Un drapeau qui divise

«Enlevez-le!», criait l’opposant Jaluladin Abdul-Hamib, qui a pris part au rassemblement contre le drapeau confédéré de samedi.
Photo: Win McNamee Getty Images Agence France-Presse «Enlevez-le!», criait l’opposant Jaluladin Abdul-Hamib, qui a pris part au rassemblement contre le drapeau confédéré de samedi.

La controverse autour du drapeau confédéré, symbole de l’héritage du sud des États-Unis pour ses partisans, du racisme pour ses détracteurs, s’est cristallisée samedi sur l’esplanade du parlement de la Caroline du Sud, à Columbia, où se sont croisés opposants et partisans.

Deux personnes ont été arrêtées et inculpées à l’aube à Columbia, la capitale de cet État du sud-est, pour avoir brièvement enlevé le drapeau confédéré qui flotte devant le parlement local, dont le retrait avait été demandé par la gouverneure en raison de la « division » qu’il génère.

« Nous enlevons le drapeau parce que nous ne pouvons pas attendre plus longtemps », ont expliqué les militants, dans un communiqué cité par les médias locaux. « Il est temps d’ouvrir un nouveau chapitre où nous démantèlerons sincèrement la suprématie blanche et construirons une véritable justice et égalité raciales. »

 

Soumis au vote

La gouverneure de Caroline du Sud, Nikki Haley, avait exigé lundi que soit enlevé ce drapeau, que brandissaient les soldats des États sécessionnistes du sud du pays, mais qui est aussi vu comme la marque de l’oppression subie par les Noirs.

Sa décision a été annoncée après que cette même oriflamme eut été brandie par le tueur présumé de neuf Noirs à Charleston la semaine dernière. Mais pour l’ôter, il faut un vote des élus locaux. Samedi vers 6 h, un policier a été informé qu’une femme noire grimpait équipée d’un baudrier sur le mât de 9 mètres situé sur l’esplanade du parlement pour essayer d’en décrocher le drapeau confédéré, selon le département de la Sécurité publique de l’État (SCDPS). Il a demandé à la jeune femme de descendre, mais elle n’a obtempéré qu’après avoir enlevé l’oriflamme.

Le policier l’a arrêtée, ainsi qu’un homme venu l’aider. Les deux suspects, âgés de 30 ans, ont été inculpés pour dégradation de monument, un chef d’accusation qui peut leur valoir jusqu’à trois ans de prison.

Le drapeau a été remplacé par une oriflamme similaire une heure après.

Quelques heures plus tard, des partisans du drapeau confédéré, bannières à la main, ont manifesté devant la même esplanade, où sont aussi venus des opposants, a constaté un journaliste de l’AFP.

Ses défenseurs tenaient dans leurs mains les grands drapeaux rouges à croix bleue, où sont dessinées treize étoiles blanches. « Héritage, pas de haine », a chanté un partisan du drapeau, William Wells, tandis qu’un autre levait une pancarte où on pouvait lire « trop de Yankees [surnom des nordistes pendant la Guerre de Sécession], pas assez de drapeaux ».

Après la décision de la gouverneure, de nombreuses entreprises américaines, dont le distributeur Walmart, ont annoncé qu’elles ne commercialiseraient plus de produits flanqués de cet emblème.

Obama s’en mêle

Venu rendre hommage aux victimes vendredi à Charleston, le président Barack Obama a appelé l’Amérique à la lucidité, sur le racisme comme sur les armes à feu, dans un discours en hommage au pasteur noir tué dans le massacre.

« Pour beaucoup, Noirs comme Blancs, [ce] drapeau symbolisait une oppression généralisée », a lancé M. Obama.

Le retirer serait « reconnaître que la cause pour laquelle les soldats confédérés se sont battus, la cause de l’esclavage, n’était pas la bonne », et « une étape dans le récit honnête de l’histoire américaine », a fait valoir le premier président noir des États-Unis.

Le candidat républicain à la présidentielle de 2016, Jeb Bush, se rendra également à Charleston lundi pour rencontrer des responsables religieux. Quand il était gouverneur de Floride (sud-est) en 2001, il avait lui aussi ordonné d’enlever le drapeau confédéré du parlement local pour le mettre dans un musée.