Réorientation du groupe Chrysler - Vers un niveau de qualité exceptionnel

«Sans qualité [des produits], le groupe Chrysler n'a aucun avenir, s'est exclamé le directeur des opérations de la division américaine de DaimlerChrysler, Wolfgang Bernhard, lors d'une rencontre au sommet avec la presse spécialisée. Notre objectif est donc d'offrir les produits les plus fiables sur le marché d'ici 2007.»

Dans les faits, la stratégie du groupe Chrysler semble être avant tout de renouveler sa gamme de modèles, les trois marques concernées — Chrysler, Dodge et Jeep — ayant à défrayer les coûts du lancement de pas moins de 25 nouveaux modèles d'ici trois ans. Pour y parvenir, la direction de DaimlerChrysler a autorisé l'octroi additionnel de 250 millions de dollars américains pour faire la promotion de la marque et de ses nouveautés.

Cette fois, il n'y a pas place à l'erreur, puisque la situation financière du groupe est critique. Ça passe ou ça casse, comme dirait l'autre. «Nous avons mis en place une équipe qui s'assure que ces lancements se feront sans fautes», a d'ailleurs commenté M. Bernhard. Ce qui signifie un plus grand volume de tests à l'interne sur les pièces utilisées, plus de rigueur de la part des fabricants externes de pièces d'origine et, ultimement, le moins de rappels possible.

À mi-chemin

L'objectif étant qu'en 2007 Chrysler soit une marque reconnue pour la qualité de ses produits, les ingénieurs ont fort à faire pour y parvenir, les résultats préliminaires indiquant qu'on a à peu près atteint la moitié de l'objectif.

«Nous avons réussi à améliorer la qualité des véhicules de marque Chrysler de plus de 30 %, affirme Dieter Zetsche, responsable de la division américaine, malgré la diminution des coûts de près du quart. Mais il y a encore du chemin à faire.»

«Le meneur au chapitre de la fiabilité est actuellement Toyota, renchérit Wolfgang Bernhard, avec seulement dix problèmes pour 100 véhicules vendus. Notre but est de rattraper Toyota au haut de la liste. Notre moyenne actuelle est de 20 problèmes par 100 véhicules vendus. C'est déjà mieux que les résultats de General Motors ou de Ford, qui ont tous deux une moyenne de 23 bris par 100 véhicules vendus.»

«Nous avons procédé à l'acquisition de nouveaux appareils nous permettant de doubler les tests d'endurance sur les groupes motopropulseurs, continue M. Bernhard. Désormais, nous nous assurons qu'un ensemble mécanique puisse fonctionner pour l'équivalent de 320 000 kilomètres [200 000 milles] au lieu de 160 000, entre autres.»

L'initiative, qui a d'abord pour but de rassurer les clients et les concessionnaires, laisse les investisseurs dans le noir quant au retour à la profitabilité de Chrysler. M. Zetsche n'ose pas s'avancer sur le sujet. «À ce jour, nous ne pouvons faire de prévisions relatives à la profitabilité de la société», a-t-il déclaré.

Nouvelle orientation

La stratégie de Chrysler est d'introduire une foule de nouveaux produits en peu de temps afin de cimenter rapidement l'identité de la marque. Dévoilés discrètement au moment de la présentation, les modèles qui seront ainsi acheminés dans les salles de montre avant la fin de l'année s'inscrivent dans une tendance où les véhicules économiques et abordables sont laissés de côté.

Déjà en vente d'ailleurs, l'utilitaire Durango et la camionnette Ram SRT-10 de Dodge sont d'excellents exemples de cette tendance, qui ne va que s'accentuer dans les prochains mois. Ce dernier est en réalité une édition spéciale de la camionnette Ram dans le ventre de laquelle on a installé un moteur de Viper. Au total, ce sont pas moins de 500 chevaux qui propulseront les occupants vers leur destination.

La marque Dodge se spécialisera dans le créneau des camions et camionnettes seule la familiale Magnum, qui sera disponible dès le mois de mai, viendra briser cette règle, tout comme la SX, la compacte autrefois connue sous le nom de Neon. La Magnum est toutefois loin du format compact de cette dernière. Avec un moteur V8 de 340 chevaux et les roues motrices à l'arrière, elle devrait plutôt plaire aux pères de larges familles qui sont financièrement à l'aise.

Au passage, les dirigeants de Chrysler en ont profité pour faire l'éloge du retour à la propulsion, les voitures à roues motrices avant n'étant plus à l'ordre du jour selon eux. «C'est la solution idéale pour les voitures de plus grand format, croit Wolfgang Bernhard. Surtout grâce à l'avènement des systèmes de contrôle électroniques, le retour vers des véhicules à roues motrices arrière permet d'éliminer l'effet de couple, d'allonger l'empattement et de positionner les roues avant encore plus près des extrémités du véhicule, ce qui améliore la réaction de la structure lors d'un impact frontal.»

Ce qui laisse sous-entendre que les prochaines nouveautés seront aussi catégorisées comme des «voitures de plus grand format». En effet, Jeep aura aussi son lot de nouveautés en 2004. Le remplaçant de l'utilitaire Grand Cherokee, qui verra le jour en octobre prochain, sera rapidement suivi par l'arrivée d'un Liberty à moteur diesel, l'un des rares véhicules à miser sur l'économie d'essence parmi les modèles dévoilés.

Idem chez Chrysler

La marque Chrysler accueillera en son sein une nouvelle berline, la 300C, qui n'est pas exactement compacte. Celle-ci sera livrée chez les concessionnaires au printemps, rapidement suivie de l'arrivée d'une version décapotable du coupé Crossfire en plus d'une version survitaminée de ce dernier, baptisée Crossfire SRT-6.

Qu'arrive-t-il donc au segment des voitures économiques? Sans entrer directement dans le sujet, les gens de Chrysler semblent laisser entendre que ceci n'empêche pas cela, autrement dit que le lancement de ces nouveaux véhicules ne signifie pas nécessairement la fin des voitures abordables chez Chrysler.

Mais, on s'en doute, des voitures plus onéreuses permettraient à la société automobile américaine de générer une plus grosse marge de profits sur les ventes, ce qui permettrait, par ricochet, de mieux financer un département qui aurait pour mandat, disons, de s'assurer de la qualité desdits produits...