Battre en retraite pour mieux contre-attaquer?

Guerre contre l'obésité ou coup de marketing? L'industrie des boissons gazeuses, par l'entremise du groupe de pression Refreshments Canada, vient d'annoncer son intention de retirer ses produits des machines distributrices présentes dans les écoles primaires du Canada. Une mesure en vigueur dès septembre prochain qui, si elle ne va avoir que peu d'impact au Québec, semble également loin d'atteindre sa cible — l'obésité chez les enfants —, estiment les nutritionnistes.

Au Québec, en effet, aucune école primaire n'est autorisée à afficher ces machines colorées distribuant, contre une poignée de dollars, des boissons riches en saveurs et... en sucre. La loi sur la protection des consommateurs interdit en effet la publicité s'adressant aux enfants de moins de 13 ans.

L'industrie le sait bien, mais elle n'a pas manqué de vanter partout au pays son intention de mettre les petites têtes blondes — et brunes — à l'écart de ses boissons à bulles qui font grossir lorsqu'on en abuse. Une décision prise pour répondre aux préoccupations des parents et non pas parce que ces produits sont mauvais pour les jeunes, a souligné hier Bernard Duval, porte-parole de Refreshments Canada.

Exempts de boissons gazeuses, les distributrices vont toutefois continuer à cracher leurs eaux en bouteille «traitées minéralisées» provenant «de la distribution publique» [comprendre: eau du robinet], leurs jus de fruit, leurs boissons aux fruits ainsi que leurs boissons énergisantes, a confirmé Christina Smith, de Coca-Cola, une entreprise qui, avec Pepsi, est membre du groupe de pression. Les écoles secondaires du Canada ne sont pas visées par cette nouvelle politique commerciale, car, dans ces endroits, «les élèves sont capables de faire des choix», a-t-elle expliqué.

La décision de l'industrie n'a pas surpris outre mesure, hier, la nutritionniste Marie Marquis. «La pression est trop forte, a-t-elle commenté. Dans l'opinion publique, les boissons gazeuses n'ont plus bonne réputation. Aux États-Unis, d'ailleurs, des mesures similaires ont déjà été prises. C'est normal que le Canada emboîte le pas.»

Le geste est toutefois davantage stratégique et risque d'avoir peu d'impact sur la santé publique, selon elle. «Ces entreprises ne peuvent pas se permettre de tout enlever dans les distributrices et elles vont surtout profiter de ces politiques pour développer de nouveaux produits», dit la spécialiste de l'alimentation. Des nouveaux produits à base de fruits, de lait ou d'énergie qui, s'ils ne contiennent plus de bulles, n'en demeurent pas moins riches en sucre — parfois plus de 10 cuillères à thé dans un format de 341 ml.

Au Québec, les boissons gazeuses semblent d'ailleurs naturellement en chute dans le milieu scolaire, à en croire Alain Vézina, de la commission scolaire des Découvreurs, dans la région de la capitale, une commission qui a signé avec Coca-Cola, en 1999, une entente d'exclusivité. «Au début, les boissons gazeuses représentaient 52,7 % des ventes, dit-il. En juin 2003, elles ne représentaient que 45 % des achats dans les machines distributrices.» Des machines qui ont permis aux cinq écoles secondaires que compte la commission d'engranger à ce jour 325 000 $ pour la réalisation de projets pédagogiques, en échange d'une entente qui prévoit, d'ici juillet 2004, la vente de 57 000 caisses de 24 canettes ou bouteilles de boissons en tout genre dans l'enceinte de ces établissements consacrés à l'éducation.