À la place d’un parc, une tour à condos. Une autre.

Des tours à condos poussent près de la rue Molson. La fièvre du condo continue de sévir même si le marché montréalais est saturé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des tours à condos poussent près de la rue Molson. La fièvre du condo continue de sévir même si le marché montréalais est saturé.

Quand l’église des pères franciscains a été rasée par un incendie, en 2010, les résidants et le milieu communautaire du centre-ville de Montréal se sont mobilisés. Ils imaginaient un parc doté d’un terrain de soccer sur ce vaste terrain. Ils voulaient des arbres. Des oiseaux. Des bancs publics. Ils auront plutôt une tour à condos. Une autre.

« Regardez autour, il n’y a que ça : des condos », dit en soupirant Solange Baril, coordonnatrice du Groupe Harmonie, un organisme qui aide les personnes âgées du quartier.

Nous sommes à l’ouest du centre-ville, près de l’Université Concordia et de l’ancien Hôpital pour enfants, qui vient de déménager dans le nouvel hôpital universitaire anglophone. Ce quartier, c’est du béton et encore du béton. Aucun parc à l’horizon.

Il y a pourtant du monde qui habite au centre-ville. Plus de 33 000 résidants, en fait, dans le seul district de Peter-McGill. On oublie souvent que le centre-ville de Montréal est l’un des plus habités parmi les grandes villes d’Amérique du Nord. C’est le quartier le plus densément peuplé du Québec.

Parmi ces 33 000 personnes, le nombre d’enfants de zéro à quatre ans a augmenté de 30 % en cinq ans ; le nombre de personnes âgées, de 7 %. Les étudiants forment un bloc important des résidants.

« Ces gens-là ont peu d’endroits où aller pour “socialiser”, dit Solange Baril. On trouve peu de lieux publics où faire des rencontres. Les personnes âgées vont à la place Alexis-Nihon boire un café toutes seules. Ça me dérange beaucoup que l’arrondissement de Ville-Marie ait refusé le projet de parc. On donne l’espace public à des intérêts privés alors que les gens en arrachent de plus en plus. »

Une tour à condos, donc. Une autre. Le maire Denis Coderre a reconnu que les revenus d’impôts fonciers sont une priorité au centre-ville. Une tour à condos comme celle que projette de construire le groupe Prével, ça rapporte gros en taxes.

La richesse de l’arrondissement de Ville-Marie profite à tous les Montréalais, a fait valoir Denis Coderre lors des deux dernières assemblées du conseil d’arrondissement.

On peut comprendre la Ville de miser sur la formidable valeur foncière des terrains du centre-ville pour garnir ses coffres. Mais l’administration Coderre ne doit jamais perdre de vue les besoins criants des résidants du quartier, dit Stéphane Febbrari, coordonateur de la Table inter-action du quartier Peter-McGill, qui regroupe 75 institutions citoyennes.

En une décennie, de 2003 à 2013, 3202 unités de logement ont été construites dans le secteur. Presque tous des condos : à peine 42 unités étaient du logement social. Le milieu se tourne vers l’ancien Hôpital pour enfants pour répondre aux besoins de la population : un projet poussé par l’ancien Centre de santé et de services sociaux local prévoit la transformation de l’hôpital en logements sociaux assortis d’une clinique médicale, d’une bibliothèque, d’un terrain de jeu et ainsi de suite.

Le maire Coderre s’est engagé à faire pression sur le gouvernement Couillard pour ce projet communautaire. Mais Stéphane Febbrari et d’autres groupes du quartier s’inquiètent. Québec a mis en vente l’hôpital au plus offrant. Si le passé est garant de l’avenir, on peut penser que des promoteurs planifient déjà de transformer l’hôpital en condos.

400 000$
Plus de 40 % des acheteurs de condo au centre-ville et dans Griffintown ont payé 400 000 $ ou plus. La majorité des unités (54 %) ont une seule chambre.

Il y a une charge négative dans le mot condo. Il est vrai qu’on a besoin de plus de logement social. C’est la seule façon de combattre la gentrification. Mais la multiplication des condos est aussi une bonne nouvelle. Ça veut dire que Montréal et ses quartiers centraux sont attrayants. On assiste à un retour à la ville. Ce n’est plus l’exode vers la banlieue des années 90.

2 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 20 juin 2015 09 h 14

    Saturation ?

    « La fièvre du condo continue de sévir même si le marché montréalais est saturé. »

    Saturé ? Est-ce vraiment le cas ? S'il y avait saturation, on devrait normalement assister à une chute des prix. Il y a probablement une bonne marge entre le coût de construction d'un logement et le prix que l'acheteur verse au promoteur. Quand la cour d'un marchand de voitures devient pleine, on voit fléchir le prix de ces dernières en même temps que se multiplient les mesures incitatives. Nous n'en sommes pas là avec les logements.

    Autre point d'interrogation : l'exode vers la banlieue se poursuit et la population de Montréal stagne depuis belle lurette. Y a-t-il donc trop de logements ?

  • Rachel Fraser - Inscrit 21 juin 2015 16 h 18

    Rue Molson: logements locatifs pour retraités.

    La photo qui chapeaute votre article représente un complexe locatif pour retraités de plus de 55 ans. Il ne s'agit pas de condos mais de 477 logements allant du studio au grand 41/2; la location inclut la chauffage, le câble, un repas par jour comme dans toutes les résidences de retraités.