Terre d’accueil, de joies... et de déceptions

Monir Hossein distribuait les hot-dogs hallal. Si ce Bengladais d’origine était enthousiaste, certains ont confié leurs déceptions.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Monir Hossein distribuait les hot-dogs hallal. Si ce Bengladais d’origine était enthousiaste, certains ont confié leurs déceptions.

Pendant que les traditionnelles cornemuses soufflaient pour le défilé sur la rue Sainte-Catherine au centre-ville de Montréal, les fêtes de quartier étaient annulées une à une, les espoirs de voir la pluie cesser s’amenuisant d’heure en heure. Monir Hossein, lui, n’a pas renoncé. Dans l’un des quartiers les plus multiculturels du pays, Parc-Extension, il lui pressait de dire à ceux venus réclamer leur hot-dog halal gratuit : « Ne vous sentez pas immigrants, considérez-vous comme des Canadiens. »

Sur la place de la gare Jean-Talon, juste devant la station de métro Parc, son association s’est dépêchée d’allumer un barbecue aussitôt une éclaircie pressentie. M. Hossein est président du Conseil national des Bangladeshi-Canadiens, qui organise cette réunion du 1er juillet depuis 12 ans. « Je ne voyais pas beaucoup de drapeaux canadiens dans le quartier, alors j’ai pensé qu’il fallait une célébration », relate-t-il.

La file qui s’est rapidement formée devant la tente aux odeurs de viande grillée n’a pas l’air aussi convaincue que ce Bangladais d’origine. Un jeune homme plié sous son lourd sac à dos refuse le petit drapeau qu’il lui tend. Le modèle réduit d’unifolié ira finalement à cette dame en sari doré, les cheveux blancs impeccablement ramassés en chignon sur sa nuque.

« J’aime la qualité de vie ici, le respect, les services », détaille l’organisateur. M. Hossein caresse d’ailleurs le projet de construire un quartier à l’image du Canada à Dacca, la capitale du Bangladesh qu’il a quittée il y a 20 ans. La microville s’appellera « Canadian Maple City », a-t-il déjà déterminé et pourra accueillir ses compatriotes retraités qui souhaitent écouler des jours tranquilles dans leur pays d’origine.

La représentante d’une autre époque de grande immigration dans le quartier est aussi venue partager un sandwich. Mary Deros, conseillère du district de Parc-Extension, raconte son arrivée depuis la Grèce il y a 40 ans. « Je comprends les gens de ce quartier, je me souviens que les amis qui immigraient pouvaient rester chez nous durant trois ou quatre mois, le temps de trouver un logement et des meubles », se souvient-elle. Mme Deros considère qu’il y a plus de ressources et de programmes pour les nouveaux arrivants aujourd’hui qu’à l’époque.

Entre opportunité et renoncement

À peu de mots près, un autre citoyen présent, Said Fawaz, reprend le leitmotiv du premier ministre Stephen Harper, répété encore cette année lors des discours officiels à Ottawa : « Avec tout ce qui se passe dans le monde, ce pays est un rare endroit de stabilité », dit-il.

Mais le pays réel ne lui semble pas toujours à la hauteur du pays rêvé. « Nous acceptons de travailler dans n’importe quoi, soupire-t-il avant de se reprendre. L’important, c’est la prochaine génération. » Il est chauffeur de taxi et a bien du travail depuis que l’averse a repris de plus belle, mais regrette tout de même le métier d’ingénieur en communication qu’il pratiquait au Liban. Un constat qui paraît une évidence pour Monir Hossein : « C’est pour cette raison qu’on vient, pour se sacrifier pour nos enfants, pour que leur confort soit garanti », insiste-t-il.