Le sort de Raïf Badawi entre les mains d’Ottawa

Raïf Badawi conserve sa peine de 50 coups de fouet hebdomadaires durant vingt semaines, 10 ans de prison et une amende de 266 000$ pour «insulte à l’islam». Cette peine ne peut être annulée sans le pardon royal.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Raïf Badawi conserve sa peine de 50 coups de fouet hebdomadaires durant vingt semaines, 10 ans de prison et une amende de 266 000$ pour «insulte à l’islam». Cette peine ne peut être annulée sans le pardon royal.

Tour à tour, des élus et organismes joints par Le Devoir ont exhorté dimanche le gouvernement canadien à augmenter ses pressions auprès de l’Arabie saoudite, après que la Cour suprême de ce pays eut annoncé le maintien de la peine du blogueur Raïf Badawi, sans possibilité d’appel.

« Maintenant, c’est sur le plan politique que [la libération de M. Badawi] se joue », reconnaît la ministre québécoise des Relations internationales, Christine St-Pierre.

Elle a martelé que « le gouvernement du Canada doit changer de vitesse, accentuer la pression », notamment en « entrant en contact avec les autorités » saoudiennes et en se « joignant au mouvement » qui demande la libération du blogueur de façon « claire ».

Plus tôt dans la journée, Mme St-Pierre avait parlé à l’épouse de M. Badawi, Ensaf Haidar, réfugiée à Sherbrooke avec ses trois enfants, pour lui confirmer que le Québec l’appuie. Elle souhaite maintenant discuter avec le ministre des Affaires étrangères, Rob Nicholson, et ce, dès que possible.

Parlant au nom de son parti, la députée péquiste Carole Poirier a qualifié de « gênante » l’absence d’« énergie » du gouvernement canadien dans ce dossier.

Dans un gazouillis, le député de Québec solidaire Amir Khadir a demandé au Canada de « force[r] la main » à l’Arabie saoudite « en interdisant la vente d’armes » pour « libérer » Raïf Badawi.

Appel unanime

« Des dirigeants du monde entier appuient la cause de Raïf Badawi, a rappelé le chef néodémocrate, Thomas Mulcair. J’ai écrit au premier ministre, je l’ai interpellé à la période de questions. […] Quand Stephen Harper va-t-il enfin agir pour que Raïf Badawi soit réuni avec sa famille ? »

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a demandé une fois de plus « à Ottawa et au ministre Nicholson d’augmenter leurs pressions et de demander rien de moins que la libération de Raïf Badawi ».

Mireille Elchacar d’Amnistie internationale, qui soutient Mme Haidar depuis le début, s’impatiente. « Ça suffit ! Il faut que le gouvernement agisse et rapidement ! Le premier ministre canadien, Stephen Harper, n’a dénoncé qu’une seule fois le cas de Raïf Badawi. On veut que MM. Harper et Nicholson prennent la parole très fortement. »

À ses yeux, les citoyens « ont fait leur part » avec des campagnes Web, des visites d’écoles, des conférences de presse et des pétitions. « C’est au tour du gouvernement canadien d’aider les résidents qu’il a accueillis ici. »

La ministre St-Pierre demande toutefois à tous de contribuer pour « éviter que cette histoire sombre dans l’oubli. »

Ottawa maintient le cap

« Bien que M. Badawi ne soit pas citoyen canadien, nous continuerons à faire connaître notre position, publiquement et par voie diplomatique », a répliqué Nicolas Doire, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Il rappelle que l’ambassadeur du Canada pour la liberté de religion s’est prononcé de façon claire sur le sujet et que l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Ottawa, le commissaire aux droits de l’homme d’Arabie saoudite et le ministère saoudien des Affaires étrangères ont été rencontrés.
 

Raïf Badawi conserve sa peine de 50 coups de fouet hebdomadaires durant vingt semaines, 10 ans de prison et une amende de 266 000 $ pour « insulte à l’islam ». Cette peine ne peut être annulée sans le pardon royal.

De retour d’une prolifique tournée européenne, Mme Haidar comptait sur ce pardon, dont bénéficient des prisonniers à l’approche du ramadan. Elle a été sous le choc en apprenant la nouvelle.

Épargné par les coups de fouet depuis le 9 janvier 2015, officiellement en raison de son état de santé, Raïf Badawi pourrait revivre ce cauchemar dès vendredi.

C’est ce que craint le plus sa femme. « Mme Haidar m’a dit qu’elle croit que ça va recommencer », relate Mireille Elchacar, notamment parce que M. Badawi n’aurait pas revu de médecin depuis plusieurs semaines.