauche fait!

    Il serait plus judicieux de regrouper tous les projets public et parapublique sous le joug d'un organisme à gestion très serrée....quand tu instruit des jeunes tu n'es pas nécessairement un très bon gestionaire de construction....cela fait quelques projects de construction, nonobstand le gouvernement en place qui foirent...cette fois-ci dans le dossier précité, il semble très opportun que le gouvernement prenne le temps nécessaire, car (et je l'ignore) le gouvernement Marois c'était peut-être trop enthousiasmé pour la conception du projet de rechange....

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 9 juillet 2015 08 h 06

    Un monument nous rappelant un grand gaspillage financier universitaire

    Les plaies béantes, il y en a beaucoup au Québec, la plupart étant toutefois moins visibles que l'ilôt voyageur. Combien de sites miniers et pétroliers abandonnés depuis des décennies devront encore attendre des dizaines d'années avant d'être remis à leur état original? Pourtant, plusieurs d'entre eux continuent de polluer nos eaux. Alors, pourquoi construire des bureaux dont on n'a pas besoin ou qu'on pourrait avoir moins cher ailleurs? Ne faudrait-il pas plutôt conserver l'ilôt voyageur tel quel, question de nous rappeler qu'une université, au détriment de ses propres règles, et un gouvernement peuvent réellement gaspiller les ressources financières qui leur sont confiées. Faisons-le au bénéfice des plus vulnérables d'entre nous. Il y en a beaucoup près du monument.

    • Marc Langlais - Inscrit 9 juillet 2015 13 h 08

      On pourra ensuite dire que c'est de l'art urbain puisque ce "monument" nous permettra de s'interroger...

  • André Nadon - Inscrit 9 juillet 2015 08 h 31

    Belle réalisation.

    Voilà une autre belle réalisation de notre matamore libéral Jean-Marc Fournier, qui a autorisé ce fiasco, alors qu'il était le ministre responsable de ce dossier.

  • Élisabeth Germain - Abonnée 9 juillet 2015 08 h 42

    Ilot d'accueil des voyageurs

    Parlons-en, de l'accueil des voyageurs! Quand on arrive à Montréal par autocar, c'est un dédale d'escaliers pour aller prendre le métro: un escalier d'une douzaine de marches pour descendre dans le passage souterrain en dessous de la gare, un autre escalier d'une vingtaine de marches pour remonter vers le corridor qui mène au métro, un troisième escalier d'une trentaine de marches pour redescendre vers la gare Berri-UQAM, un dernier escalier d'une quinzaine de marches pour accéder à votre quai de métro. Avec une valise, on se sent vraiment bien accueilli par Montréal!
    Quand il fait beau, mieux vaut passer par dehors. Mais quand les trottoirs sont pleins de neige et de glace, alors c'est la joie!

  • Gilles Théberge - Abonné 9 juillet 2015 09 h 04

    Vous ne comprenez pas?

    c'est simple, c'est dans l'Est.

    Et puis hier des rumeurs courraient à l'effet que le gouvernement allait remettre au fédéral la collecte des impôts.

    Alors est-ce qu'on investit dans un édifice pour loger l'agence du revenu quand on s'apprête à l'abolir?

    • Richard Bérubé - Inscrit 9 juillet 2015 10 h 30

      ça serait une très bonne affaire Monsieur Théberge, pourquoi payer à deux endroits quand un organisme peut très bien faire l'affaire, aussi longtemps que Québec reçoive ce qui lui est dû. Toutes les autres provinces fonctionnent de cette façon et personne ne s'en plaint....on pourrait aussi par le fait même abolir le ministère de l'immigration québecois ainsi que la Sureté du Québec....un jour il va falloir choisir, soit les dépenses à n'en plus finir ou une saine gestion...étant donné que la population québecoise a choisi la fédération canadienne à deux reprises, et que ce dossier est règlé maintenant règlons les autres affaires....

    • Sylvain Auclair - Abonné 9 juillet 2015 11 h 20

      «Je pose ici comme prémisse qu'il faut mettre fin à ce confort paralysant et placer les Québécois devant un choix clair: sont-ils avant tout québécois ou canadiens?
      [...]
      Si les Québécois votent non, il faut en conclure selon moi qu'ils se sentent avant tout Canadiens, qu'ils veulent vivre comme des Canadiens, qu'ils désirent que leur gouvernement soit celui d'Ottawa et que celui qui a son siège à Québec ne devrait plus être qu'une administration destinée à offrir des services, un peu comme une municipalité. Un peuple ne peut pas avoir deux gouvernements qui se chicanent sans arrêt.
      [...]
      ...une victoire du non doit amener, selon moi, et de manière juridiquement contraignante, la fin de tout ce qui distingue le Québec, qui doit devenir une province comme les autres. Il faut qu'au lendemain du référendum, la loi 101 soit abrogée et l'Office de la langue française, dissoute (...), que la Bibliothèque nationale et la Grande Bibliothèque cessent leurs activités, que les Archives nationales soient transférées aux Archives nationales du Canada.
      [...] Il faut décréter la fin prochaine de Revenu Québec, de la Régie des Rentes et de la Caisse de dépôt et de placement du Québec.
      [...]
      Ce que je préconise est très certainement effrayant, mais il faut se souvenir d'une chose: le camp du non devra défendre ce programme, alors que celui du oui n'aura qu'à dire qu'il s'agit de la conséquence normale, selon une évolution simplement accélérée, de choisir le Canada.»

      (extrait de mon blogue)

    • Richard Bérubé - Inscrit 9 juillet 2015 18 h 27

      Monsieur Auclair,
      ne venez pas me faire pleurer avec vos prédictions de malheur....vous êtes très forts les OUI à utiliser cette tactique....moi je ne me sens pas en danger avec le système fédératif canadien, si vous arrêtiez avec votre sens de persécution et que tout le monde vous en veut, peut-être comprendriez qu'il y a autre chose que d'entendre parler de séparation....les québecois qui ont choisi le non sont aussi québecois que vous et tout aussi fier de l'être que vous...je ne pense pas que vous soyez placé pour faire des remontrances aux autres, ni d'évaluer leur supposé attachement à la province du Québec....croyez-vous réellement que les autres provinces ne se battent pas eux aussi pour ce qu'elles évaluent important à leurs yeux....et pour votre information la Régie des Rentes du Québec est l'équivalent du Régime de pension du Canada....d'ailleurs les membres de la GRC et les forces armées canadiennes travaillant au Québec paient au Régime de pensions du Canada et à leurs pensions ils reçoivent leurs prestations du Régime des rentes du Québec...même chose si vous décidiez d'aller vivre dans une autre province à votre retraite....(il n'y a pas de bataille là-dedans Monsieur Auclair)