Blitz antigaspillage

Depuis ces débuts en 2013, la cueillette des denrées périssables en supermarché a permis aux organismes participants d’épargner 4,2 millions en achat d’aliments.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Depuis ces débuts en 2013, la cueillette des denrées périssables en supermarché a permis aux organismes participants d’épargner 4,2 millions en achat d’aliments.

La récupération de viandes, de fruits et d’aliments congelés dans les supermarchés par Moisson Montréal connaît un tel succès que l’organisme prévoit de multiplier par quatre le volume de vivres périssables distribués en étendant d’ici 2017 son programme à l’ensemble du Québec.

Démarré à titre de projet-pilote dans deux supermarchés en 2013, ce programme de collecte d’aliments périssables dans les commerces — le seul au Canada qui récupère les viandes — a le vent dans les voiles. L’organisme a profité mardi de l’expansion de son programme dans la région de Sept-Îles pour faire le point sur les résultats impressionnants obtenus jusqu’ici et ses objectifs futurs.

À ce jour, la récupération et la congélation dans les supermarchés de viandes, de fruits et légumes, de produits de la boulangerie et autres aliments préparés sur le point d’atteindre la date de péremption a permis de détourner des bennes à ordures pas moins de 534 tonnes d’aliments dans 83 supermarchés, pour les redistribuer à plus de 66banques alimentaires et organismes d’aide aux personnes dans le besoin.

De la tonne et demie de vivres congelés recueillie dans les toutes premières semaines du projet, la récolte a littéralement explosé pour passer à 13 tonnes en 2013-2014, puis à 117 tonnes l’année suivante. Depuis le début de l’année financière 2015-2016, soit en à peine trois mois, Moisson Montréal a déjà amassé 68 tonnes dans les épiceries et supermarchés.

Quadrupler l’impact

La décision d’étendre ce programme de cueillette axé sur la congélation des aliments périssables — jusqu’ici limité à Montréal, Québec, l’Estrie et la Rive-Sud — à l’ensemble du Québec devrait permettre de quadrupler le volume total d’aliments, notamment les viandes qui demeurent des denrées rares dans les organismes d’aide (moins de 1 %).

En plus d’assurer une meilleure diversité d’aliments aux personnes démunies et de limiter le gaspillage alimentaire, le tout jeune programme permet d’importantes économies pour les organismes d’aide. Pour certains d’entre eux, cela a entraîné une baisse de jusqu’à 50 % de leur budget lié à l’achat d’aliments frais, affirme Julie Bourbonnière, directrice des communications et du marketing pour Moisson Montréal.

« Cela a un impact immense sur les organismes bénéficiaires. Pour eux, la viande et les légumes représentaient un coût important. En région, le coût des denrées fraîches est très élevé ; donc, pour certaines banques alimentaires, l’effet est majeur. »

Depuis ces débuts en 2013, la cueillette des denrées périssables en supermarché a permis aux organismes participants d’épargner 4,2 millions en achat d’aliments. Une somme qui représente en moyenne plus de 63 000 $ par organisme, soit une manne pour de petits organismes faiblement financés. La quantité de viandes récupérées grâce à la collecte des périssables congelés a triplé le volume redistribué dans les organismes desservis.

« Dans certains cas, cela leur permet de dépenser moins pour la nourriture et d’offrir plus de services. Dans d’autres cas, cela permet d’acheter de plus grandes quantités d’aliments, des aliments de meilleure qualité, et de desservir plus de personnes », ajoute Mme Bourbonnière.

À l’heure actuelle, Moisson Montréal estime ne répondre qu’à 65 % aux besoins alimentaires d’urgence.

Un plus pour les régions éloignées

Moisson Montréal prévoit d’apporter aux dix Moissons du Québec et aux membres des Banques alimentaires du Québec l’expertise requise pour assurer le maintien de la chaîne de froid cruciale pour préserver la qualité et la traçabilité des aliments périssables récupérés dans leur région. De la formation à distance, par le biais d’Internet, sera offerte au personnel des diverses banques alimentaires de régions éloignées. Comme à Sept-Îles — où la communauté fortement ébranlée par la crise économique s’est mobilisée pour financer le projet —, les banques et associations intéressées devront trouver le financement nécessaire pour entamer la récupération des vivres congelés.

« Ce n’est pas tous les organismes qui peuvent en bénéficier. Il faut avoir les installations essentielles pour récupérer les aliments et pouvoir cuisiner la nourriture reçue sur-le-champ », précise la porte-parole de Moisson Montréal, qui ajoute que le programme permet aussi aux supermarchés participants de réduire les coûts associés à la gestion des déchets.

Porté par le succès du programme, l’organisme de redistribution alimentaire espère entamer à moyen terme le même type de démarche dans les marchés publics, dans les réseaux hôteliers et dans celui de la restauration.

Des études estiment que 40 % des aliments achetés au Canada sont gaspillés, dont 11 % par les commerces d’alimentations et 50 % par les consommateurs. Selon Moisson Montréal, cela représente l’équivalent du contenu d’un avion-cargo jeté à chaque seconde.

Projections pour mars 2017

2200 tonnes de denrées, et 850 tonnes de viandes