Grippé? Restez donc chez vous!

Toronto — Plusieurs sont convaincus que se présenter au travail malgré une vilaine grippe constitue la chose à faire, que c'est ce qu'on attend d'eux. Mais cela témoignerait plutôt d'un manque de considération envers les collègues, disent des experts en santé publique.

Dans la foulée du SRAS et au moment où la saison de la grippe annuelle bat son plein, les autorités médicales espèrent voir émerger une nouvelle étiquette chez les personnes atteintes: on voudrait qu'elles comprennent que lorsqu'on est malade, rester à la maison est l'attitude socialement responsable à adopter.

«Adopter l'idée de demeurer à la maison, dans une société où l'éthique du travail est telle, ici comme aux États-Unis, que vous devez aller travailler à tout prix, exige un changement de mentalité. Mais je crois que le SRAS nous a réellement fait réfléchir et a fait réfléchir les employeurs», commente le docteur Bonnie Henry, de la Ville de Toronto. «Surtout quand vous faites de la fièvre, vous devez être conscient que le monde va continuer de tourner sans vous, pendant la période où vous pourriez être contagieux.»

Le message a pourtant du mal à passer. Qui n'a pas partagé un autobus ou un autre espace public ces derniers jours avec quelqu'un qui éternuait et toussait? Ou vu un collègue, la goutte au nez, se traîner péniblement jusqu'au bureau pour passer le reste de la journée à se plaindre, tout en disséminant ses microbes à qui mieux mieux?

La même chose vaut pour les enfants. Envoyer un enfant malade, surtout un enfant fiévreux, à l'école n'est bon ni pour l'enfant, ni pour ses petits camarades, souligne la docteure Joanne Embree, experte en maladies infectieuses chez les enfants à l'université du Manitoba.

Certains employeurs sont plus ouverts que d'autres en ce qui a trait aux congés de maladie, note le docteur David Butler-Jones, ancien président de l'Association canadienne de santé publique. Ils comprennent que la perte à court terme engendrée par un congé de maladie sera compensée, à long terme, par la protection du reste des employés et peut-être même des clients contre la maladie.

Mais tous les employeurs ne voient pas cela de la même façon. Certains travailleurs ne jouissent d'aucun congé de maladie payé. D'autres encore ne peuvent se permettre de rester à la maison et de perdre ainsi deux ou trois jours de salaire. Certains patrons ne sont pas trop compréhensifs non plus quand des employés en santé restent à la maison pour s'occuper d'enfants malades.

Pour ceux qui doivent malgré tout travailler lorsqu'ils sont malades, le Dr Butler-Jones recommande de se tenir loin des groupes ou de la table commune où les employés prennent leur lunch, pour éviter de disséminer les microbes, et d'appeler un collègue au téléphone plutôt que d'aller lui parler à son bureau.

Quoi qu'il en soit, mieux vaut éviter les contacts directs, les face-à-face, et surtout, insiste le spécialiste, il faut se laver les mains fréquemment: cela permet de minimiser le risque de refiler son virus aux collègues.